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L’histoire : Anne Frank est une jeune fille juive qui pendant la Seconde Guerre mondiale a dû entrer dans la clandestinité afin d'échapper aux nazis. Peu avant d'entrer dans la clandestinité, Anne reçoit pour son anniversaire un cahier dans lequel elle tiendra son journal. Elle se met aussitôt à écrire, elle parle non seulement des événements qui se déroulent dans l'Annexe mais aussi beaucoup d'elle-même.

La critique de Mr K : C’est toujours un sentiment particulier qui m’habite lorsque je dois chroniquer un classique de la littérature. Qui ne connaît pas ou n’a jamais entendu parler du Journal d’Anne Frank, un témoignage exceptionnel sur la Seconde Guerre mondiale, une plongée dans le quotidien d’une jeune fille juive de quinze ans recluse avec sa famille dans un appartement "caché" pour échapper à l’oppression nazie ? Ce re-reading particulier s’est effectué vingt-cinq ans après ma première lecture, la fascination opère toujours mais mon regard s’est depuis aiguisé et j’ai pu percevoir des strates supplémentaires dans ce témoignage passionnant et bouleversant.

S’étendant essentiellement sur les années 1943 et 1944, ce journal raconte donc le lent et terrifiant déroulement du temps pour une famille de réfugiés juifs-allemands venus dès 1933 s’installer aux Pays-Bas suite à l’accession au pouvoir d’Adolf Hitler dans leur patrie d’origine. La menace les rattrape avec la conquête de la quasi-totalité de l’Europe entre 1940 et 1941 par les forces de l’Axe. L’ordre nazi règne notamment sur Amsterdam, il n’est plus question de vivre une vie normale. Les Frank entrent en clandestinité en compagnie d’un couple et quelques autres infortunés. Les pages du Journal d’Anne Frank nous livre les angoisses et espérances, les observations et les réflexions d’une jeune femme dont l’univers a été broyé par le conflit et les idées nauséabondes en vogue à l’époque.

On dit souvent que la maturité permet d’encaisser plus facilement certaines expériences ou émotions fortes mais je dois avouer que mon ventre s’est noué à de nombreuses reprises durant cette lecture qui s’est révélée toujours aussi éprouvante. C’est la faute principalement au fait que le dénouement est connu, on sait pertinemment qu’ils vont être dénoncés puis déportés dans la foulée. À la lumière de cette tragédie, certains passages du journal prennent une signification particulière et les quelques miettes d’espoir égrainées ici et là par Anne Frank paraissent bien dérisoires. Drôle d’impression que de lire les rêves et aspirations d’une jeune fille que l’on sait déjà condamnée... Le malaise ne fait que grandir lors de la lecture de cet ouvrage qui s’avère aussi lumineux grâce au caractère d’Anne que mortifère par le fatum implacable qui plane sur les protagonistes de ce témoignage.

Dans son journal, Anne Frank passe en revue le vie des réfugiés vivant dans un microcosme étouffant. Cachés à l’étage au dessus d’une fabrique, ils doivent sans cesse faire attention : limiter le bruit pour ne pas se faire repérer, se rationner en terme de nourriture et d'eau, organiser la moindre action de leur quotidien. Ainsi certains actes banals prennent une dimension toute autre avec la nécessité d’une organisation précise, méticuleuse (le passage décrivant les passages aux toilettes et dans ce qui fait office de salle de bain sont très parlants dans leur genre). Cette pression d’un danger extérieur bouleversant les habitudes de vie est palpable à la moindre page de mémoires qui retranscrivent très bien aussi les tensions internes entre les membres de la famille : Anne a ses préférences, elle se chicane avec sa sœur, elle préfère son père à sa mère, la jeune fille suit des rituels immuables malgré la guerre (les repas, les "conseils de famille", les apprentissages de la vie). Ces pages sont un miroir incroyable de ce que l’humain est capable de faire pour se transcender, résister à l’oppression et tenter de poursuivre son existence malgré les périls.

Au milieu de tout cela, Anne rayonne. Bien sûr elle a peur, bien sûr elle se demande ce dont le futur sera fait mais elle reste une fille de 13/14 ans. Bavarde, parfois égocentrique, vouant un culte à son père, s’opposant à sa mère, rêvant aux garçons, elle se plaît à décrire son existence partageant ses joies et ses peines. On apprécie son appétence pour le savoir et sa lente mutation, elle gagne en maturité face à l’adversité. Anne nous touche énormément et l’on ressort chamboulé et révolté comme à la première lecture car elle est bien loin l’époque où la jeune fille fréquentait l’école et vivait une jeunesse insouciante.

Seul bémol, la version que j’ai lu n’est pas l’originale. Il s'agit d’une version "remaniée" où l’éditeur a rajouté quelques passages retrouvés depuis. J’ai trouvé que cela alourdissait le propos et ralentissait la mécanique infernale en place. Rassurez-vous, rien de rédhibitoire pour autant même si on perd un peu de la spontanéité du récit. L’écriture limpide, enfantine mais aussi parfois très adulte n’a rien perdu de son charme. Voilà un livre qui n’a pas pris une ride et dont les effets perdurent longtemps après sa lecture. Un classique d’entre les classiques qu’il faut avoir lu au moins une fois dans sa vie.