Ballard

L'histoire : Au III° millénaire, le Terre n'est plus peuplée que de cinq millions d'habitants. Le Soleil a changé de forme et s'est rapproché de notre planète, entraînant une formidable diminution des terres émergées, envahies désormais par la jungle où des reptiles colossaux ont remplacé les mammifères. Comment survivre dans ces conditions, surtout quand des bandes de pirates recherchent sans relâche les trésors engloutis ?

La critique de Mr K : Chronique d'une lecture bien particulière aujourd'hui avec un titre considéré classique dans le domaine de la science fiction : Le Monde englouti de J.G. Ballard. Cet auteur divise ses lecteurs, certains lui vouent un culte pour son caractère parfois visionnaire et d'autres le trouvent ennuyeux comme la mort. Pour ma part, ce sera ma deuxième incursion dans son univers après ma lecture glaçante et tripante de Crash lors de la sortie de l'adaptation cinématographique de David Cronenberg. Place ici à la SF post-apo dans une Terre revenant lentement et sûrement à des temps primitifs où l'humain a de moins en moins sa place.

En ce troisième millénaire, l'espèce humaine a quasiment disparu de la planète Terre. L'astre solaire est désormais bien plus proche de notre monde, il a changé de forme provoquant un réchauffement climatique sans précédent, une diminution drastique des terres émergées et une forte hausse des températures. Un avant poste scientifique est sur le point d'être évacué. C'est dans cette base que travaille Kerans, le biologiste héros de cette histoire. Bien qu'il sente que cette évacuation soit la meilleure des choses à faire, il hésite. Il se sent irrémédiablement attiré par une nouvelle solitude qui lui apaise l'esprit, il ne se fait plus vraiment d'illusions sur l'avenir de la race humaine sur Terre et de plus, il noue une relation intime tendre avec une femme vivant juste à côté. Les préparatifs avancent et l'indécision le gagne, un nouveau danger surgissant, Kerans entreprendra un long et lent voyage intérieur qui n'aura qu'une seule issue...

Clairement, ce roman ne plaira pas à tout le monde. En effet, le style contemplatif et le rythme extrêmement lent en rebutera plus d'un, Ballard se concentrant beaucoup sur le climax, l'ambiance de fin de règne de l'être humain sur notre belle planète. Peu d'action, des personnages caractérisés au minimum, tout cela contribue à mettre en exergue le retour du primitif sur les civilisations humaines. Cela donne de merveilleuses pages descriptives sur la végétation invasive qui recouvre toutes les traces de l'humanité, regagne le territoire connu sur une espèce en voie d'extinction qui pourtant a réussi pendant des millénaire à dominer la nature. La jungle s'étend, l'eau est omniprésente, on sentirait presque la moiteur générale se dégager des pages de cet ouvrage qui fait la part belle au dépaysement, à l'inversion des valeurs et le retour à l'état sauvage d'un biocosme qui tient enfin sa revanche ! L'atmosphère est ici étouffante, oppressante ne laissant aucune place à toute forme d'optimisme.

Le héros et ses proches sont donc réduits à leur plus simple expression, silhouettes vagues errant dans un univers qui les dépasse et bouscule leurs certitudes. Effacés, sans traits de caractères excessifs, ils subissent de plein fouet la lente dégénérescence de l'humanité et apprennent à vivre avec cet environnement nouveau et hostile. Difficile de s'attacher à eux car ils ne sont pas charismatiques ni spéciaux, une certaine banalité les habite et permet à l'auteur d'intensifier le décor et l'atmosphère. Plus tard dans le récit, les héros vont faire la connaissances d'une troupe de pirates peu scrupuleux qui se sont adaptés aux nouvelles règles qui régissent la planète. Extrêmes, lorgnant vers les bandes de pillards de George Miller dans sa tétralogie Mad Max, ils vont provoquer un changement radical chez Kerans. On rentre alors dans une autre dimension, plus spirituelle où le héros réalise un véritable voyage intérieur qui va l'éclairer sur sa destinée et sa nature profonde. Le roman prend alors une tournure assez déconcertante, totalement barrée et, disons-le, obscure. Ce n'est pas pour me déplaire étant fan de récits à la Castaneda ou encore K. Dick dans sa période allumée.

C'est aussi donc un livre qui se mérite, qu'il faut apprendre à apprivoiser tant l'écriture fait écho à l'ambiance crépusculaire et moite qui règne sur les 217 pages de l'ouvrage. Rythme lent, écriture elliptique convient le lecteur à un voyage langoureux, douloureux et cependant très poétique. Certains seront lâchés très vite car il ne se passe finalement pas grand chose dans ces pages mais il faut prendre cette œuvre plus comme une étude philosophique sur la traditionnelle opposition entre les concepts de nature et de culture. Et pour une fois, l'ordre naturel semble l'emporter... Une très bonne expérience en somme que vous pouvez tenter si vous voulez expérimenter une lecture à la fois différente et très enrichissante.