9782226402059-j

L’histoire : Mon boulot : filmer le supplice des victimes avant de faire disparaître leur corps. Mon but : être le tueur le plus inventif.

Parce que la mort est un spectacle, certains sont prêts à payer très cher pour y assister. Voyeurs protégés par un écran, tortionnaires par procuration...

C’est la face cachée du Net. Un monde parallèle qui happe ses proies au hasard et fournit des frissons à prix d’or.

La critique de Mr K : Place à la critique d’un thriller aujourd’hui avec un ouvrage à la quatrième de couverture bien tordue d’un auteur que je découvrais avec ce titre. Les attentes étaient importantes avec un sujet glauque qui annonçait une enquête terrifiante dans la perversion humaine. Bien qu’efficace, ce titre accouche d’une souris tant on tombe bien trop souvent dans le convenu. Suivez le guide !

Le cadavre d’une jeune fille est retrouvé au bord de l’A86 en banlieue parisienne. Affreusement mutilé, il donne à voir les manières sadiques d’un assassin ne reculant devant aucune barrière morale. Quand en plus, l’inspecteur Derolle se rend compte que le meurtrier filme les sévices et la mise à mort pour les vendre aux plus offrants, on rentre dans une nouvelle dimension de l’horreur. L’enquête sera âpre et complexe. En parallèle, on suit plusieurs autres personnages très disparates qui, vous vous en doutez bien, ont des liens tenus. Au fil du déroulé, les pièces s’assemblent pour constituer une trame plus complexe. Le compte à rebours est lancé...

Clairement, le gros défaut de l’ouvrage est son manque d’originalité. Qui a lu du Grangé, du Chattam ou d’autres auteurs à grand succès dans le genre thriller, nage en eaux pas si troubles que ça. Alors certes, le sujet est grave mais l’auteur le contourne et ne tombe pas dans le scabreux ou le voyeurisme frontal. Laissant volontiers des zones d’ombre pour ne pas sombrer dans le grand guignol, il insiste plutôt sur les sentiments et émotions des uns et des autres face à l’indicible. Ça rassure mais l’ensemble perd en force de percussion. Surtout qu’au bout de 50 pages, j’ai deviné qui était le fameux assassin même si le modus operandi nous livre tous ses secrets bien plus tard. Dommage dommage...

Pour autant, on prend un certain plaisir à lire cet ouvrage qui se révèle être un bon page turner. Certains personnages sont assez attachants, notamment l’inspecteur Derolle qui a ses faiblesses dues à une affaire précédente qui va ressurgir du passé avec ces nouveaux meurtres. Pour une fois, pas de brute endurcie ou de flic damné de la terre, simplement un homme au bout du rouleau, à la larme facile dont la famille s'inquiète pour sa santé mentale. Ça touche en plein cœur et on aime à suivre ses errances au milieu d’une menace sourde et abjecte. Pas de réels personnages denses à part celui-ci, les autres s’apparentent davantage à des clichés déjà lus. Pour autant, la mayonnaise prend et l’on se plaît à enchaîner les chapitres ultra-courts pour courir après l’assassin surtout qu'au détour de l'histoire, l'auteur se plait à jeter quelques éléments historiques et politiques qui témoignent de son passé de journaliste d'investigation.

Grosse déception par contre au niveau du background des protagonistes purs et durs et des forces en présence. Si l’on suit l’assassin principal, ne vous attendez pas à de grosses révélations sur le fameux Dark Net, les milieux interlopes que l’on y croise et notamment les fameux commanditaires des meurtres amateurs de snuff movie. On reste en surface et cela fait perdre en qualité à l’ensemble qui s’apparente finalement à une gigantesque course poursuite. Les promesses ne sont pas tenues en la matière, on aurait aimé lever le voile sur les sinistres individus qui se livrent à de telles pratiques, les cercles dans lesquels ils évoluent, à peine sait-on qu’ils viennent d’un certain continent. Là encore le bât blesse...

Au final, l’ensemble se dégonfle et la fin se révèle abrupte. L’essentiel est sauf, on passe un moment convenable, dans une écriture efficace mais sans génie et les pages se tournent toutes seules. Les Abysses du mal est une authentique série B aussi vite lue qu'oubliée. À tenter si l’envie de frémir doucement vous inspire, sinon je vous avouerai qu'on est ici dans le dispensable.