samedi 24 février 2018

"Retourner à la mer" de Raphaël Haroche

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L’histoire : Un colosse, vigile dans les salles de concert, et une strip-teaseuse, au ventre couturé de cicatrices, partagent une histoire d'amour. L'employé d'un abattoir sauve un veau de la mort et le laisse seul dans l'usine fermée pour le week-end. À sa sortie de l'hôpital, un homme part se reposer dans le sud avec sa veille maman. Trois adolescents livrés à eux-mêmes entendent un bruit inconnu qui pourrait bien être celui de la fin du monde.

Tous ces personnages prennent vie en quelques phrases, suivent leur pente et se consument. Il suffit d'un contact, peau contre peau, d'un regard, d'une caresse, pour racheter l'humanité.

La critique de Mr K : Chronique d’un beau cadeau de Noël aujourd’hui avec Retourner à la mer de Raphaël Haroche. Nelfe m’a gâté avec ce recueil de nouvelles à la fois poétiques, profondes et pleines d’humanité. Je connaissais Raphaël artiste-compositeur (albums plutôt inégaux à mes yeux), j’ai découvert un auteur talentueux qui peint avec brio le quotidien des gens et leur appréhension de la vie.

Treize récits composent ce recueil, treize histoires qui font la part belle à des êtres malmenés par la vie. Ce sont donc des êtres très différents que nous convie à découvrir Raphaël Haroche : un employé d’abattoir qui veut sauver un veau pour l’offrir à sa fille à son anniversaire; un agent de sécurité qui vit une histoire d’amour avec une strip-teaseuse recousue de partout ; un père alcoolique qui part en vacances avec son jeune fils dont il a pour la première fois la garde ; un couple se déchirant lors d’un séjour en vacances ; la mort d’un frère et comment la surmonter ; un enfant terrifié par une présence malfaisante le long du parcours pour aller à l’école ; trois jeunes assistant, ou croyant assister, à une catastrophe aérienne ; un homme voyant son vœu le plus cher se réaliser en passant une soirée avec la plus belle femme du monde ; deux petits vieux se faisant la malle de leur maison de retraite pour en finir définitivement ; un poème sur la mort d’un ami ; un homme n’arrivant pas à dormir et exprimant toute la mélancolie de son existence ; un clochard qui survit comme il peut et qui va accéder à sa manière à la sainteté et enfin, l’ultime nouvelle éponyme qui voit un homme partir avec sa mère au bord de mer. Autant de trajectoires différentes que l’auteur expose avec concision et efficacité, règles d’or de la nouvelle.

Difficile d’exprimer complètement et avec justesse ce que l’on peut ressentir en lisant cet ouvrage. Il m’a beaucoup plu par son approche simple et humaniste. On colle ici au plus près des êtres humains, on rentre dans leur galaxie mentale et sensorielle. L’empathie fonctionne à plein tant on ressent profondément les situations qui nous sont exposées et qui parfois peuvent se rapprocher de notre propre vécu ou celui de personnes que l’on connaît. Les thématiques sont universelles entre le deuil et la difficulté à le surmonter, l’angoisse d’une existence vide de sens, les expériences de jeunesse qui ne sont pas toujours judicieuses, le choix nécessaire à faire parfois entre la raison et le désir, l’incompréhension et les quiproquos qui naissent souvent des rapports humains avec un impact particulièrement détonant quand ils se produisent au sein de la cellule familiale, la planète Terre que l’on exploite sans vergogne, l’émergence du monde dominé par l’argent-roi et le tout individualisme... Cet ouvrage m’a littéralement "parlé". Tour à tour il m’a profondément ému, fait sourire, réfléchir et surtout m’a emporté très très loin.

À l’image des chansons de Raphaël, cet ouvrage ne nage pas dans l’optimisme à tout crin, c’est même plutôt l’inverse avec un aspect désespéré, très mélancolique des destinées qui sont partagées par l’auteur. Il y a une forme de spleen, de romantisme qui flotte sur ces pages avec une exacerbation des sentiments, de la nature et de l’introspection. Chaque être humain est un corps et un esprit, et même si certains protagonistes sont limités d’une manière ou d’une autre, ils pensent, se pensent surtout et se retrouvent souvent bien désarmés face à leur situation présente qui ne correspond pas toujours aux rêves qu’ils poursuivaient au départ. Très bien mené, chaque récit, qu’il soit ultra-court (2 pages) ou un peu plus long (25 pages maximum), amène sa pierre à l’édifice de la construction de soi et la richesse d’une vie humaine qui n’est faite que de choix et d’évolution. Le pari est largement gagné sur cet aspect là dans ce recueil qui est un beau miroir de la condition humaine et des souffrances qu’elle engendre.

Le charme de la langue de Raphaël Haroche a agi dès les premières lignes avec son phrasé si particulier qui sous une apparente simplicité cache des merveilles de densité, de poésie du quotidien et de significations diverses. L’étrange, le tragique, le banal et l’extraordinaire se mêlent pour nous offrir des textes d'une beauté à fleur de mots et qui donnent à voir une humanité certes imparfaite mais souvent attachante. Un petit bijou que cet ouvrage qui ne ressemble à aucun autre et qui m’a totalement bluffé. Vous savez ce qu’il vous reste à faire !

Posté par Mr K à 17:56 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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