convertiàjaffa

L’histoire : Dans l’Israël de la fin des années 1960, en pleine saison des pluies, deux escrocs désabusés survivent en échafaudant des arnaques au mariage : Robert invente des scénarios qui attendriront les femmes vieillissantes et les feront payer, Jacob jouera la comédie.

Leur prochaine cible est un couple de Canadiens : un pasteur protestant et sa femme. Le pasteur, venu en Israël pour convertir des juifs au christianisme, s’apprête à rentrer bredouille dans son pays. L’échec de la mission qu’il s’était fixée le pousse à boire. Jacob prend le missionnaire en pitié et se fait passer pour un juif désirant recevoir le baptême...

La critique de Mr K : Étrange lecture aujourd’hui avec cette première parution de 2018 chez Mirobole, une maison d’édition que nous apprécions tout particulièrement au Capharnaüm éclairé. Il s’agit de la deuxième traduction parue chez eux de Marek Hlasko, un auteur polonais culte, qui a fui la dictature communiste et que l’on compare souvent à Jack Kerouac. Ayant vécu une courte vie haute en couleur (il se donna la mort à 35 ans), ses romans s’apparentent à un mix d’éléments autobiographiques et de fiction pure.

Dans Converti à Jaffa, on suit Jacob le narrateur (alter ego de l’auteur) et un certain Robert. Ce duo d’arnaqueurs vit d’expédients et de combines plus ou moins douteuses où chacun a un rôle bien déterminé : Robert est le cerveau, celui qui échafaude les plans et Jacob est l’acteur, celui qui séduit, manipule et joue avec les victimes qui lui sont désignées par son collègue. Plus ou moins spécialisés dans les arnaques amoureuses, ils vont s’atteler à la tâche avec un couple de canadiens peu commun, où le mari est en pleine déprime car il n’arrive pas à mener à bien sa mission d’évangélisation en Israël. L’affaire va s’avérer plus ardue que prévue pour nos pieds nickelés...

Clairement, le roman repose entièrement sur la relation entre Robert et Jacob. Tout semble les opposer : l’un est bavard et intellectualise tout (Robert) tandis que l’autre respire la jeunesse, la beauté (il est l’atout séduction de l’équipe) et la discrétion. Ça fonctionne bien, ces opposés réussissant parfaitement à mener leur barque, à manipuler les sentiments de leurs cibles entre mensonges, inventions et parfois même une certaine sincérité, une franchise empathique qui surprend et enrichit des machinations parfois à la limite du rocambolesque. À ce niveau, je dois avouer qu’on s’y perd par moment et que l’ensemble produit un récit déstabilisant et totalement en dehors des sentiers battus.

En effet, bien que remarquablement construit, le récit emprunte bien des fois des détours nébuleux avec des effets de manche peu communs, des envolées complètement branques de Robert qui sort du cadre, égarant le lecteur vers des horizons vraiment insoupçonnés au fil de ses pensées exposées à vif. Il faut en tout cas se laisser porter, sans chercher forcément à tout saisir / comprendre, certains passages pouvant s’apparenter à des délires sans fondements ! C’est perturbant dans un premier temps mais c’est aussi novateur et assez bluffant. On plonge vraiment dans un univers parallèle, peuplé de laissés pour compte, de personnages abîmés par la vie qui tentent de vivre bon gré mal gré.

Difficile dans ces conditions de pouvoir exprimer un avis définitifs sur un tel titre. Il divisera forcément ses lecteurs mais c’est déjà un petit miracle de pouvoir le trouver traduit en langue française (chapeau au traducteur au passage, ça n’a pas du être facile à faire). Facile à lire (4h d’une traite pour moi), c’est un ouvrage étrange mais profondément sincère que nous propose Marek Hlasko. Une lecture à découvrir si les thèmes et l’étrangeté en générale vous attirent !