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L’histoire : Disséminés sur des centaines de mondes, les hommes mènent une guerre désespérée contre les cruels Doglaaris. La lutte est inégale. Mais la riposte semble imminente : pour construire la plus terrifiante des armes, une partie de l'humanité a trouvé refuge durant trois cents ans sur Sol, la légendaire planète des origines. Les Solariens sont de retour. Et avec eux l'espoir d'une victoire définitive. Mais à quel prix ?

La critique de Mr K : Les Solariens est le tout premier roman que Norman Spinrad a fait paraître. Autant dire qu’on touche au Sacré ici, surtout si comme moi, vous êtes amateur de ce grand nom de la SF qui m’a séduit lecture après lecture, puis rencontre après rencontre lors de passages aux Utopiales de Nantes. Ce titre diverge pas mal de mes précédentes lectures du maître, ce premier récit narrant une guerre intergalactique impitoyable, mais à travers les développement de la trame, l’auteur annonce déjà la couleur sur ses interrogations et ses préoccupations futures.

La guerre est donc totale entre les Doglaaris et les humains désormais répartis en diaspora à travers l’espace. L’humanité est en train de perdre bataille après bataille, la supériorité du nombre et de la technologie de leurs adversaires font que l’inéluctable semble proche. L’art de la guerre est désormais entièrement informatisé et aux mains d’une intelligence artificielle qui ne laisse guère de chance à l’élaboration de stratégies novatrices qui pourraient faire la différence. Suite à un combat spatial perdu de plus, le héros Jay Palmer, capitaine de vaisseau va se voir confier une mission toute particulière : accompagner de mystérieux solariens (habitants restés sur la planète d’origine de l’humanité) qui viennent de refaire surface pour une mission à l’apparence suicidaire au cœur de l’empire doglaarien. C’est le début d’un voyage hors norme, aux marges de l’initiation et de la découverte pour Jay qui va peu à peu entr'apercevoir la nature du plan et les capacités insoupçonnées des solariens.

On rentre très facilement dans cette œuvre de jeunesse qui propose un mix fort intéressant entre récit de guerre, échanges entre êtres très différents et réflexion légère sur une évolution possible de l’humanité. Pour mieux faire levier et explorer ces trois axes, l’auteur nous livre un héros brut de pomme, sans trop de finesse au départ et totalement dévoué à la cause humaine qui voit son avenir s’assombrir. Respectueux de l’ordre établi mais parfois agacé par la faible marge de manœuvre dont il dispose pour gérer sa flotte, sa rencontre avec les solariens va changer sa vie. Ces derniers cultivent énormément le mystère qui les entourent et c’est par petite touche que la vérité se fait jour avec de nombreuses surprises. Le héros changera à leur contact, ne reniera jamais sa personne mais prendra conscience des vérités cachées par ses supérieurs et la société dans laquelle il évolue. C’est drôlement bien mis en lumière par un auteur ici accessible et redoutablement efficace.

L'oeuvre se concentre sur la rencontre entre des êtres totalement différents qui ont chacun évolué dans un sens différent. Les frictions et incompréhensions sont d’abord légion puis vient le temps de l’écoute et ensuite celui des échanges. Le processus est très bien retransmis à travers le voyage entrepris qui dure et laisse le temps à l’auteur de tisser sa toile et d'emberlificoter le lecteur dans ses attentes (ce qui est une excellente chose, vous en conviendrez) et un récit équilibré où chaque amateur de SF pourra y trouver son compte. Space opera, SF plus classique et moments intimistes forts peuplent ses pages hypnotisantes qui font la part belle à l’action, la réflexion sur soi et finalement un panorama de l’espèce humaine comme elle pourrait être dans quelques siècles. Bien que la formule soit éprouvée, quand on pense qu’on a affaire à un premier roman, on ne peut qu’être admiratif du talent en germe avant les cultissimes Rêve de fer et autre Chaos final.

Plus aisé d’approche que d’autre œuvres de Spinrad, on ne tombe ici jamais dans la simplicité et le pathos. Bien que brassant des thématiques et des personnages déjà lus et vus, on prend un plaisir certain à suivre les aventures de Jay et sa découverte de la face cachée des connaissances humaines. Le rythme soutenu donne une impulsion et un plaisir de lire immédiat, et c’est tout étonné et ravi que l’on arrive à la fin sans s’en rendre compte. Sans doute pas le meilleur titre de l’auteur mais une bonne mise en bouche pour toute personne qui souhaiterait le découvrir.