mardi 3 octobre 2017

"Les Enlisés" d'André Lay

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L’histoire : Regagner l’amour de sa femme ? Rien de plus facile : il suffit de l’empoisonner.

Et ensuite, de s’occuper tendrement de sa convalescence, en bon mari aimant.

Mais à trop vouloir s’attacher sa compagne, Claude n’avait pas prévu qu’il susciterait chez elle des sentiments fanatiques... qui se révéleront bien plus tragiques qu’un divorce !

La critique de Mr K : Initialement sorti en librairie en 1973 (je n’étais pas né -sic-), ce polar bien tordu d’André Lay a été réédité par la maison d'édition French pulp à l’occasion de la rentrée littéraire de septembre. La couverture évocatrice et le pitch bien barré m’ont convaincu instinctivement de tenter l’expérience qui s’est avérée réussie et plaisante à souhait.

Claude a une vie de rêve : il est scénariste et dialoguiste au cinéma, il possède une belle propriété sur les bords de Marne et vit une histoire d’amour solide avec sa douce femme Maud. L’horizon s’obscurcit quand il commence à soupçonner que sa moitié le trompe avec un autre homme, un de ses partenaires de tennis (d’où la couverture de l’ouvrage). Claude commence à sérieusement psychoter et envisage les possibilités qui s’offrent à lui pour récupérer sa femme : le scandale, le meurtre, l’ignorance... C’est après moult tergiversations qu'il va essayer l’invraisemblable, l’empoisonner pour se rendre indispensable et réanimer la flamme d’un amour qu’il croit perdu. Mais à jouer avec le feu, on finit toujours par se brûler...

En effet, une fois le mécanisme infernal lancé, il faut tenir ses positions. Éviter de concentrer sur soi les soupçons et la curiosité, notamment l'attention soutenue de la domesticité tenante d’une morale stricte et la bienveillance du vieux médecin de famille qui ne comprend pas ce qui arrive à la jeune femme qui dépérit alors que tous ses signes vitaux sont au vert. Quand à Maud elle-même, elle semble peu à peu rentrer en dépression, devient incohérente. Face à cette multitude d’obstacles qui se dressent devant lui, Claude aura bien du mal à en sortir indemne, de même que son couple.

Ce pulp bien troussé atteint sa cible sans bavure : le suspens tient de bout en bout. Après une brève description de la vie parfaite de ce couple aisé (soirée de gala autour de la sortie du nouveau film auquel a collaboré Claude), on rentre dans le vif du sujet avec les premiers écueils et un narrateur-héros obnubilé par le comportement de sa femme et sa "soit-disante" très grande faute. Ses synapses ne s’arrêtent plus, le moindre acte, geste ou parole de Maud se voit interpréter et gagne en importance. L’obsession de Claude est très bien retranscrite, prend à la gorge, surtout qu’elle se confronte à la réalité que vivent les autres personnages. Tous sont très bien caractérisés et plantent le décor d’une machination que l’on peut qualifier assez rapidement d‘infernale tant elle va brouiller les pistes et détruire le joli échafaudage précédemment décrit.

Petit à petit, l’étau semble se refermer bien que le plan sur le papier soit parfait. Mais les détails sont souvent à la source de la chute du meilleur des criminels et cette histoire en est une fois de plus le miroir le plus fidèle. On se plaît à deviner la suite, à trembler pour la jeune femme qui semble complètement sous la coupe de son mari jaloux et en même temps, on se prend à croire qu’il ne se fera pas pincer notamment lors des échanges verbaux qu'il tient avec le docteur dépassé par les événements mais qui ne veut pas s’avouer vaincu. Puis, la machine s’emballe avec l’arrivée d'un autre personnage qui va faire définitivement basculer l’histoire et diriger le lecteur vers l’irréparable.

J’ai lu Les Enlisés en quelques heures seulement. Même s’il ne révolutionne pas le polar en lui-même à cause de sa facture très classique (dans l’écriture notamment), on se prend au jeu et on est emporté malgré nous. L’addiction est très vite là et il est tout bonnement impossible de relâcher le volume avant le mot fin. Un petit plaisir coupable, bien agréable, qui remplit son office sans prétention et avec efficacité. À tenter, si le cœur vous en dit.