mardi 15 août 2017

"Le Cycle des ouragans" de Serge Brussolo

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L'histoire  : Sur la planète Santäl souffle un ouragan permanent qui arrache les cheveux, scalpe les forêts et aspire les cercueils hors du sol... Un vent râpeux comme du papier de verre, qui n'hésite pas à fondre sur les hommes pour les écorcher vifs...

Santäl, la planète qui s'autodévore pour survivre, la planète des tornades dévastatrices... Souffle de Dieu ou souffle du démon? Personne ne sait, pas même les sectes fanatiques et meurtrières qui prolifèrent sur ce monde infernal, tentant d'imposer leurs croyances barbares...

La critique de Mr K : Tous les ans, j'aime lire un ou deux romans de Serge Brussolo, auteur polymorphe aux talents de conteur hors pair. Lors du traditionnel désherbage annuel de la médiathèque de Lorient, je tombai inopinément sur cette trilogie de SF forte engageante à la lecture de la quatrième de couverture. Ma curiosité fut de suite piquée car avant cette lecture, je n'avais jamais exploré la dimension SF de cet auteur. Le tort est désormais réparé.

Cette trilogie est composé de trois titres : Rempart des naufrageurs, La Petite fille et le dobermann et Naufrage sur une chaise électrique. Chacun se déroule sur le même monde venteux apocalyptique mais s'apparente à un type de SF/transfiction différente.

Tout commence avec un premier tome plutôt branché fantasy futuriste / voyage initiatique. Dans Rempart des naufrageurs, trois voyageurs aux motivations diverses abordent la planète Santäl : l'un vient y étudier la faisabilité d'un parc touristique basé sur le vent et les loisirs que l'on pourrait développer à partir de ces tempêtes tumultueuses, l'une vient pour y vendre des médicaments et l'autre y accomplir un pèlerinage qui révélerait son futur à travers de mystérieux tatouages qui ne deviennent visibles que sur cette planète à un endroit et un moment précis. Très vite, ils sont confrontés à la réalité, ce monde est extrêmement dangereux, les vents emportent tout sur leur passage et le périple sera long et difficile.

Dans La Petite fille et le dobermann, on retrouve deux personnages rencontrés au cours du précédent tome. Ces derniers s'étant échappés de leur lieu d'incarcération vont se retrouver dans la ville d'Almoha dirigée d'une main de fer par une église déviante avec la complicité d'un opéra d'un genre bien particulier. En se réfugiant dans un ancien musée, la jeune fille fera un peu plus la lumière sur la nature profonde de la planète et les mensonges inculqués aux masses pour mieux les dominer.

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Enfin, dans Naufrage sur une chaise électrique, un groupe de jeunes orphelins poursuivis par des prêtres fanatiques (qui ont coutume de sacrifier les enfants pour se concilier les vents furieux) vont se réfugier en un lieu qui ferait reculer le plus acharné des tueurs. On se doute bien que ce ne sera pas facile, plus basé action, ce volume est le plus faible des trois. C'est une sorte de petite récréation ludique où de jeunes êtres innocents sont mis à mal par un monde cruel et sans pitié. Fun mais sans plus. Je n'en parlerai pas davantage car ce sont surtout les deux premiers volumes qui valent le détour.

La grande force de cette trilogie réside dans le monde proposé par Brussolo. On sort du créneau habituel en glissant dans un univers aux confins de la rétro-SF et de la fantasy. Cette planète venteuse est fascinante, à commencer par ce giga-volcan central qui semble respirer, aspirer tout ce qui se trouve à sa portée comme un acte de cannibalisme pour s'auto-sauver. Dur dur pour les êtres humains de survivre, certains choisissent de devenir obèse pour éviter de se faire emporter par les rafales, d'autres se réfugient dans des appartements ultra-sécurisés ou des convois lestés de fer et d'acier. Tout est organisé autour de ce danger ultime et cela donne une organisation radicale des sociétés et des déviances bien sauvages !

L'aspect barbare de ce monde saute aux yeux et prend à la gorge entre populations apeurées et lâches, sectes sanguinaires et hiérarchisation des individus. Des castes privilégiées règnent sans partage sur ce monde en perdition, pré-apocalyptique se mourant inexorablement malgré les tentatives désespérées et folles des autorités pour faire croire le contraire. Incapable de s'adapter, de partir, l'homme est en péril et laisse libre court à son imagination folle pour construire de toute pièce des croyances et mythologies pour embrigader et contrôler. Peu à peu, au détour des différents récits ici présentés, le voile se lève sur la nature réelle de cette planète et renvoie de manière crue les défauts et travers d'une humanité percluse de vieux réflexes destructeurs.

Le voyage est vraiment dépaysant, loin d'être fun vu les horreurs que l'on peut côtoyer. Les civilisations présentées sont ainsi novatrices et inquiétantes (les artistes-tueurs, les brigades volantes suspendues à des ballons, les prêtres rabatteurs et leur secte sanguinaire, les errants désemparés, les bandes de mioches orphelins, les creuseurs de tunnels réfugiés sous terre...), la faune bien souvent surprenante et en effervescence (les chevaux électrifiés, les tortues de voyage, les arbres rampants, les chiens revenus à l'état sauvage). L'ensemble est cohérent, intrigant et accroche irrémédiablement le lecteur captivé par ce monde vraiment foisonnant. Seul défaut dans la curasse comme dit précédemment, un troisième volume nettement en dessous qui poursuit le plaisir de l'exploration sans jamais vraiment le transcender. Les personnages, bien que parfois caricaturaux, tirent leur épingle du jeu par des retournements de situations parfois cruels, souvent inattendus faisant que le lecteur ne sait vraiment pas sur quel pied danser. On peut donc s'attendre à tout, ce qui est toujours un plus dans une lecture de ce type. Les codes sont renversés et ça fait du bien (surtout dans les deux premiers volumes).

Facile d'accès, dans une langue inventive et volubile comme à chacun de ses romans, Brussolo séduit et hypnotise. J'ai lu ces trois volumes en un jour et demi en pleine cagna périgourdine. Un bonheur de lecture, un plaisir renouvelé pour un univers à découvrir si le cœur vous en dit.

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur :
"Le Syndrome du scaphandrier"
"Bunker"
"Les Emmurés"

"Avis de tempête"
"La Main froide"
"Pélerin des ténèbres"
"La Fille de la nuit"
"La Mélancolie des sirènes par trente mètres de fond"
"Le Livre du grand secret"
"Trajets et itinéraires de l'oubli"
"Le Nuisible"
- "Le Murmure des loups"

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Commentaires sur "Le Cycle des ouragans" de Serge Brussolo

    Il y a bien longtemps que je n'ai pas lu cet auteur, mais cette trilogie est très intéressante. J'adore découvrir des planètes étranges surtout si l'on en parle en long et en large en trois livres.

    Posté par GeishaNellie, mercredi 16 août 2017 à 18:41 | | Répondre
    • Dans le domaine, c'est réussi en effet. Reste de judicieuses zones d'ombres de la part de Brussolo pour faire travailler l'imagination.

      Posté par Mr K, jeudi 17 août 2017 à 12:07 | | Répondre
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