récifmaudit

L'histoire : Kassim aime la riche et belle Amina... Kassim, jugé de naissance trop humble pour prétendre l'épouser, est mis à l'épreuve par le père de sa bien-aimée, riche marchand de perles.

Chargé d'une mission dangereuse en mer Rouge, Kassim affrontera bien des dangers dans ces pays où l'on vit parfois encore à la manière des Mille et une nuits.

La critique de Mr K : Petite lecture imprévue aujourd'hui avec cet ouvrage dégoté par hasard dans une boîte à livre pétrocorienne en attendant le lancement d'un spectacle off du Festival Mimos qui se tient chaque année en juillet à Périgueux. Cet opus se détachait du reste et distillait un parfum de nostalgie, en effet j'ai lu plus jeune nombre de titres édités chez Castor poche et la quatrième de couverture a achevé de me convaincre avec cette histoire d'amour compliquée dans une ambiance à la Mille et une nuit.

Tout d'abord, avant d'amorcer la lecture en elle-même, on apprend bien des choses sur l'auteur qui a vécu une vraie vie d'aventurier dans la région de la mer rouge. Mix de capitaine de navire au long cours, d'explorateur, d'aventurier, de commerçant et même de courtisan ; c'est son ami Joseph Kessel qui lui conseilla de coucher par écrit ses souvenirs et expériences tant son existence s'apparentait à un roman. C'est ce qu'il fit avec toute une série d'ouvrage qu'il a "augmenté" pour romancer davantage et procurer du plaisir à ses futurs lecteurs. Alors ? Pari réussi ?

C'est une histoire vieille comme le monde qui nous est ici contée dans Le Récif maudit entre la fable et le récit de navigateur. Un jeune homme (Kassim) tombe éperdument amoureux d'Amina la fille adoptive d'un puissant notable. Bien qu'apprécié par ce dernier, le jeune homme va devoir réaliser une quête difficile afin de prouver sa valeur et mériter Amina qui, vous vous en doutez, est belle comme le jour et attise les convoitises. Commence alors un bon récit d'aventure avec son lot d'obstacles naturels, humains (que de complots en si peu de pages !) et de retournements de situations. Le narrateur, Henry de Monfreid lui-même, croise lui régulièrement le jeune Kassim et lui filera plus d'un coup de main pour pouvoir réaliser son rêve.

Prévu pour la lecture de jeunes de plus de onze ans, je pense que le classement serait peut-être un peu différent aujourd'hui. La faute à une écriture un peu surannée qui n'est pas sans rappeler celle d'un certain Jules Vernes, termes complexes et tournures de phrases parfois alambiquées risquent de perdre les jeunes pousses allergiques au dictionnaire (je dis ça car moi-même, j'ai du le consulter à de multiples reprises). Pour autant, il ne faut pas rejeter en bloc ce livre qui est une très belle réussite avec en premier lieu une très belle immersion dans le milieu de la navigation et de la mer. J'ai aimé ces longues digressions sur la faune et la flore marine qui nous apprend beaucoup sur l'ingéniosité de la nature et sa richesse (le passage sur la pêche à la perle est tout bonnement merveilleux dans son genre). J'ai aussi apprécié les passages concernant la navigation en elle-même avec les détails sur les navires, les fonctions de chacun des hommes d'équipage et les difficultés à affronter en mer ; ce côté vernien loin d'être rebutant donne à réfléchir sur les conditions de déplacement de l'époque et le côté aventure que prenait tout parcours de plusieurs jours sur des eaux éloignées de l'Europe.

L'histoire en elle-même ne casse pas des briques. Rien d'original vraiment avec des rouages narratifs sans réelle surprise et qui déroulent une trame classique mais efficace. On tremble pour ce beau couple menacé, on frémit de colère face à l'incurie des méchants qui ne reculent devant aucune bassesse pour parvenir à leurs fins, on savoure les passages d'action pure qui font la part belle à l'héroïsme et parfois au désespoir. Montagnes russes émotionnelles, cette histoire concentre en son sein toutes les figures et situations tutélaires du conte, éléments essentiels à la formation d'une jeune âme en quête d'aventure et de leçon de vie. C'est bien mené et on ne relâche le livre qu'à la toute fin de sa lecture, plutôt content d'avoir exploré la mer Rouge et ses alentours.

Bien que daté dans son évocation de la réalité de l'époque, notamment le point de vue colonialiste de l'auteur sur les populations et les us de l'époque, la lecture se fait avec plaisir et assez rapidement si l'on dépasse les difficultés langagières qui peuvent se présenter à nous. C'est distrayant et dépaysant, l'on retrouve des sensations oubliées comme ces premières lectures qui ont pu tant nous hypnotiser plus jeune. Pour moi, ce fut Vernes et Tolkien. Un roman à découvrir pour ceux que les thématiques intéressent et qui aiment se plonger dans une époque désormais révolue.