lundi 26 juin 2017

"L'Île des morts" de P. D. James

L-Ile-des-morts

L’histoire : Un château victorien bâti sur une île : c'est là qu'un riche excentrique a convié quelques amis pour le week-end. Au programme des réjouissances, une pièce de théâtre montée par une troupe d'amateurs.

Mais quelqu'un trouble la fête, se livrant à de macabres plaisanteries aux dépens des invités. La mort rôde autour de l'île. La terreur s'installe.

Cordélia Gray, la jeune détective de La Proie pour l'ombre, joue les gardes du corps et observe d'un œil attentif ces convives dont les bonnes manières dissimulent des vices inavouables. Energique, intuitive, elle dénoue un à un les fils de cette toile d'araignée criminelle.

La critique de Mr K : Ce livre est le fruit d’un coup de poker de ma part lors d’une session chinage. Je ne connaissais aucunement l’auteure, P. D. James, mais la quatrième de couverture de L'Ile des morts faisant la part belle au huis clos dans un vieux château isolé sur une île me faisait très envie. Et puis, il se dégageait un petit côté surannée au charme certain qui me faisait penser à du Conan Doyle ou du Christie, deux auteurs que j’affectionnais particulièrement dans mes années lycée pour me détendre après quelques lectures obligatoires.

Un riche lord fait appel à Cordelia Gray pour protéger sa femme qui reçoit des mots très menaçants de manière régulière. Actrice de théâtre à la renommée importante, elle est très exposée et doit se produire de manière exceptionnelle sur une île isolée. La détective privée qui pour sa couverture se fait passer par la nouvelle secrétaire particulière de sa cliente va se mêler aux invités de cet événement et se rendre compte qu’elle se retrouve plongée au milieu de tensions palpables et très anciennes. La mort va frapper et bousculer l’emploi du temps prévu. Commence alors une partie de chasse au coupable où il faudra lever les faux semblants et découvrir les secrets enfouis par chacun.

À priori, il s’agit de la deuxième aventures mettant en scène le personnage de cette jeune détective privée qui vit d’expédients et de recherches de chats perdus. Cette enquête va la faire rentrer dans la cours des grands même si j’ai trouvé que finalement elle ne faisait pas l’essentiel du travail, l’auteur faisant aussi intervenir la police en la personne d’un vieux commissaire grincheux et son jeune adjoint idéaliste. Cornelia est très vite dépassée car elle ne s’attendait pas à devoir intervenir dans une enquête criminelle mais ses réflexes de détective vont bien l’aider à dénouer le sac de nœuds dans lequel elle est empêtrée.

Il faut dire que les invités ne vont vraiment pas lui faciliter la tâche en lui dissimulant des choses parfois inavouables entre jalousie larvée, secrets de famille et vices profonds. Un critique littéraire aux portes de la mort, une cousine haineuse et intéressée, une actrice déconnectée de la réalité et manipulatrice, un seigneur du château égocentrique, un jeune collégien complètement paumé et des serviteurs interlopes forment le casting de cette enquête policière très classique qui se plaît à déjouer les pronostics en distillant très lentement les éléments de réponse et en s’amusant à nous orienter sur des fausses pistes. Les rapports âpres qui en résultent donnent une couleur bien cynique à l’ensemble et la pauvre héroïne (un peu neuneu d’ailleurs parfois, on la voudrait plus vindicative) a fort à faire entre les mensonges, les dissimulations et le manque de collaboration de certains.

Le caractère insulaire des lieux rajoute une dose de mystère et de fascination pour cette histoire nébuleuse. Le vieux château, ses souterrains, la côte découpée, les falaises, le jardin d’agrément sont autant de lieux clefs où vont se dérouler les actes principaux d’une affaire plus complexe qu’elle n’y paraît au départ. L’ambiance est remarquablement bien rendu à la manière d’un Rebecca de Daphné Du Maurier (quelques tons en dessous quand même) et on se laisse emporter par l’écriture habile et très détaillée de l’auteur qui va très en profondeur explorer ses personnages et leurs motivations intimes. Ce que l’on perd un peu en rythme, on le gagne en caractérisation et ceci pour tous les êtres déchirés qui hantent ces pages. Cela donne au final, une belle brochette d’individus aux destins qui s’entrechoquent et qui auraient pu tous être le coupable idéal. Finalement, c’est une gigantesque partie de Cluedo qui se joue de page en page et personnellement, je n’ai vu venir la vérité que vers le dernier quart de l’ouvrage et la conclusion m’a surpris.

Au final, ce fut une très agréable lecture, un livre qui se lit très facilement, daté certes dans sa manière d’aborder le genre et les personnages mais les effets marchent toujours et les amateurs de roman policier y trouveront leur compte. Je n’exclus donc pas de retourner dans l’œuvre de cette auteure qui mérite bien son surnom de Reine du crime.

Posté par Mr K à 17:52 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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