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L'histoire : Sandra n’est pas une femme de ménage comme les autres. Avec elle, plus de problème : elle vous nettoie une scène de crime en quelques heures. Au lendemain d’un meurtre, d’une vengeance personnelle, pour quelques milliers d’euros, elle vous débarrasse ! Indispensable ? Peut-être un peu trop. En enchaînant les carnages, son meilleur client ne serait-il pas en train de la transformer en complice ? Et pourquoi vide-t-il ses victimes de leur sang ?

La critique de Mr K : La couverture de cet ouvrage m'a frappé dès la première fois que je l'ai aperçue. Pensez-donc une technicienne de surface aux gants tâchés de sang ! C'est le genre de personnage que l'on croise rarement dans un roman ou alors de manière plus conventionnelle. C'est pourtant, le sujet central d'Une Femme de ménage, roman fraîchement débarqué en librairie et qui met en scène une femme de ménage d'un genre un peu particulier... Jugez-plutôt !

Sandra règle tout genre de problèmes, son credo : nettoyer une scène de crime avant que la police n'intervienne. Comme le dit l'adage : pas de corps, pas de crime ! Vous assassinez votre moitié un soir de colère, vous voulez régler discrètement son compte à un rival entreprenant, vous ne maîtrisez pas forcément toutes vos pulsions, qu'à cela ne tienne, Greg un avocat spécialisé dans la dissimulation de crimes vous orientera vers elle, une femme ultra-professionnelle qui fera disparaître en un temps record toute trace de votre forfait avec une efficacité jamais éprouvée. Mais voila, alors que la routine s'installe et que les nettoyages s’enchaînent sans accrocs, un client d'un genre tout particulier va modifier la donne et l'orienter vers des horizons insoupçonnés.

Autant vous le dire de suite, j'ai beaucoup apprécié cet ouvrage mais il ne plaira pas à tout le monde. Ce roman est très crû, enchaînant les détails sordides et les scènes bien gores entre découpes subtiles, travail de boucherie pure et dissolution des corps (et plus si affinités). C'est du frontal, du violent et l'auteur, Jérémy Bouquin, se plaît à nous détailler tous les process qu'utilisent son héroïne dans l'exercice de son métier bien particulier. La barbaque est ici étalée en pleine page, sans sentiments et dans une ambiance d'une froideur clinique. Il y a le repérage, la protection des lieux à la Dexter (la bâche en plastique, y'a rien de mieux !), le travail de séparation nécessaire à la préparation du bain d'acide qui vient clôturer les macabres faits et gestes de Sandra, une adepte du travail bien fait qui semble avoir perdu toute empathie envers le monde qui l'entoure.

Bien sûr, en cours de lecture, on en apprend davantage sur cet être à l'apparence désincarnée. Un premier métier qui l'a dégoûté, des aspirations artistiques qui n'ont pas survécu au principe de réalité (il faut voir ses œuvres aussi !) et une vie personnelle morne et sans relief. Et pourtant, peu à peu, on se rend compte que derrière cette machine inhumaine se cache un être sensible qui tente de surnager malgré une obsession méthodique pour son travail. C'est d'ailleurs à cause d'une liaison extra-professionnelle que le masque va tomber et la forcer à changer définitivement de vie. Le revirement est pour le coup assez facile à deviner, personnellement je l'envisageai déjà à la moitié de ma lecture.

Ce qui rebutera encore plus certains lecteur sera sans aucun doute l'écriture en elle-même. Très sèche, constituée essentiellement de phrases courtes, l'auteur a fait le choix de la juxtaposition à outrance. Point de coordination et autres connexions logiques ici mais l'accumulation de ressentis et d'actions qui s'entrechoquent sans lien apparent. Le processus est bien maîtrisé mais désarçonne, loin des canons d'écriture classique, la langue est ici dépouillée et contribue à distiller le malaise ambiant et l'aspect glauque des personnages et de l'histoire. Très accessible (trop certainement pour certain), le roman dégage une force émotionnelle assez impressionnante malgré tout et atteint son objectif premier : divertir et fournir un univers vraiment déviant.

Les âmes sensibles risquent de ne pas survivre à un tel voyage qui navigue entre le polar classique, le guide du boucher et une touche de fantastique bon teint qui fait basculer l'ouvrage en des terres encore inexplorées. Une Femme de ménage étant finalement assez court, on n'a pas le temps de se lasser et même si la fin est quelques peu expédiée, on se souviendra longtemps de ce petit roman bien malin et bien thrash. À conseiller à tous les amateurs de sensations fortes !