L'enfer du troll

L’histoire : " Nous sommes censés accompagner Sheldon et Brisène dans leur voyage de noces à l’autre bout du monde et jeter un coup d’œil à la situation d’une des mines locales, qui s’ouvre à flanc de volcan. Les rapports qui lui parviennent ne sont pas conformes au planning.

– Tu t’attends à quoi ?

– Une menace inconnue, terrifiante, du genre que les humains ne sont pas taillés pour affronter. Une apocalypse à l’échelle du monde, qui risque d’éradiquer toute vie intelligente sur Terre. Et ça pourrait même nous affecter, par ricochet..."

Pour venir à bout de leur quête, le Troll et ses complices vont devoir affronter les typhons des mers du sud, une armée de zombies et de consultants, et résister aux pièges des épouvantables souvenirs pour touristes. Mais ils disposent d’une arme secrète : leur mission est dotée d’un budget.

La critique de Mr K : Il y a deux ans environ, je vous parlais avec enthousiasme de ma découverte de Jean-Claude Dunyach avec le très réussi L’instinct du Troll qui mélangeait allégrement clichés de fantasy avec des notions et un vocabulaire moderne du type du pastiche Le Conseil corporate basé sur l’adaptation ciné du Seigneur des anneaux. J’ai depuis croisé l’auteur aux Utopiales et rencontré un homme heureux d’écrire, d’une bonté et d‘une gentillesse de tous les instants. C’est donc avec un plaisir immense que j’entamai cette nouvelle lecture qui s’inscrit complètement dans la lignée du précédent en reprenant certains personnages connus et en enfonçant à nouveau le clou de l’humour grinçant et des passages ubuesques. Amateurs de gaudriole et de références léchées, vous êtes les bienvenus !

On retrouve ici notre bon gros troll pour une nouvelle quête aux bordures du monde connu, son chef l’envoie sur une île lointaine, dans un volcan où se trament d’étranges événements qui pourraient rompre l’équilibre précaire du monde. Mais la route est longue, il va falloir survivre à la croisière organisée à laquelle il participe et supporter les impondérables qui vont en découler, sans compter la compagnie de zozos plus dingos les uns que les autres. C’est l’occasion pour l’auteur de continuer à asticoter le lecteur et notre monde à travers des moments de bravoures, des situations cocasses et de grands moments de solitudes. Délectable !

Avec L'Enfer du Troll, Dunyach nous montre le pendant féminin de notre troll de héros en la personne de sa compagne qui va prendre les commandes très tôt ; c'est une force de la nature romantique, cela donne de belles pages de romance et de tendresse version troll. Attendez un peu de lire les passages concernant leurs étreintes et vous comprendrez l’amour fou qui les unit. C’est à la fois touchant, drôle et décalé. Il faut dire qu’il ne sont pas trop de deux pour affronter la bêtise ambiante entre des nécromants vendeurs versés dans l’escroquerie organisée, les elfes foldingues aux motivations obscures, un stagiaire décidément très tarte et naïf (aaaaah ces humains !), une jeune mariée possessive et dictatoriale, des chevaliers peu toniques qui se révèlent être des incompétents notoires dans leur domaine, des fonctionnaires avides de réunions qui se transforment en brutes sanglantes si vous avez le malheur de ne pas porter de badge...

Je crois que vous pouvez vous faire une petite idée de l’esprit qui souffle sur ses pages entre quête du Graal assistée par GPS (Graal Position System), parcs d’attraction pour touristes avec des zombies asservis dedans, des machines à café où se tractent les pires complots, des boules à neige contenant de vraies âmes à l’intérieur, une fin du monde capitaliste à souhait et des personnages complètement largués qui ne peuvent compter que sur leur malice et un bon budget pour s’en sortir. C’est ultra-efficace, très bien ciblé et ça démoli aux passages les classiques évoqués au détour de quelques lignes bien senties (le passage sur l’aube rouge est un modèle du genre, Legolas retourne te coucher !). C’est irrévérencieux, très très drôle si on aime l’humour à la mode Pen of Chaos et qu’on aime la fantasy. Si ce n’est pas votre cas, vous feriez mieux de passer votre tour, les amateurs de fantasy pure à la mode Tolkien en seront pour leur frais. Pour ma part, j’ai été comblé par ce dépoussiérage rigolard qui ne se prend jamais au sérieux tout en garantissant une belle qualité littéraire au lecteur.

Le risque principal de ce genre d’ouvrage réside souvent dans le trop plein. Heureusement l’auteur nous sert ici un roman de deux cents pages donc court mais suffisant. Pas de lassitude donc, un style gouleyant à souhait et un rythme endiablé qui ne laisse que très peu de moments de pause au lecteur qui se retrouve englué dans un univers fantastico-comique assez impressionnant et complet. C’est avec un grand sourire que l’on repose l’ouvrage une fois fini et qu’on se dit qu’on en reprendrait bien une petite louche. Honnêtement, si vous êtes amateur de Pratchett, vous en avez ici un dérivé à la mode gestion-administration de très haut vol qui vous mènera vers des sommets de plaisir insoupçonné. Un must dans le genre !