FrankensteinT3et4L’histoire : Que fait un pasteur à demi-fou, adepte illuminé de Nietzsche quand il rencontre le monstre de Frankenstein ?
Il y voit un surhomme, l’avenir de l’humanité.
À condition de permettre au monstre de se reproduire... quitte à déclencher, dans les Alpes suisses, un véritable carnage !

La critique de Mr K : Suite de mes pérégrinations en terres hantées avec les tomes 3 et 4 de la réédition des romans que Benoît Becker (aka Jean Claude Carrière) a consacré à la mythique créature du docteur Frankenstein dans les années 50. French pulp éditions a décidément bon goût dans l’exhumation de vieux ouvrages toujours aussi plaisants à lire malgré le temps qui passe (je vous renvoie notamment à mes chroniques concernant la gigantesque saga de La Compagnie des glaces).

On retrouve dans le présent volume deux romans distincts : La Nuit de Frankenstein et Le Sceau de Frankenstein. Ils se déroulent chronologiquement après les deux premiers qui m’avaient bien enthousiasmés, procurant plaisir de lire immédiat, évasion et une belle expérience à partir du superbe matériaux de base de Shelley. On retrouve ici tous les ingrédients qui m’avaient bien plu dans les précédents tomes et même un petit peu plus avec deux ambiances bien différentes mais bien plantées pour mieux mettre en avant la créature qui a un peu évoluée depuis les deux premiers romans.

Dans La Nuit de Frankenstein, nous voila propulsé dans les années 1920 dans les Alpes autrichiennes. La servante du pasteur a mystérieusement disparue et un braconnier chevronné retrouve le corps par inadvertance lors d’une vérification de ses pièges. La population sous tension commence à flipper surtout que l’on entrevoit d’étranges lumières émanant de vieilles ruines hantées et que le pasteur a un comportement de plus en plus suspect. Une nouvelle disparition va précipiter les événements et l’horreur s’abattre sur ce village au départ sans histoires. Se lisant d’une traite, ce premier récit mélange allégrement le mythe du surhomme et le récit de chasse naturaliste. On a le droit à de très beaux passages sur le rapport de l’homme à la nature sauvage avec un héros mis au ban du village qui va retrouver une certaine légitimité à travers ses actes de bravoure pour combattre le mystérieux mal qui sévit dans les parages. Très bon personnage aussi que celui du pasteur, littéralement possédé par une obsession déviante qui va causer sa perte et faire beaucoup de dégâts collatéraux, les scènes de folie sont remarquablement rendues avec un personnage borderline au possible qui fait froid dans le dos. Mission réussie !

Le Sceau de Frankenstein se déroule peu après les événements du récit précédent et essentiellement dans le cadre restreint d’un hôpital psychiatrique. Un gardien de nuit est retrouvé égorgé et une patiente mutique semble reliée à ce meurtre épouvantable malgré son impossibilité de bouger de sa cellule. Très vite, un des psychiatres va se rendre compte qu’une ombre massive et menaçante rôde dans les alentours, les festivités du carnaval approchant à grands pas, la créature va se déchaîner et la folie meurtrière sera une fois de plus libérée. Moi qui adore les histoires (livres, séries, films) se déroulant dans des centres pour aliénés, j’ai été servi avec une caractérisation des lieux impeccable et une angoisse diffuse très bien installée. C’est l’occasion aussi de voir les premières applications des théories de Freud qui pour l’époque sont révolutionnaires et ont du mal à faire leur chemin chez les praticiens. Le suspens est là aussi efficace, bien mené jusqu’à une fin terrifiante où les victimes seront nombreuses.

Les deux romans ici regroupés ici sont de vraies réussites, on gagne même en épaisseur concernant le monstre qui développe une certaine intelligence avec des buts à poursuivre qui le pousse à agir de façon plus constructive et parfois même avec l’aide de comparses manipulables à souhait. Bien que toujours monolithique et extrêmement effrayant, ce sont ses lueurs d’intelligence qui rendent la créature plus terrifiante que jamais. D’ailleurs, les personnages humains ne s’y trompent pas et peu d’entre eux échapperont à ses griffes. Et dire qu’il reste encore deux textes à lire...

Comme dit plus haut, avec Frankenstein, le plaisir est immédiat et durable. La langue de Becker reste toujours aussi accessible, fluide, fourmillante de détails immersifs sur les lieux, favorisant le sentiment d’étouffement et de menace. Les personnages sont aussi très poussés avec de très belles descriptions de personnages hantés, possédés par leurs missions ou idéaux. Certes, on reste dans de la narration classique avec des effets déjà éprouvés mais à aucun moment on ne relâche son attention tant on est pris par l’histoire, hypnotisé par les actes de la créature et la trace de peur qu’elle laisse derrière elle. Si vous êtes amateur du genre, ce serait vraiment dommage de passer à côté !