mercredi 15 février 2017

"Le Murmure des loups" de Serge Brussolo

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L’histoire : Quelle meilleure cachette, au terme d'un hold-up sanglant, qu'un bâtiment condamné, perdu au milieu d'anciens locaux militaires placés sous haute surveillance ? Bien sûr, il vous faudra cohabiter avec les rats, véritables propriétaires des lieux...

Étudiant pauvre, Daniel Sarella, lui, s'est fait embaucher dans une société de gardiennage pour gagner un peu d'argent. Et lorsqu'il découvre l'univers ténébreux des vigiles, ces guerriers de la nuit, il se demande s'il a fait le bon choix. Trop tard. On n'entre pas impunément dans ce monde nocturne, peuplé de fantasmes d'autodéfense.

La critique de Mr K : Cet ouvrage est mon premier Brussolo de 2017 avec un titre qui errait dans ma PAL depuis déjà un sacré bout de temps. J’aime beaucoup ce vieux de la vieille de l’écriture qui a un talent fou pour fournir angoisses et frissons avec des histoires alambiquées qui ne nous emmènent jamais là où on pense aller. Avec Le Murmure des loups, il reste dans la même veine !

Jeune étudiant en Histoire désargenté, Daniel se retrouve plongé dans le monde des vigiles après avoir décroché une place dans une entreprise de sécurité pour l’été. Bien loin de son univers estudiantin, il est confronté à la dure réalité du métier de gardien de nuit avec le difficile apprentissage des horaires décalés et la cohabitation forcée avec des personnes avec lesquelles il ne partage aucun atome crochu (alcool, beaufitude, violence...). L’affaire se complique quand il se rend compte que dans un des bâtiments qu’il est chargé de surveiller se sont réfugiés après un sanglant braquage deux adeptes d’une secte millénariste... La fatigue, la pression, les fantasmes, la manipulation... rien ne sera épargné au jeune homme qui plonge littéralement en enfer.

Quitte à me répéter, la grande force de Brussolo réside dans la caractérisation de ses personnages. En peu de mots et avec une dextérité de chirurgien, il plante des personnages crédibles et profonds. On se retrouve immédiatement dans leurs peaux respectives et l’ambiance crée le reste. L’univers décrit ici est sombre, c’est celui de la nuit poisseuse, aux côtés de personnages menant des vies déviantes en dehors de la normalité admise par la majorité car travailler de nuit modifie les corps et les esprits (passage sur la lumière du jour très éclairant dans ce domaine), mais aussi des êtres dérangés comme les deux membres de la secte persuadés que l’apocalypse nucléaire est pour bientôt et qui se méfient de tous les écrans qui propulsent des ondes nuisant à la santé. Ambiance bien glauque confortée par un lieu pour le moins ragoûtant : une ancienne base militaire US désaffectée où les rats ont installé leur territoire...

Brussolo frappe une fois de plus un grand coup avec un roman qui marque durablement les esprits par la maestria déployée une nouvelle fois pour démonter consciencieusement et insidieusement le personnage principal. Peu à peu, on sent bien que Daniel est bien mal embarqué et que son "innocence" et sa naïveté vont lui porter préjudice. Son esprit d’abord endormi finit par s’égarer entre fantasmes liés à des légendes urbaines prospérant sur les peurs accumulées autour des bâtiments désaffecté (des fantômes en colère reviendraient hanter les vivants, le règne animal va bientôt remplacer l’homme...), discussions à l’emporte pièce mais éprouvantes pour le moral avec ses collègues désabusés et finalement sa rencontre avec Christine (une des membres de la secte) qui en lui racontant son parcours va le faire douter tout court (sur son existence, le monde). Cela donne lieu à des passages flippants à souhait où le personnage (et du coup le lecteur) navigue à vue, à la recherche d’éventuels repères pour revenir à la réalité. Mais plus le temps passe, plus les frontières du visible et de l’invisible semblent se mêler...

On passe un excellent moment avec cette lecture qui se révèle addictive très vite mais cela ne surprendra pas les amateurs de l’auteur qui, par son ingéniosité stylistique et ses saillies scénaristiques venues de nulle part, assène ses chapitres comme autant de directs à l’estomac laissant le lecteur en toute fin de lecture complètement KO. Je suis peut-être maso mais j’adore ça et j'en redemande !

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur :
"Le Syndrome du scaphandrier"
"Bunker"
"Les Emmurés"

"Avis de tempête"
"La Main froide"
"Pélerin des ténèbres"
"La Fille de la nuit"
"La Mélancolie des sirènes par trente mètres de fond"
"Le Livre du grand secret"
"Trajets et itinéraires de l'oubli"
- "Le Nuisible"

Posté par Mr K à 19:52 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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