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L’histoire : Avec ce premier recueil de nouvelles, le jeune auteur canadien John Vigna dresse un portrait bouleversant de la condition humaine dans un monde où la brutalité prend le pas sur la raison et où les mauvaises décisions partent toujours d’une bonne intention. Saisis dans leur rôle de mari, d’amant, de père ou de frère, ses personnages poursuivent sans relâche leur quête d’un bonheur incertain.

La critique de Mr K : La très bonne collection Terres d’Amérique d’Albin Michel s’arrête cette fois-ci, avec Loin de la violence des hommes, dans l’horizon canadien avec le premier recueil de nouvelles d’un écrivain du cru qui a fait forte impression dans son pays et débarque par chez nous en ce mois de février. Au programme, huit courts récits faisant la part belle à l’immersion dans la masculinité, sans fard ni paillettes.

Comme dans l’univers de beaucoup de nouvellistes d’outre-atlantique, John Vigna s’attache à décrire la réalité, le quotidien, pour en ressortir l’essentiel. Tantôt ce sera l’attitude de quelqu’un face au deuil d’un être proche, parfois la mélancolie qui peut naître d’une vie sans véritable relief, les choix cruciaux que l’on prend quand on se sent acculé, le besoin d’aimer et de l’être en retour, ou tout simplement la lutte pour sa survie dans les jungles modernes. On trouve un peu de tout cela dans les textes réunis ici et même un petit peu plus...

Dans la pure tradition des recueils que j’ai pu lire de cette collection, on retrouve une propension de l’auteur à planter rapidement et efficacement des décors et des personnages. C’est la base me direz-vous pour fournir une bonne nouvelle... On atteint ici des sommets de caractérisation avec des destins brisés qui nous sont livrés en pâture sans fioriture, dérangeant bien souvent le lecteur dans le doux confort de la lecture. Ce qui nous est donné à lire ici n’est pas forcément facile à appréhender et l’aspect bien borderline de certains personnages leur donne à la fois une force et une fragilité qui entraînent surprises et déviations vers des perspectives insoupçonnées.

On se prend donc très vite au jeu de savoir le pourquoi du comment de situations finalement banales mais qui peuvent déraper à n’importe quel moment sur un coup de tête ou une réaction malheureuse. Même si tous les textes ne sont pas du même tonneau (deux textes m’ont laissé totalement indifférent voir ennuyé (30 pages sur 246, ça va, il y a pire...)), l’auteur nous invite à un voyage plein de finesse et d’amour pour ses personnages à travers leurs désirs et leurs problèmes. Il en ressort que l’existence humaine est décidément constituée de frustrations et de grands espoirs, que nos choix peuvent parfois s’avérer malheureux comme la plupart de ceux opérés dans cet ouvrage. Il ressort un arrière goût doux-amer de cette lecture qui colle au cœur et aux tripes, remuant bien souvent des souvenirs personnels ou encore des peurs qui peuvent tous nous habiter et qui à la faveur de ce recueil se rappellent à nous et nous renvoient à notre nature mortelle et perfectible.

L’écriture de John Vigna est une pure merveille, elle est un très bel écrin au fond, le magnifiant et l’adoucissant par sa virtuosité, son onctuosité et sa force de frappe qui touche toujours juste. La sensibilité se fait ici sentir à fleur de page dans la moindre réaction ou parole décrite, la moindre description d’un lieu chargé de souvenirs ou de symboles pour des personnages en roue libre. Ces moments de lecture se sont révélés d’une grande intensité et presque à chaque fois doublé d’un cheminement de pensées ou d’une identification personnelle. C’est beau, simple et puissant. Un ouvrage à lire pour tous les amateurs de fictions courtes à la mode nord-américaine.