La_bete

L’histoire : Pour des marins avisés, les eaux des Bermudes présentent moins de danger que n'en laisse croire la légende du fameux "Triangle" ; pourtant "yuppies", jeunes gens de bonne famille et navigateurs confirmés disparaissent corps et biens : surgi des profondeurs de l'océan, un "être" monstrueux entreprend de déchiqueter l'acier des bateaux et la chair des hommes.

Whip Darling, pêcheur et expert des fonds marins, se trouve pris entre le délire vengeur des hommes et la force effroyable de la bête affamée. En compagnie d'un savant monomaniaque et d'un millionnaire qui se prend pour le Capitaine Achab, Whip va devoir affronter la bête.

La critique de Mr K : Peter Benchley est connu pour avoir écrit le fameux roman Les Dents de la mer qui donna lieu à une adaptation terrifiante par Steven Spielberg, oeuvre qui reste pour beaucoup un film culte. Le roman m’avait plu aussi quand plus jeune je l’avais emprunté au CDI de mon bahut. C’est le hasard qui me mena à un bac à livres d’occasion du Périgord où m’attendait le présent ouvrage qui promettait monts et merveilles à l’amateur de récits de mer teintés de fantastique que je suis. Je n’ai pas été déçu.

La bête qui donne son titre à l’ouvrage est affamée et est remontée des profondeurs marines pour trouver des proies qui pourront la rassasier. C’est bien dommage dans ces conditions d’étrenner son nouveau voilier ou de faire de la plongée sous-marine... Gare aux imprudents qui croiseront la route de ce prédateur hors norme ! Ces disparitions en série vont alerter les autorités, l’armée mais aussi Whip, un pêcheur expérimenté qui ne voit là que la conséquence des actions de l’homme sur la nature qui parfois se rebelle. Malgré ses réticences, il va se retrouver embarqué dans une expédition punitive contre la mystérieuse créature...

On retrouve beaucoup de points communs entre ce titre et le best seller sur les requins pré-cité. Bien qu’éprouvés et connus, les méandres de l’intrigue accrochent par leur caractère aventureux et des personnages bien poussés. Entre le vieux de la vieille grincheux, le jeune premier en mal d’action, le politique imbu de lui-même, la population que la terreur gagne... Rien ne nous est épargné dans la gestion de cette catastrophe. Car au-delà des morts, c’est la survie de la petite île (dont l’économie est tournée quasi exclusivement vers le tourisme) qui est en jeu car à force de pêcher au-delà du raisonnable, les pêcheurs se cantonnent désormais à transporter les touristes et à jouer les guides. On s’attache assez vite à la localité et aux héros qui se battent avec leur vie pour pouvoir manger, garder l’héritage familial et plus généralement aller de l'avant malgré une conjecture difficile.

Pas le temps de s’ennuyer entre de courtes séquences mettant en scène la bête rodant dans les eaux bermudiennes, des passages nous livrant des attaques aussi rapides que violentes tuant sans vergogne des humains bien trop souvent nonchalants et surtout trop sûrs de leur supériorité. L’histoire principale mêle habilement chasse au monstre, luttes de pouvoir au sein de l’île, vie familiale en péril et recherche de sens dans une existence morne. Certes l’ensemble ne brille pas par son originalité mais les pages se tournent toutes seules, l’addiction venant très vite et les questionnements se multipliant au fil des chapitres.

Passionné par les océans depuis son plus jeune âge, Peter Benchley livre ici un magnifique plaidoyer écologiste en sous-texte. Car en plus d’être un livre bien flippant, c’est l’occasion à certains moments d’évoquer des réalités difficiles pour notre planète bleue comme les marées noires, la pêche intensive à la nasse qui met en danger la survie d’espèces entières, la sur-exploitation des fonds marins qui détruit petit à petit certaines barrières de corail... Pas de moralisme bien pensant pour autant mais simplement des piqûres de rappel qui donnent une certaine densité à Whip (il est très souvent au centre de ces réflexions) et permet au lecteur d’en apprendre davantage sur les Bermudes qui ne sont pas uniquement un repère à monstres ! Certains passages sont aussi l’occasion d’en connaître plus sur les espèces marines, les modes de vie de certains poissons et le fonctionnement de la chaîne alimentaire. C’est érudit sans l’être trop et si la mer vous intéresse, on en apprend pas mal, sans se prendre la tête et en lisant un bon roman d’aventure.

La Bête est une belle réussite. Il conjugue histoire universelle avec une langue maîtrisée, simple d’accès et parfois virevoltante lorsque l’action est de mise. On passe un excellent moment et tous les amateurs du genre seraient bien inspirés de tenter le voyage.