samedi 28 janvier 2017

"Nulle et Grande Gueule" de Joyce Carol Oates

Nulle et grande gueule - OatesL'histoire : Elle, c'est Ursula.
Parce qu'elle est grande, très grande, mal dans sa peau, Ursula se surnomme elle-même la Nulle. C'est pourtant, à seize ans, une belle fille, intelligente et d'une volonté peu commune. Solitaire, indépendante, elle ne ressemble pas aux autres.
Lui, c'est Matt.
Doué, drôle, c'est un garçon brillant, apprécié de tous. Il aime faire rire, il parle haut et fort. Trop parfois. Le jour où il a menacé de poser une bombe au lycée, Matt plaisantait. Mais les événements s'enchaînent, prenant une tournure de plus en plus dramatique : soupçonné, accusé, isolé, il voit sa vie devenir peu à peu un enfer. Seule Ursula ne cède pas à la rumeur...

La critique Nelfesque : Joyce Carol Oates et une auteure que j'aime beaucoup. La femme a eu des propos assez incompréhensibles lors des attentats de Charlie Hebdo et j'ai bien failli la boycotter pour le restant de ma vie de lectrice mais je sais aussi faire la part des choses et dissocier le travail d'un artiste en général et ce qu'il a pu faire ou penser dans sa vie privée (suivez mon regard du côté de Polanski avec son renoncement récent à présider les Césars...). Bref, pour vous la faire courte, je n'ai pas pu rester très longtemps éloignée des ouvrages de Oates et j'ai eu très envie de commencer l'année avec un de ses romans. Parce qu'elle a une plume singulière et qu'elle sait me bousculer comme peu d'auteurs savent le faire (et j'aime me faire bousculer (littérairement parlant soyons clair (hum))).

J. C. Oates est du genre prolifique et a publié énormément d'ouvrages (une bonne soixantaine). Il y a donc le choix dans sa bibliographie et autant j'ai lu de véritables chefs d'oeuvre chez elle ("Au commencement était la vie" pour n'en citer qu'un), autant j'en ai lu des plus dispensables selon moi ("Confessions d'un gang de filles" par exemple n'est pas du même niveau). "Nulle et Grande Gueule" se situe en bonne place même si l'auteure en garde ici sous le pied. Pour autant, c'est un bon compromis pour qui veut découvrir sa plume sans tomber dans le trop glauque (parce que l'auteure peut atteindre des sommets de malaise dans certaines de ses oeuvres (ce que pour ma part j'aime vraiment beaucoup chez elle)).

Dans cet ouvrage, Oates s'attaque au mal-être adolescent et à ce microcosme qu'est l'école. En ce lieu, où les adolescents passent la plupart de leur temps, se constituent les amitiés qui peuvent durer toute une vie, naissent les premiers amours et se forge la psychologie de ces adultes en devenir. Comment se perçoivent-ils ? Comment font-ils face aux vents contraires et aux difficultés ? A un âge où le regard que portent les autres sur soi est très important, comment sauver les apparences, gérer ses propres peurs et aller de l'avant ?

Ursula et Matt fréquentent la même école mais ne se connaissent pas. Pourtant, le jour où Matt, garçon drôle, brillant et en vogue, se voit accusé d'une chose qu'il n'a pas commise, ses proches lui tournent le dos. Seule Ursula va prendre sa défense, ne pas se laisser convaincre par les autres élèves et se montrer forte pour deux, elle qui d'ordinaire manque tellement de confiance en elle.

Sous chaque mot, l'angoisse est palpable. Le lecteur, déjà au fait de la plume de l'auteure, craint à chaque minute que la situation ne dérape. Ici, Oates est plus mesurée, moins sombre que dans d'autres de ses romans mais pour autant, elle ne ménage pas ses lecteurs, leur assénant situations borderline sur situations borderline. Paranoïa, médisance, agressions, tentative de suicide, vengeance : les personnages sont confrontés à des situations extrêmes et éprouvantes. Entre euphorie et abattement, il n'y a pas de juste milieu et Oates retranscrit admirablement ici l'adolescence dans tout ce qu'elle peut avoir de fort et de désespéré dans ses comportements et ses relations aux autres.

Encore une fois, difficile de lâcher ce roman avant la dernière page. Avec "Nulle et Grande Gueule", le lecteur est pris en otage et son côté voyeur est plus que jamais sollicité. Jusqu'où une blague, lancée à table entre deux plats, peut-elle conduire un adolescent déçu par ses proches et raillé de tous ? Jusqu'où la méchanceté et la lâcheté peut mener les hommes lorsqu'ils sont en groupe ? Je recommande cet opus à qui s'intéresse à la psychologie et celle des jeunes en particulier. Pour découvrir l'auteure également, ce roman est parfait.

Egalement lu et chroniqué de la même auteure au Capharnaüm éclairé :
- "Confessions d'un gang de filles"
"Au commencement était la vie"
- "Délicieuses pourritures"

Posté par Nelfe à 16:55 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
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