mardi 24 janvier 2017

"La Compagnie des glaces" tomes 3 et 4 de G.J. Arnaud

GJarnaudvol2L'histoire : Lien Rag poursuit toujours son combat contre la dictature établie par les grandes compagnies ferroviaires. Mais sur un monde recouvert de glace, comment échapper à l'emprise du chemin de fer ?

Peut-être en se tournant vers le mystérieux peuple Roux, une tribu à moitié sauvage que le froid ne semble pas indisposer.

Et si le secret de leur origine représentait un énorme danger pour les compagnies ?

La critique de Mr K : Il n'a pas fallu longtemps à la toute nouvelle maison d'édition French Pulp pour poursuivre la réédition de la saga de La Compagnie des glaces de G.-J Arnaud dont le premier volume réunissant les deux premiers romans du cycle m'avait tant séduite il y a quelques mois. La réussite est une fois de plus au RDV avec une lecture prenante, dépaysante et provoquant une évasion immédiate. Et dire que trois autres volumes sont prévus pour le courant de l'année 2017 !

Rien ne va plus sur Terre qui comme l'auteur nous l'avait expliqué lors du tome précédent est désormais recouverte de glace et est devenue quasiment invivable pour l'espèce humaine. Les Compagnies ferroviaires règnent hégémoniquement sur notre planète et seule une poignée d'individus s'opposent à l'ordre établi avec plus ou moins de réussite. Lien Rag est de ceux-là et même si on le retrouve au début de cet ouvrage à travailler pour l'armée de la compagnie ferroviaire, on le sait sceptique sur cette dernière et sur les buts qu'elle poursuit. Ayant échappé à la prison et à la mort bien des fois lors des deux premiers romans, le voila plongé en plein conflit interplanétaire entre les deux principales compagnies. Son cœur balance toujours entre son monde et celui des hommes roux, êtres sauvages à la constitution spéciale leur permettant de résister au froid et exploités par le pouvoir en place. Malheureusement pour lui, plus que jamais des obstacles insurmontables semblent se dresser devant lui et il lui faudra tout son courage et toutes ses relations pour s'en sortir...

On retrouve toutes les qualités énoncées lors de ma chronique précédente dans ce volume qui fait la part belle à l'aventure. Ainsi les rebondissements sont nombreux entre quête initiatique, révélations fracassantes, amours et attirances contre-nature, trahison et vengeance. Plus que jamais l'aspect feuilletonnesque de l’œuvre monumentale de G.-J Arnaud (99 romans dans ce cycle tout de même !) éclate au grand jour avec une multitude de personnages secondaires qui viennent enrichir une galerie principale déjà bien fournie. On explore ainsi certaines stations jusque là inconnues et spécialisées dans certaines domaines comme le bois et son recyclage ou encore l'élevage. Point de visite des beaux quartiers avec ce volume mais plutôt une plongée dans le quotidien plus rude des simples gens, des oubliés de la compagnie et surtout des êtres manipulables à souhait.

Car au centre de ce volume, on retrouve le fameux peuple des hommes roux qui attisent la haine et le ressentiment. S'étant détourné des humains qui les exploitaient, le gouverneur de la compagnie lance une grande chasse à l'homme pour les ramener dans le giron du pouvoir et ainsi les réaffecter à leurs emplois désertés. S'ensuivent des dérives que l'on a déjà connu comme les chasseurs négriers d'antant, les camps de triage, l'esclavage et les camps de concentration. Il n'y a qu'un pas à franchir pour faire le lien avec l'esclavage des noirs par les occidentaux ou encore le sort réservé aux tsiganes et aux juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. En sous-texte, la propagande xénophobe et extrémiste religieux avec les néo-catholiques qui se verraient bien revenir au bon temps de l'inquisition et du tout moral qui pénètre les esprits et donne lieu dans la deuxième partie de l'ouvrage à de purs moments d'abjections comme les êtres humains sont capables de commettre quand ils sont plongés dans l'affliction et la souffrance. Certains passages sont donc très rudes et donnent au texte une profondeur encore plus poussée, faisant passer la saga dans une autre dimension, celle des œuvres utiles et divertissantes à la fois.

La SF est donc ici virevoltante, érotique parfois (quel coquin cet auteur !) mais aussi dénonciatrice des travers naturels de notre espèce. L'écriture sert remarquablement bien l'histoire et permet à certains personnages de gagner nettement en densité. On continue aussi à explorer dans cette saga le background inquiétant et saisissant de cette terre privée des rayons salvateurs du soleil qui se retrouve livrée à l'incurie des hommes. Une belle réussite qui en appelle d'autres, je me réjouis déjà à l'idée de lire la suite.