Sacrés américains - Ted StangerL’histoire : Après Sacrés Français !, son impertinent best-seller, Ted Stanger récidive. À l'issue de dix années passées en France, notre Yankee parisien est retourné chez lui, dans l'Ohio, et nous livre ses impressions sur une Amérique qu'il ne reconnaît plus. Abordant des thèmes graves ou légers illustrés par de nombreuses anecdotes, il brosse, sur le ton ironique et distancié qui le caractérise, le portrait de l'Amérique profonde. Ted Stanger décrypte avec humour le système électoral diaboliquement complexe de ce pays où les lois changent d'un État à l'autre. Il raconte la patrie du dieu dollar et des fous de Dieu ; le sexe à l'américaine où puritanisme et sexualité débridée se côtoient allègrement ; l'apocalypse gastronomique qui sévit au pays du fast-food et nous menace déjà...

La critique de Mr K : Retour à Ted Stanger avec cet ouvrage qui fait écho à celui que j’avais lu sur les Français vus à travers les yeux d’un francophile américain. Écrit en 2004 en plein guerre en Irak, il date donc un peu mais fait office de piqûre de rappel à l’aube de la présidence Trump qui va sans doute changer la face du monde et notamment nos rapports avec la première puissance mondiale. Certains éléments sont à recontextualiser mais dans les grandes lignes, le portrait des américains ici fourni est drolatique à souhait, parfois dérangeant (les différences culturelles sont énormes entre nos deux pays) et toujours éclairant.

Rappelons tout d’abord que Ted Stanger est un journaliste et un polémiste américain qui a séjourné en France durant 10 ans et qui est tombé amoureux de notre pays malgré ses doutes sur notre système d’État Providence et certaines caractéristiques socio-culturelles de la population (voir ma chronique de Sacrés français !). N’étant ni sociologue, ni ethnologue mais simplement un journaliste américain curieux, l’ouvrage n’est donc qu’un ensemble de ressentis personnels et de faits / données livrés au lecteur qui fera par lui-même son chemin. Le principe est sympathique et l’écriture bien déjantée de l’auteur fait passer un très agréable moment.

Comme dans son précédent opus sur la France, c’est par des thématiques très précises et traitées de manière rapide que Ted Stanger nous invite à découvrir les USA. Tous les aspects de la sociétés sont ainsi passés en revue des conceptions de l’État en vogue en Amérique (le capitalisme-libéral, l’organisation des élections et du pouvoir, la décentralisation à l’américaine), en passant par les images d’Epinal à casser (les GI, l’efficacité US...), le mode de vie (la mal-bouffe, la séduction et le sexe aux USA) mais aussi les rapports tendus qui pouvaient exister lors de la sortie du livre en 2004. On découvre nombre de choses avec cette lecture et on en redécouvre aussi. J’ai constamment navigué entre stupeur et rigolade, l’auteur se plaisant à souffler le chaud et le froid, révélant un pays à la fois très attirant par les rêves qu’il peut susciter (les grands espoirs, la notion de liberté d’entreprendre et la réussite possible pour tous) mais aussi un pays où les laissés pour compte sont nombreux au nom de la sacro-sainte répulsion des américains envers l’État Providence (santé et école à la carte, discrimination sociale et raciale, ghettoïsation).

Heureusement pour faire passer la pilule, Ted Stanger n’a pas son pareil pour manier l’humour et l’ironie. Il souligne à merveille grâce à ce don de la dérision un beau portrait de l’Amérique mais aussi les défauts de ses compatriotes avec une bonne dose de mauvaise foi à l’occasion, de caricature (plus c’est gros plus c’est drôle) et toujours un sens de l’humain malgré parfois des sujets plus graves. On passe donc un très bon moment grâce aussi à une écriture journalistique mais séduisante par sa simplicité, sa vigueur et son ton léger qui n’oblitère pas le sérieux des propos. Le livre se lit à une vitesse record avec un plaisir durable même si parfois, j’ai trouvé les propos en inadéquation avec ce que je pense (notamment sur le rôle que doit jouer le rôle de l’État dans la vie des gens).

L’Histoire fait que nous sommes alliés depuis les origines des USA (rappelez-vous La Fayette !) mais les influences culturelles divergentes, la colonisation des grands espaces et les origines diverses des américains en ont fait la société que nous connaissons aujourd’hui. Les divergences sont donc grandes mais il me semble important de bien les appréhender pour mieux nous comprendre. Sacrés américains ! y contribue à sa manière et apportera à celui qui le lira un bonheur immédiat de lecture et beaucoup d’éléments de réflexion.