vendredi 30 décembre 2016

"Petit pays" de Gaël Faye

Petit paysL'histoire : En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce "petit pays" d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français...

La critique Nelfesque : Voici un roman que j'avais remarqué lors de la Rentrée Littéraire 2016 et que j'ai tardé à me procurer. Je ne pouvais pas terminer cette année sans avoir lu "Petit pays" de Gaël Faye tant il a fait parler de lui (et il n'est pas seulement question du Prix Goncourt des Lycéens qu'il a remporté en fin d'année mais aussi de l'amour (et le mot n'est pas galvaudé) que ma copinaute faurelix porte à cet artiste). Il fallait que je le lise ! Et une fois ce présent ouvrage avalé en quelques heures, je ne peux que me joindre aux louanges et passer à mon tour en mode "propagation". Il FAUT lire ce roman. Vraiment !

Lecture très forte par son histoire, elle l'est aussi par le talent et la plume de son auteur. Nous suivons ici une tranche de vie, celle de Gabriel, qui, à 10 ans, vit au Burundi dans une impasse où la douceur de vivre et les jeux d'enfants ont toujours été son quotidien. Mais ça c'était avant que la guerre ne vienne bousculer son pays, ses amis, ses proches, sa vie...

De mère rwandaise et de père français, il est bien loin de ces considérations d'adultes et des conflits qui opposent tutsis et hutus. Pour lui, il n'y a pas de différence et il ne comprend pas comment des histoires d'ethnies peuvent faire changer les hommes autour de lui. Pourquoi elles font pleurer sa mère, pourquoi elles font peur à sa soeur, pourquoi ses amis vont s'échauffer peu à peu et parler de défendre leur impasse face à l'ennemi. Gabriel ne voit pas d'ennemis et, dans l'incompréhension, va être confronté à la montée des tensions et à l'horreur.

Par les yeux d'un enfant de 10 ans, Gaël Faye entraîne le lecteur entre sourires et larmes dans un pays et une région d'Afrique qui ont été mis à feu et à sang par la folie des hommes. Tour à tour, on s'émerveille de la naïveté de l'enfance et on est effrayé par les horreurs qui peuvent être perpétrées par l'homme. Dans nos petites vies relativement tranquilles, loin des guerres et des pertes humaines, les lecteurs français que nous sommes ont connaissance de ces événements mais ont un rapport distancié avec les faits. L'auteur vient ici nous confronter à la réalité avec force et violence. Jamais gratuitement, toujours avec justesse mais quand la théorie rencontre la réalité, les mots font mal et le jeune Gabriel et ses amis de l'impasse nous touchent en plein coeur.

"Petit pays" est un roman sur l'enfance, sur l'amitié, sur l'Afrique et sur la guerre. Sans être ostentatoire et avec simplicité, il met en lumière le caractère universel des sentiments et des émotions. Les mêmes larmes ici et ailleurs, les mêmes peurs face à l'indicible, les mêmes espoirs et la même souffrance. Là où chacun ne voudrait qu'un monde beau et bon ne naissent des hommes et de leur avidité que souffrance et destruction. Un roman d'une beauté saisissante. 

J'ai lu ce livre dans le cadre d'une LC avec stefiebo, Meyko, Elle bouquine, Leelo lit tout, Metreya, Gin, Magiciennedoz, Mandorla et Fan2polar (dont certains ont déjà publié leurs avis). Si vous avez besoin d'en rajouter une couche pour vous convaincre d'ouvrir ce roman ou lire d'autres avis, faites un petit tour chez eux !

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mercredi 28 décembre 2016

"Récits de terreur" de Robert Bloch

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L’histoire : Un mandarin avide de tortures et ses canaris...
Une monstrueuse statue égyptienne qui capture les âmes...
Un Dieu-serpent à Haïti...
Un chien diabolique...
Un curieux musée de cire à Paris...
Un violoniste qui pactise avec le Diable...
Merlin et un Chevalier de la Table Ronde qui apparaissent en pleine Amérique contemporaine...
Un inconnu qui vous propose un billet aller simple pour Mars à 21 francs...
Tels sont certains ingrédients de ces écrits du maître de l’horreur, Robert Bloch, publiés dans la revue Weird tales entre 1935 et 1945.

La critique de Mr K : C’est une fois de plus le hasard qui a mis cet ouvrage sur mon chemin. Je connaissais l’auteur de nom sans l’avoir jamais parcouru et, étant fan de récits fantastico-noirs à la mode Creepy, je n’hésitai pas longtemps à acquérir ce recueil de nouvelles qui à l’époque étaient inédites en France (1985). Au final, vous verrez que je suis assez mitigé avec un volume qui est très inégal en terme de qualité littéraire et de surprises. C’est donc une déception que cette lecture pourtant aguicheuse quand on lit la quatrième de couverture.

Écrites sur dix ans et pour la première alors qu’il n’avait que 17 ans, ces nouvelles balaient beaucoup de thématiques classiques de la littérature fantastique ou du roman noir. On croise donc nombre de créatures antédiluviennes, d’humains avides et cruels, de la magie et du ressentiment qui font naître des situations et des agissements déviants et très souvent aux conséquences funestes. Quelle idée ont aussi des personnages de vouloir à tout prix entrer dans un vieux tombeau égyptien ou encore de pactiser avec le démon pour voir leur don accru ! Une fois de plus, le fantastique se met au service d’une étude sévère et implacable de l’être humain, animal doué de raison ne sachant pas  bien souvent résister au désir ou à l’ambition. Le châtiment est ici toujours implacable et assez délectable si l’on aime nourrir le petit esprit sadique qui nous habite.

Cela donne dans ce recueil quelques petites merveilles de noirceur avec notamment la très réussie nouvelle Figures de cire qui a inspirée des chefs d’œuvre de films d’horreur à l’ancienne et où un jeune homme bien sous tout rapport se retrouve sous l’emprise d’une statuette de cire à la beauté confondante et surtout obsédante. J’ai retrouvé ici tout le talent d’un Maupassant dans l’art de décrire l’aspect borderline d’une obsession et le côté jusqu'au-boutiste d’une fascination morbide. Un bijou ! Dans le même genre de relation trouble, celle du jeune violoniste ambitieux qui à la manière de Faust passe un pacte qui le mènera loin dans son talent mais aussi dans les illusions, et qui au final perdra définitivement tout ce qu’il convoite. Bien que très cheap, la nouvelle se déroulant en Chine est assez cruelle dans son genre aussi et bien saisissante par son aspect gore et irrévérencieux.

Par contre, il faut bien avouer que la majeure partie des textes a vieilli. L’écriture en elle-même est relativement agréable et facile à pénétrer (j’ai mis une soirée pour lire les 242 pages que comptent l’ouvrage) mais on est bien loin de classiques à la Poe, Lovecraft, Maupassant et autres écrivains majeurs du genre. Et puis, on n'est jamais réellement surpris avec des retournements de situations que l’on voit venir à dix mille lieues à la ronde ce qui est toujours gênant quand on touche à ce genre si particulier. Les nouvelles ont aussi vieilli à cause de certains clichés qui bien qu’involontaires donnent un sacré coup de vieux à l’ensemble et pourraient même faire passer certains textes comme des écrits réactionnaires à la limite du racisme. C’est loin d’être le cas, Robert Bloch ayant été toute sa vie quelqu’un d’ouvert et de tolérant mais les images et idéologies en vogue à l’époque transparaissent dans ces textes et font patiner les textes dans le suranné et finalement le manque de finesse (l’asiatique cruel, le noir soumis au blanc etc...).

Cette lecture fut donc une déception surtout que je suis friand de ce genre et que l’auteur est plutôt réputé. Là encore tout est une question de goûts et de couleurs, mais pour moi en tout cas, je passerai mon chemin si je devais recroiser un ouvrage de Robert Bloch dans un bac d’occasion...

lundi 26 décembre 2016

"Nous allons mourir ce soir" de Gillian Flynn

Nous allons mourir ce soirL'histoire : Après une enfance difficile, la narratrice anonyme devient travailleuse du sexe. Des années d’expériences ont développé chez elle un véritable don pour décrypter la psychologie de ses interlocuteurs, leurs intentions et leurs envies. Aussi lui arrive-t-il de donner des conseils à des âmes en peine. Lorsqu’elle rencontre Susan Burke, une femme aisée aux prises avec une situation dramatique, elle lui propose de l’aider. Susan et sa famille ont emménagé à Carterhook Manor, une vieille demeure inquiétante, marquée par une violente histoire vieille de cent ans. Sur place, la narratrice rencontre Miles, le beau-fils de sa cliente, un adolescent au comportement étrange et glaçant. Saura-t-elle découvrir toute la vérité sur Carterhook Manor et la famille qui l’habite désormais ?

La critique Nelfesque : Plus une nouvelle qu'un roman, ce dernier Gillian Flynn sorti chez Sonatine en novembre dernier fait moins de 100 pages et se lit très vite. Est-ce suffisant ? La quantité fait-elle la qualité ?

A cette dernière question, je répondrai sans hésitation : "non" ! On a vu souvent de longs romans s'engluer dans des descriptions inutiles, nous perdre en chemin ou finir par nous ennuyer complètement. Avec "Nous allons mourir ce soir", point de tout cela, l'auteure nous propose une courte histoire efficace !

N'étant pas une grande adepte du format nouvelle, j'aurai aimé une production plus longue pour bien m'imprégner de l'histoire mais force est de constater qu'avec peu de pages, Gillian Flynn réussit à saisir le lecteur, à ne pas le lâcher et lui proposer une histoire qui se tient. Avec un nombre de pages restreint, où tout pourrait n'être qu'effleuré, Gillian Flynn caractérise à la perfection ses personnages et forme un tout très appréciable. On flirte ici entre le thriller et l'épouvante et pour qui aime ces deux genres littéraires, on passe un bon moment.

Le personnage principal n'a pas eu une vie facile. Gamine, elle a fait la manche avec sa mère pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille. Elle laisse derrière elle cet univers misérable à l'âge de 16 ans pour devenir prostituée... Ce n'est pas une grande avancée dans un plan de carrière me direz-vous mais depuis, elle roule pour elle et travaille dans l'arrière boutique d'une chiromancienne en tant que "chargée de clientèle". Enchaînant branlette sur branlette, elle va développer assez vite une douleur au niveau du poignet l'empêchant de travailler (et oui, 23546 branlettes, ça use !). Sa boss va alors la faire passer à l'avant du magasin pour l'initier cette fois-ci à l'arnaque et à l'abus de personnes en situation de faiblesse. Elle sera maintenant voyante et medium et fait ainsi la connaissance de Susan qui en emménageant à Caterhook Manor a vu le comportement de son beau-fils changer. Une entité supérieure semble avoir pris possession de lui et Susan a besoin d'aide...

A ouvrage court, chronique courte. Je ne peux pas décemment vous donner plus de précisions sur le contenu de cette nouvelle. Sachez toutefois que Gillian Flynn étonne encore son lecteur avec un procédé d'écriture incisif, un univers noir et une plume cynique et parfois trash. La narratrice qui jusqu'ici n'a cessé d'utiliser les faiblesses des gens pour avancer va se retrouver empreinte au doute et va commencer à avoir peur elle aussi... Une petite centaine de pages savoureuses, un bon moment de lecture courte qui se lit d'une traite et une auteure encore une fois diablement talentueuse en matière d'angoisse !

samedi 24 décembre 2016

"La Confrérie des chasseurs de livres" de Raphaël Jerusalmy

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L’histoire : Le roman de Raphaël Jerusalmy commence là où calent les livres d'Histoire.
François Villon, premier poète des temps modernes et brigand notoire, croupit dans les geôles de Louis XI en attendant son exécution.
Quand il reçoit la visite d'un émissaire du roi, il est loin d'en espérer plus qu'un dernier repas. Rebelle, méfiant, il passe pourtant un marché avec l'évêque de Paris et accepte une mission secrète qui consiste d'abord à convaincre un libraire et imprimeur de Mayence de venir s'installer à Paris pour mieux combattre la censure et faciliter la circulation des idées progressistes réprouvées par Rome.
Un premier pas sur un chemin escarpé qui mènera notre poète, flanqué de son fidèle acolyte coquillard maître Colin, jusqu'aux entrailles les plus fantasmatiques de la Jérusalem d'en bas, dans un vaste jeu d'alliances, de complots et de contre-complots qui met en marche les forces de l'esprit contre la toute-puissance des dogmes et des armes, pour faire triompher l'humanisme et la liberté.

La critique de Mr K : Une fois de plus, j’avais sorti trois ouvrages de ma PAL pour que Nelfe m’en choisisse un à lire. Après moult hésitations, son choix s’est porté vers La Confrérie des chasseurs de livres qui promettait monts et merveilles à l’amateur d’Histoire et de Villon que je suis. C’est donc plein d'espoir et bien content que je démarrai ma lecture.

Suite à son emprisonnement, officiellement on ne connaît rien de la vie de Villon. Il a disparu corps et biens dans les mystères de l’Histoire. C’est justement à ce moment là que débute le récit de Raphaël Jérusalmy. Repêché in-extrémis par l’évêque de Paris mandaté par Louis XI, il se voit confier la mission de convaincre un imprimeur de s’installer à Paris. Cette première quête va en entraîner une autre qui le placera au milieu de luttes d’influence entre la royauté française, le Vatican, de puissantes familles italiennes et la nébuleuse confrérie qui donne son nom à cet ouvrage. Au centre de ce gigantesque échiquier, on retrouve la figure du livre, synonyme d’émancipation pour certains et de perversion pour d’autres. Le combat va être âpre et sans pitié. Notre Poète rebelle sera bringueballé bien malgré lui d’un camp à un autre et tout ceci le mènera jusqu’en terre sainte où l’attend une sacrée surprise (si je puis m’exprimer ainsi!).

Je dois avouer qu’il m’a fallu du temps pour rentrer dans cet ouvrage qui au départ a pourtant tout pour me plaire. La faute à un récit que j’ai trouvé mal structuré au départ, elliptique et finalement très axé sur les rencontres et actions des personnages. L’auteur ne plante pas vraiment le décor ni l’époque et envoie directement Villon dans le vif du sujet. Ça plaira sans doute à certains, personnellement ça m’a un peu fait tiquer et je commençais même à désespérer. Et puis, l’histoire se densifie, on commence à comprendre où l’auteur veut nous mener. Les ramifications commencent à se rejoindre et on se rend compte qu’au delà d’une aventure picaresque, c’est un combat essentiel qui se joue notamment avec l’humanisme qui cherche à briser les prisons mentales prônées par l’Église et son bras armé (terrible évocation de l’Inquisition à un moment) en réhabilitant de vieux textes oubliés comme ceux d’Euclide ou encore Démosthène.

La rigueur est au rendez-vous en terme de reconstitution historique et l’on finit par se régaler des scènes de vie décrites, des intrigues de palais et des références faites aux rapports de force en jeu. Notre Villon est bien largué, lui le poète écorché vif ex brigand tenu en laisse par les puissants. D’ailleurs, je le trouve plutôt mal caractérisé quand on connaît un petit peu la vie haute en couleur qu’il a mené. Il est ici bien calme, gentil et même soumis par rapport par exemple au portrait virevoltant qu’a pu en faire Teulé dans son fabuleux Je, François Villon. Le génie du mal qu’il a pu se révéler être est totalement absent de ce livre. D’ailleurs son compagnon Maître Colin passerait lui-aussi pour un gentilhomme parfois alors qu’il était lui aussi un coquillard, bandit de grand chemin sans foi ni loi. Bien trop soft en tout cas par rapport à la réalité historique ! Mais passées ces légères déceptions, c'est un très bon moment qui nous attend, entre voyage éprouvant dans les déserts d’orient, exploration des sous-sols de Jérusalem avec une communauté cachée qui garde bien des secrets. Le temps s’écoule beaucoup plus vite dans la deuxième partie pour aboutir à une fin logique sans grande surprise.

Je suis partagé donc par ce roman bien mené, écrit avec érudition (trop peut-être...) et faisant la part belle aux émotions fortes mais finalement sans réel suspens. C’est son plus grand défaut et il pâtit énormément de la comparaison avec des ouvrages comme ceux d’Eco ou encore Follett. On passe certes un bon moment mais l’ensemble n’a rien de mémorable, et cet ouvrage sera sans doute aussi vite oublié que lu. C’est bien dommage...

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jeudi 22 décembre 2016

Bon anniversaire Mr K !!!

C'est tous les ans la même chose : Mr K devance le Christ de 3 petits jours et lui pique la vedette avec son anniversaire ! Genre, le gars il se permet de rivaliser avec Jésus quand même ! D'un autre côté, ça fait un petit moment qu'il l'a dépassé pour le passage sur la croix. Pfiou, on a eu chaud... C'est donc aujourd'hui que Mr K souffle ses 39 bougies !

anniversaire Mr K 39

En ce 22 décembre, tu as un passeport illimité pour faire la fête, boire des coups, abuser de ton gateau et faire tout ce dont tu as envie ! Paillettes et moustaches comprises !

BON ANNIVERSAIRE !!!

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mardi 20 décembre 2016

"L'Enfant allemand" de Camilla Läckberg

L'Enfant allemandL'histoire : La jeune Erica Falck a déjà une longue expérience du crime. Quant à Patrik Hedström, l'inspecteur qu'elle vient d'épouser, il a échappé de peu à la mort, et tous deux savent que le mal peut surgir n'importe où, qu'il se tapit peut-être en chacun de nous, et que la duplicité humaine, loin de représenter l'exception, constitue sans doute la règle. Tandis qu'elle entreprend des recherches sur cette mère qu'elle regrette de ne pas avoir mieux connue et dont elle n'a jamais vraiment compris la froideur, Erica découvre, en fouillant son grenier, les carnets d'un journal intime et, enveloppée dans une petite brassière maculée de sang, une ancienne médaille ornée d'une croix gammée. Pourquoi sa mère, qui avait laissé si peu de choses, avait-elle conservé un tel objet ? Voulant en savoir plus, elle entre en contact avec un vieux professeur d'histoire à la retraite. L'homme a un comportement bizarre et se montre élusif. Deux jours plus tard, il est sauvagement assassiné...

La critique Nelfesque : Me voici arrivée au 5ème volet de la saga Erica Falck et Patrik Hedström. Pour ceux qui ne connaissent pas cette série de Camilla Läckberg, je vous encourage à commencer votre lecture par le premier volet "La Princesse des glaces". Chaque ouvrage contient une enquête avec sa résolution mais l'intérêt de lire l'intégralité réside dans la sphère privée des personnages principaux et secondaires. Ainsi de tome en tome, le lecteur s'attache à eux et retrouve presque des amis à chaque nouvelle lecture.

Mais attardons-nous un peu plus ici sur "L'Enfant allemand". Pour tout vous dire, c'est pour celui-ci que j'ai commencé à lire Camilla Läckberg. Je l'avais remarqué lors de sa sortie (et oui, la seconde guerre mondiale me fait découvrir bon nombre d'auteurs...) mais suivant le même conseil que je vous ai donné plus haut, il m'a fallu de la patience avant d'arriver au tome tant convoité. J'ai tellement aimé le chemin parcouru que tout ceci s'est fait sans traumatisme et le jour de la découverte de "L'Enfant allemand" était enfin là !

Ici, Erica va se pencher sur le passé de sa mère. Cette dernière ayant récemment disparue, notre célèbre journaliste va trouver dans ses affaires une mystérieuse layette couverte de sang et une médaille militaire allemande. Que font ses objets dans ses affaires ? Que représentent-ils ? Sa mère n'ayant jamais parlé de ses jeunes années, c'est dans une enquête concernant ses racines qu'Erica va se plonger corps et âme.

Étrangement, la personne à qui Erica a confié sa médaille pour expertise est retrouvée assassinée à son domicile, quelques mois après le meurtre, par deux adolescents, fascinés par les objets qu'il possédait et entrés par effraction dans sa maison. C'est ainsi qu'enquête policière et enquête personnelle vont se télescoper et les avancées des uns feront le bonheur des autres.

Nous alternons ici entre enquête actuelle sur le meurtre du professeur à la retraite et flash-back dans la vie d'Elsy. Par le biais de journaux intimes qu'Erica compulse, le lecteur plonge dans l'adolescence de sa mère à l'époque de la seconde guerre mondiale. Cette partie m'a, vous vous en doutez, passionnée. S'imprégner de l'ambiance en Suède et en Norvège à ce moment là était vraiment très intéressant et aborder l'Histoire sous cette forme m'a donné envie de creuser plus en profondeur ce volet ci de ce conflit mondial pour ma culture personnelle. Je ne savais que très peu de choses sur la façon dont les pays nordiques avaient vécu ce moment de l'Histoire et bien que nous retrouvions ici les mêmes résistants et collaborateurs qu'ailleurs, les choix politiques de ces deux pays sont intéressants à étudier.

Deux époques différentes donc, trois générations, mais toujours les mêmes problématiques. C'est ainsi que Camilla Läckberg évoque entre autres des thématiques fortes telles que le racisme, la tolérance ou l'homosexualité. En 1945 et en 2011, les mentalités ont globalement évoluées mais certains groupuscules extrémistes restent sur leurs idées de protectionnisme d'un autre âge et sur leurs convictions xénophobes nauséabondes. "L'Enfant allemand" est donc doublement captivant et émouvant car les deux histoires se déroulant en parallèle sont chacune à leur manière passionnante et cruelle. Le lecteur souhaitant autant savoir le fin mot de l'histoire pour Elsy que pour Erica et Patrik, l'auteure a su remarquablement équilibrer son récit et offrir autant de suspense et de tension à ces deux volets d'une histoire commune.

Le lecteur est une fois de plus pris au piège par la plume de Camilla Läckberg qui, en plus de nous servir un roman saisissant, nous charme toujours en douceur avec ses personnages que l'on continue de découvrir et d'aimer. A eux se rajoutent ici de nouvelles têtes qui viennent faire évoluer le destin de certains protagonistes et donnent à voir de futures évolutions possibles amusantes et douces. Le rythme est lent encore une fois, on s'attache aux personnages tout doucement, comme dans la vie. Camilla Läckberg n'est pas adepte du suspens effréné et du page turner. Ici, les choses prennent tout leur temps pour se mettre en place. On aime ou on déteste mais il faut tester pour en avoir le coeur net. Vous l'aurez compris, je vous encourage à le faire et, de mon côté, je poursuis tranquillement ma route sur les 9 tomes que comptent pour l'instant cette fresque sur l'île de Fjällbacka...

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "La Princesse des glaces"
- "Le Prédicateur"
- "Le Tailleur de pierre"

- "L'Oiseau de mauvais augure"

lundi 19 décembre 2016

"Les Animaux fantastiques" de David Yates

les animaux fantastiques afficheL'histoire : Les aventures de Norbert Dragonneau, l’auteur du livre Les Animaux Fantastiques qu’étudiait Harry Potter.

New York, 1926. Le monde des sorciers est en grand danger. Une force mystérieuse sème le chaos dans les rues de la ville : la communauté des sorciers risque désormais d'être à la merci des Fidèles de Salem, groupuscule fanatique des Non-Maj’ (version américaine du "Moldu") déterminé à les anéantir. Quant au redoutable sorcier Gellert Grindelwald, après avoir fait des ravages en Europe, il a disparu... et demeure introuvable. Ignorant tout de ce conflit qui couve, Norbert Dragonneau débarque à New York au terme d'un périple à travers le monde : il a répertorié un bestiaire extraordinaire de créatures fantastiques dont certaines sont dissimulées dans les recoins magiques de sa sacoche en cuir – en apparence – banale. Mais quand Jacob Kowalski, Non-Maj’ qui ne se doute de rien, libère accidentellement quelques créatures dans les rues de la ville, la catastrophe est imminente. Il s'agit d'une violation manifeste du Code International du Secret Magique dont se saisit l'ancienne Auror Tina Goldstein pour récupérer son poste d'enquêtrice. Et la situation s'aggrave encore lorsque Percival Graves, énigmatique directeur de la Sécurité du MACUSA (Congrès Magique des États-Unis d'Amérique), se met à soupçonner Norbert… et Tina. Norbert, Tina et sa sœur Queenie, accompagnés de leur nouvel ami Non-Maj’ Jacob, unissent leurs forces pour retrouver les créatures disséminées dans la nature avant qu'il ne leur arrive malheur. Mais nos quatre héros involontaires, dorénavant considérés comme fugitifs, doivent surmonter des obstacles bien plus importants qu’ils n’ont jamais imaginé. Car ils s'apprêtent à affronter des forces des ténèbres qui risquent bien de déclencher une guerre entre les Non-Maj’ et le monde des sorciers.

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La critique Nelfesque : Pfiou quel résumé ! Désolée, je n'ai pas trouvé plus court ^^ pour autant cela donne un bon aperçu de ce qui nous attend dans ce nouveau film estampillé "J.K. Rowling". Une production originale basée sur son livre-somme "Bestiaire des animaux fantastiques" que tout bon sorcier a dans sa bibliothèque (Harry Potter en tête bien sûr !). Une nouvelle trilogie cinématographique a donc débuté sur nos cinéma français le 16 novembre dernier. Et c'est tout guillerets que nous avons emprunté le chemin de notre salle obscure préférée !

Tout d'abord, c'est vraiment une joie de retrouver l'univers fantastique de Rowling au cinéma. Même si ici l'histoire des "Animaux fantastique" est transposée aux États-Unis et que nous étions habitués à vivre les aventures Potteriennes en Angleterre, l'adaptation se fait sans problème et les équivalences US / UK sont vraiment bien trouvées et savoureuses. Les Moldus deviennent les Non-Maj', les consignes du ministère sont bien plus drastiques aux États-Unis... Cela permet de rendre universel son univers (même si nous avions déjà pu rencontrer des élèves sorciers de différents horizons et différentes nationalités dans "La Coupe de feu"). Le spectateur se retrouve projeté dans un univers crédible et il n'y a plus qu'à savourer l'histoire qui nous est proposée et découvrir en tête ces fameux Animaux fantastiques !

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Visuellement superbe, le film évolue dans une ambiance qui lui est propre, faite de moments merveilleux et de passages sombres. Une menace plane sur le monde des sorciers et ces derniers sont sur le point d'être découverts par les Non-Maj'. Des événements inexpliqués se multiplient au centre de New-York, les "Fidèles de Salem", groupuscule fanatique, tente de semer la discorde et les forces des ténèbres grondent, s'apprêtant à déclencher une guerre. C'est ce moment que choisit Norbert Dragonneau pour débarquer aux États-Unis avec ses animaux fantastiques dans sa valise. Avec lui, le spectateur apprend à connaître le niffleur, l'éruptif, le focifère, le botruc, le démonzémerveille...  Tout un monde animalier s'ouvre à nous et l'univers "parallèle" contenu dans son bagage à main est on ne peut plus merveilleux. Les animaux sont incroyables, leurs caractéristiques sont fouillées, leurs apparences étonnantes et on se surprend à y croire vraiment tellement tout cela est bien fait.

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Le personnage de Norbert Dragonneau, joué par Eddie Redmayne et très différent des américains présents dans ce long métrage, lui confère une place à part, en plus d'être celle du gardien du bestiaire. Passionné par son métier, investit d'une mission (la sauvegarde d'animaux fantastiques parfois en voie d'extinction), il est d'un naturel effacé. Parfois gauche et "habité" par sa passion, il est très anglais et apporte de la douceur et une touche d'espoir dans un long métrage où la menace est omniprésente. Quant aux autres acteurs du film, tous sont justes et correspondent parfaitement à leurs personnages. J'en retiendrai volontiers cependant deux autres en particulier, Colin Farrell en Percival, ténébreux et énigmatique et Dan Fogler en Jacob, moldu tel un enfant dans un magasin de bonbons qui apporte de la fraîcheur au film.

On ne voit pas passer les plus de 2h de film que compte ce long métrage, tant on est happé par l'histoire et l'univers qui nous sont ici proposés. C'est rudement bien fait, ça fait réfléchir tout en divertissant le spectateur, ça met du baume au coeur et ça donne envie de voir la suite. "Les Animaux fantastique" a tout bon ! Courrez-y !

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La critique de Mr K : 6/6. Une bonne surprise pour un spectacle vraiment magique et réussi de bout en bout. Je n’ai personnellement pas vu passer les 2h15 du film, pris dans un tourbillon d’émotions, des personnages charismatiques et un scénario qui tient largement la route, annonçant d’ailleurs le début d’une nouvelle franchise vraiment séduisante.

Quel plaisir de suivre Norbert Dragonneau, sorcier décalé, viré de Poudlard pendant sa formation, qui écrit un futur ouvrage de référence sur les animaux magiques. Eddie Redmayne est tout bonnement parfait dans ce rôle d’homme au passé douloureux, possédé par sa passion et à la posture marginale par rapport au monde magique et celui des hommes. Doté d’une forte présence, le personnage n’est pas dénué de nuances et annonce de beaux développements pour la suite. J’ai aimé le duo atypique qu’il forme avec Jacob, un Moldu qui va se retrouver plongé dans un monde insoupçonné et nous fait redécouvrir à travers ses yeux de grand enfant le monde des magiciens. Le procédé est certes classique mais très bien mené ici et ce personnage humain est lui aussi très réussi, faire-valoir de luxe et touchant au possible notamment avec le flirt qui se met en place avec une habitante du monde magique. De manière générale, tous les personnages secondaires sont bien plantés, utiles malgré le regret de voir passer au second plan le personnage de la directrice de la ligue anti-sorcière que j’ai trouvé traité un peu légèrement. Et puis, il y a Colin Farrell ! J’adore cet acteur !

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En terme de spectacle, le film est magnifique. Beaucoup d’effets spéciaux mais très réussis, bien placés et sans overdose. La reconstitution du New-York des années 20 est criant de réalisme des bâtiments, aux costumes en passant par les mœurs. Le réalisateur réussi à américaniser son film tout en gardant l’esprit de J.K Rowlings. C’est assez bluffant et j’ai adhéré. On n’en sacrifie pas pour autant les personnages et mêmes les fameuses créatures fantastiques ont été soignées en terme de psychologie, elles ne sont pas là simplement pour ravir les petits et les grands (vous m’auriez vu avec mon sourire béat dans la salle !) mais font partie des ressorts dramatiques de l’histoire principale. Leur existence elle-même est en danger et croyez-moi, quand vous les aurez vues, vous prendrez fait et cause pour elles ! Comment résister au Niffleur, ornithorynque complètement branque qui ne peut s’empêcher de voler tout ce qui brille ! Il obtient à mes yeux la palme du monstre le plus délirant du film qui en compte pourtant beaucoup !

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J’entends déjà les âmes chagrines me dire que c’est une grosse cylindrée commerciale et sans âme. Et ben non ! Facile de critiquer sans l’avoir vu, oui il y a du fric derrière tout cela mais franchement le contrat est rempli haut la main en terme de spectacle (images, rythme, musique, jeu des acteurs) et en plus, le sous-texte est loin d’être stupide. En filigrane, le film traite de l’intolérance naturelle de l’esprit humain envers ce qui est différent. Derrière cette chasse aux sorcières, on retrouve les mécanismes de la peur qui mène au racisme et à la haine au détriment de la raison et de l’empathie. Dis comme cela, ça peut paraître pédant mais l’emballage mirifique du film cache une belle œuvre humaniste qui devrait faire son chemin dans l’esprit des plus jeunes à défaut de toucher réellement les irrécupérables. Seul bémol à mes yeux, la révélation finale que j’avais vu venir dès le premier tiers et l’apparition d’un acteur qui décidément devrait arrêter de toujours tenir le même genre de rôle (et dieu que je l’adore à la base !).

les animaux fantastiques 6

Bon j’arrête là, si vous êtes fans d’Harry Potter comme moi et même d’ailleurs si vous ne l’êtes pas (j’ai préféré ce film à la série de films consacrés au jeune sorcier, les bouquins sont bien meilleurs), courrez voir ce film pour retrouver une âme d’enfant, passer un bon moment avec votre moitié et / ou votre descendance. C’est drôlement bien fait, malin et épatant techniquement.

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dimanche 18 décembre 2016

"Roi du matin, reine du jour" de Ian McDonald

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L’histoire : Emily Desmond, Jessica Caldwell, Enye MacCall, trois générations de femmes irlandaises, folles pour certains, sorcières pour d'autres. La première fréquente les lutins du bois de Bridestone quand son père, astronome, essaie de communiquer avec des extraterrestres qu'il imagine embarqués sur une comète. La seconde, jeune Dublinoise mythomane, se réfugie dans ses mensonges parce que la vérité est sans doute trop dure à supporter. Quant à Enye MacColl, katana à la main, elle mène un combat secret contre des monstres venus d'on ne sait où.

La critique de Mr K : C’est à un voyage incroyable que je vous convie aujourd’hui avec un étrange et envoûtant roman en triptyque qui bouscule les lignes et trouble profondément le lecteur provoquant des réactions et des sentiments contradictoires. Auteur irlandais bien connu des amateurs de littérature, Ian McDonald nous propose à travers le destin de trois femmes en marge de la société de leur époque de revisiter les légendes irlandaises. Accrochez-vous, ça décoiffe!

Roi du matin, reine du jour par définition est difficile à résumer car au-delà des trois histoires distinctes se forme un substrat global déconcertant et tissé à la manière d’une toile d’araignée qui emprisonne sans espoir de retour un lecteur pris littéralement en otage. Emily dans le premier tiers est une jeune fille rêveuse qui aperçoit des créatures de contes de fée dans les bois bordant le domaine familiale. Son bourgeois de père la délaisse pour une lubie délirante autour d’extra-terrestres vivant sur une comète. Le père et la fille s’éloignent inexorablement l’un de l’autre et cela va provoquer une série d'événements qui auront de grandes conséquences. On rebondit alors sur le curieux personnage de Jessica, une jeune fille fort en gueule, mythomane compulsive qui n’arrive pas à trouver sa voie et va rencontrer un charmant jeune homme membre de l’IRA. Elle va partir avec lui loin de sa famille pour un voyage aux marges de la légalité et du réel. Enfin, le roman se termine avec Enye, une adepte du katana qui livre régulièrement de féroces combats dans les ruelles de Dublin contre des monstres difformes venus la provoquer. Mais pourquoi elle ? Et surtout quel(s) lien(s) peut-il exister entre ces trois femmes hautes en couleur ?

Autant vous le dire tout de suite, il va vous falloir vous munir de beaucoup de patience pour connaître le fin mot de l’histoire. Le livre est dense (480 pages) et chargé de références. Au delà de la narration de trois destins malmenés, c’est l’occasion pour l’auteur de nous parler de l’Irlande avec son histoire tumultueuse (notamment les rapports complexes avec l’Angleterre) au travers de trois époques bien particulières : le XIXème siècle, les années 20 et la fin du XXème siècle. Les références sont parfois difficiles à saisir mais une micro-recherche sur internet permet de lever le voile sur certains concepts qui nous sont étrangers. Cela donne au final, une belle évocation du pays qui donne d’ailleurs bien envie d’y aller. On côtoie toutes sortes de milieux, d’époques et l’ensemble donne une bonne vision globale de la société irlandaise (entre conservatisme des mœurs, traditions ancestrales et la liberté qui s’exprime dans les beaux paysages traversés).

L’apport culturel est aussi très important en terme de coutumes, de manières de voir et surtout l’immersion dans un imaginaire que l’on évoque beaucoup mais qu’on connaît au final assez mal. J’ai été ainsi très surpris (et agréablement) par l’aspect sombre de certains personnages de légende et autres interactions avec le monde des humains. Les forces en œuvre sont puissantes, tour à tour séduisantes avec des évocations parfois lyriques parfois naturalistes et des passages bien plus ténébreux avec des scènes effrayantes rappelant d’ailleurs les aspects parfois mortifères de nos belles légendes bretonnes. On n’est pas cousins pour rien ! Le génie de McDonald est de garder ce côté authentique et fantasmé et de le confronter à la réalité des femmes qui peuplent (hantent) ce roman. Il n’y en a jamais de trop, juste une savoureuse mesure qui entretient le mystère et le désir d’en savoir encore plus.

Peu à peu, les pièces du puzzle s’assemblent, très lentement mais sûrement. On reste bluffé par la maestria déployée par un auteur vraiment inspiré et inspirant mais qu’il faut suivre parfois dans des délires complètement hallucinés entre réalité pure, altération magique et parfois même chimique. Décidément ce livre était fait pour moi tant McDonald se complaît à repousser les limites de la narration en livrant trois styles différents en trois parties qui se complètent idéalement. On passe ainsi du récit épistolaire à des narrations plus classiques avec différents points de vue. Il faut donc bien suivre et se donner les moyens de le faire. Impossible de prendre ce roman à la légère, au risque de s’y perdre et de le laisser sur le chemin. Ce serait bien dommage vu sa teneur et sa profondeur.

Même s’il est parfois rugueux avec des passages quelque peu complexes dus à une langue foisonnante et très inventive (qu’est-ce que l’auteur écrit bien !), on passe un moment vraiment inoubliable si l’on est amateur de légendes et de narrations expérimentales. Un pur plaisir en bouche pour un voyage vraiment hors du commun.

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vendredi 16 décembre 2016

"Hiroshima n'aura pas lieu" de James Morrow

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L’histoire : Été 1945 à Hollywood, le cinéma d’horreur vit un âge d’or et la chasse aux sorcières bat son plein alors que la guerre entre États-Unis et Japon menace.

Syms, acteur spécialisé en monstres de toutes sortes, est recruté par l’armée américaine pour participer à une opération top-secrète qui permettrait d’asservir le Japon sans recourir à la bombe atomique... L’arme fatale ? Des iguanes géants cracheurs de feu prêts à dévaster les terres nippones... mais une chose est certaine, Syms va devoir réaliser la plus terrifiante composition de toute sa carrière...

La critique de Mr K : Sacré pitch que celui d'Hiroshima n'aura pas lieu, non ? Il m’a de suite accroché lors d’un passage dans un magasin discount qui avait reçu tout un lot de titres de la très bonne maison d’édition Au Diable Vauvert. L’occasion fait le larron une fois de plus surtout que James Morrow m’avait fait forte impression avec son remarquable En remorquant Jehovah lu et dévoré en avril dernier après plusieurs années d’attente dans ma PAL. Il ne m’aura pas fallu beaucoup de temps pour en sortir celui-ci et m’en régaler.

C’est l’histoire d’un plan B monté par une fraction de l’armée américaine pour éviter d’utiliser la bombe atomique pour soumettre définitivement le Japon. En effet, par fierté, l’empereur Hiro Hito ne souhaite en aucun cas courber l’échine face aux américains, d’où cette idée farfelue de frapper les esprits en montrant à un groupe d’observateurs japonais un spectacle tout dernier cri (pour l’époque -sic-) d’iguanes mutants cracheurs de feu réduisant en cendre une ville portuaire japonaise. Les concepteurs du projet espérant que cela apaisera l’hybris japonaise et surtout épargnera nombre de vies. L’auteur nous invite à suivre le déroulé de l’opération depuis le contact pris auprès notre héros d’acteur jusqu’aux conséquences de la fameuse séance.

L’écrit se présente comme les dernières mémoires d’un homme au bord du suicide. 1984, Syms est au bout du rouleau et il revient sur la fameuse période où il fut contacté par l’armée US pour une drôle de mission. On s’attache immédiatement à ce drôle de zèbre qui, à travers son parcours, nous donne à voir un univers bien particulier, celui de la production de séries B voir Z dans l’Amérique de la Seconde Guerre mondiale. C’est le temps béni des films de monstres peuplés d’êtres hybrides, de savants fous et de jeunes filles à sauver ! Syms est acteur spécialisé dans les monstres et partage sa vie avec Darlène, une scénariste qui le seconde dans ses choix et dans l’écriture de manuscrits. On suit donc les étapes d’élaboration d’un film avec ses querelles d’acteurs, la pression mis par les investisseurs, les desiderata des réalisateurs et l’auteur se plaît à mêler références réelles de films qui ont marqué le genre et des sagas imaginaires où est censé avoir joué Syms. C’est à la fois drôle et érudit, l’amateur de films de genre que je suis, a vraiment apprécié !

En parallèle, il y a le fameux projet secret auquel Syms décide de participer après quelques hésitations. En même temps, il est difficile de refuser quoique ce soit à l’armée surtout quand on s’est fait réformer de manière faussée... On croise de drôles de personnages à l’occasion de rencontres secrètes dans le désert Mojave : un savant fou bien réel, des militaires à cheval sur les principes de sécurité mais complètement zinzins dans leur genre, un célèbre réalisateur (James Whale) littéralement possédé par sa mission et un rêve fou, celui d’éviter la mort atomique pour de nombreux innocents. Car au-delà du délire des iguanes mutants et le côté rocambolesque des aventures de Syms (il lui en arrive de belles durant les 240 pages de l’ouvrage), ce livre est un beau plaidoyer contre Hiroshima et l’utilisation abusive du nucléaire contre un pays déjà à genou et qui a été martyrisé inutilement. Certains passages du livre sont marquants en terme de dénonciation et permettent de contrebalancer le côté complètement délirant du postulat de départ. L’ironie est ici mise au service de la raison et de l’humanisme. Un autre bon point.

Hiroshima n'aura pas lieu se lit quasiment d’une traite si la quatrième de couverture ne vous rebute pas d’emblée. Les références multiples et le côté délirant du personnage sont très bien servis par une écriture à la fois fine et très accessible. Plusieurs degrés de lecture sont possibles ici et chacun y trouvera des vérités et des piques d’humour toujours bien senties. On passe un sacré moment de lecture entre burlesque et parfois failles dramatiques. On en ressort étrangement heureux et mélancolique, le genre d’expérience que seule la lecture d’ouvrage hors-norme propose. Un livre à découvrir absolument si le sujet et la forme vous attirent car le pari est à 100% réussi !

mardi 13 décembre 2016

"L'Enfant des cimetières" de Sire Cédric

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L’histoire : Lorsque sa collègue Aurore l'appelle en pleine nuit pour couvrir avec elle un meurtre atroce, David, photographe de presse, se rend sur les lieux du drame. Un fossoyeur pris d'une folie hallucinatoire vient de massacrer sa femme et ses enfants avec un fusil à pompe, avant de se donner la mort.

Le lendemain, un adolescent, se croyant poursuivi par des ombres, menace de son arme les patients d'un hôpital et tue Kristel, la compagne de David. Mais qui est à l'origine de cette épidémie meurtrière ?

Est-ce un homme ou un démon ? Le journaliste, qui n'a plus rien à perdre, va se lancer à la poursuite de Nathaniel, l'enfant des cimetières, jusqu'aux confins de l'inimaginable...

La critique de Mr K : Comme annoncé lors d’un compte-rendu de craquage, cette lecture est ma première incursion dans l’univers de Sire Cédric que j’avais croisé de loin lors d’un Hellfest encore fréquentable à mes yeux (oui, je sais j’aime râler !). À l’époque je ne connaissais rien de lui et je n’avais pas eu l’occasion de réellement en entendre parler en terme d’écriture pure. Le temps a passé et je tombai inopinément sur cet ouvrage lors d’un chinage. La quatrième de couverture m’intriguant drôlement, je décidai de tenter l’aventure. Grand bien m’en a pris, tant la lecture s’est révélée plaisante et efficace dans le genre thriller gothique.

Rien ne va plus à Terre-Blanque où un ancien militaire sans histoire massacre toute sa famille et se suicide ensuite, et où un jeune pris de folie fait un carton à l’hôpital. Sans compter toutes les morts qui s’enchaînent, reliées mystérieusement entre elles par des indices déroutants et des scènes d’horreur pure. Parallèlement, Sire Cédric nous invite à suivre l’enquête de la Police avec le monolithique et solide Commandant Vauvert qui fera fi de sa hiérarchie pour aller au fond de ses investigations et David, journaliste et compagnon d’une des victimes. Chacun va à sa manière s’approcher d’une vérité déstabilisante aux confins du réel...

Ça ne donne pas l’eau à la bouche ça ?! Moi qui voulait lire une histoire sanglante et légèrement flippante, je n’ai pas été déçu. Dès le prologue, le ton est donné. Bienvenue sur les rivages du fantastique teinté de gore avec une scène bien choquante qui initie le lecteur aux arcanes ésotériques en vogue durant le reste du récit. Le roman démarre alors très fort avec des meurtres atroces commis par des personnes sous influence. Sire Cédric s’amuse à nous conter son histoire macabre par le biais de plusieurs personnages, diversifiant les points de vue et multipliant par la même occasion les pistes explicatives. Tantôt Vauvert avec son aspect brut et très cartésien (dont la théorie va bien évoluer durant l’ouvrage), tantôt David dont la compagne se disait détentrice d’un Don qui va basculer irrémédiablement dans un autre monde où magie et conjurations ne sont pas que des mots. On alterne aussi avec des dialogues intérieurs semblant venir d’outre-tombe et accentuant la menace insidieuse qui pèse sur les personnages livrés en pâture à des éléments qui semblent totalement leur échapper.

À la manière d’un Masterton (auteur que j’affectionne beaucoup), Sire Cédric aime le gore et l’amateur que je suis s’est régalé dans le domaine. Rien de gratuit pour autant car ces descriptions parfois très crues donnent de l’épaisseur à la nature du Mal à l’œuvre dans ce récit. Rien de ringard non plus, mais un savant mélange de descriptions cliniques que l’on peut trouver dans des récits policiers classiques et d'envolées plus lyriques faisant la part belle à l’imaginaire infernal. On reconnaît dans sa plume, l’amateur de Metal que s’avère être Sire Cédric (autre point positif à mes yeux), partageant le même goût pour les musiques extrêmes et plus particulièrement les mouvement Black et Thrash. En parallèle, on sent aussi l’amour porté à des auteurs comme Lovecraft avec la présence dans une bibliothèque privée du fameux Necronomicon. Cet ensemble d’éléments confère à l’œuvre un aspect décadent et funeste bien ancré et prenant. Difficile dans ces conditions de lâcher ce livre en cours de lecture.

L’aspect policier est aussi bien réussi même si les surprises n’abondent pas quand on pratique le genre depuis un certain temps. Les ficelles sont pour la plupart connues mais elles n’en sont pas moins efficaces surtout quand le background suscité est aussi réussi. Découvertes de cadavres, passages à la morgue, déductions logiques et hypothèses tirées par les cheveux se succèdent. Et puis, quand tout bascule et que les forces en œuvre se déchaînent, c’est littéralement l’apocalypse qui s’abat sur les héros avec un espoir bien maigre de s’en sortir. C’est littéralement pantelant qu’on referme l’ouvrage avec un dernier acte enlevé et totalement en roue libre où cohabitent révélations et coups de théâtre en série (même si j’en ai deviné la moitié bien avant la fin).

En terme de style, rien de véritablement inoubliable malgré des passages d’une grande force (le prologue est un modèle du genre) mais j’ai envie de vous dire qu’on s’en fiche complètement et que souvent dans le genre, ce que l’on retient avant tout c’est le rythme et la capacité à rendre dépendant le lecteur. C’est carton plein à ce niveau là avec une histoire bien menée, des personnages attachants et des passages complètement borderline qui provoquent tour à tour évasion, angoisse et soulagement. On passe un excellent moment avec L'Enfant des cimetières et les amateurs se doivent de tenter l’expérience. Un auteur que je fréquenterai de nouveau volontiers si l’occasion se représente.