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L’histoire : Quand elle a épousé le monstre, elle n'avait que vingt-deux ans. Elle admirait sa force, son charme, n'en revenait pas qu'il ait pu la choisir, elle qui n'était pas belle, que personne n'avait jamais remarquée. Quand la police est venue arrêter le monstre, le pays tout entier s'est soudain intéressé à elle, une femme de trente-huit ans, ordinaire. Mais, entre les deux, il y a seize années de vie de couple, seize années durant lesquelles elle a été une mère dévouée, une épouse loyale, une bonne voisine, une femme sans histoire qui ne pouvait pas se douter. A moins que...

La critique de Mr K : C’est Nelfe qui a choisi cette lecture parmi trois titres que j'avais exhumé de ma PAL. C’est un jeu que nous affectionnons bien lorsque nous piochons dans des ouvrages plus anciens dans nos stocks en attente entre deux lectures de nouveautés. Je n’ai guère été surpris lorsque ma douce femme a choisi le Jacques Expert car elle est assez fan de cet écrivain. L’histoire bien glauque a fini de faire pencher la balance et c’est le cœur rempli d’espoir que je rentrai dans ce roman noir de chez noir, calqué sur la réalité que l’auteur a pu croiser de près ou de loin lors de son travail de journaliste.

Dans La Femme du monstre, on suit l’histoire à travers les yeux d’une jeune femme dont le mari a été arrêté pour viol et meurtre aggravé. Pour bien cerner la situation et le procès, les chapitres alternent entre le déroulement de l’action en justice et le résumé d’une vie de couple ayant tout de même duré 16 ans. C’est l’occasion pour la narratrice de présenter son ressenti, sa vision de son mari et du couple qu’ils formaient tous les deux. Face aux révélations successives, le lecteur passe de Charybde en Scylla, s’enfonçant de plus en plus dans une horreur pénétrante car quotidienne et banale. On ne ressort pas de cette lecture indemne !

D’un côté, il y a ce mari charmeur et sûr de lui qui s’avère très vite dérangé du ciboulot. Régnant en tyran sur le logis, ses appétits sexuels sont nombreux et déviants ce qui ne choque pas dans un premier temps l’oie blanche que se révèle être sa jeune épousée. Souvent absent, quand il est là, il est désagréable au possible et parfois le temps d’un dimanche peut se révéler d’une grande gentillesse. La narratrice, d’un caractère soumis, ne dit rien et agace très vite le lecteur. Comment peut-on se laisser faire à ce point ?

Il faut dire que dans ce roman, on nage en plein délire du type "confession intime" avec la reine télé qui trône au milieu du salon et la grande naïveté qui habite la femme trahie et dominée. La pitié et la commisération se sont mues très vite en dégoût et en ressentiment à son endroit. On en arrive même par moment à penser qu’elle mérite ce qui lui arrive tant elle s’avère d’une grande stupidité voir d’une certaine méchanceté, espèce de rancune entretenue par son impuissance à s’imposer face à Simon son mari déjanté et qu’elle projette sur de tierces personnes. Les barrières morales existantes permettant de séparer le bien du mal semblent s’estomper petit à petit, la naissance des enfants n’y changera rien, ce mariage est voué au naufrage voir au désastre absolu.

On a donc les nerfs durant toute la lecture, la tension ne se relâchant jamais entre personnages exécrables, bassesses à répétition et négation de l’individu. La lecture est franchement éprouvante par l’univers qu’elle dépeint et qui est d’un réalisme de tous les instants. Ce contenu permet au roman de décoller car l’écriture en elle-même est plutôt plate et sans surprise. On sent bien que l’auteur était journaliste dans une première vie et le style s’en ressent. Ça a ses avantages et ses inconvénients, ici cela sert le récit et lui donne une dimension horrifique supplémentaire.

Une très bonne lecture donc même si je n’en ferai pas de ce type tous les jours tant il pourrait me dégoûter encore plus du genre humain. À tenter si vous avez le cœur bien accroché !