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L’histoire : Pour nous, une seule histoire existait : celle de l’humanité.
Mais il y a eu LA rencontre.
Et eux, les chats, ont changé à jamais notre destinée.

La critique de Mr K : Werber est un auteur que j’ai déjà pratiqué et que j’ai apprécié à différents niveaux. Autant sa trilogie des Fourmis m’avait bien plu mais sans plus, autant j’avais adoré Les Thanatonautes. A chaque fois je convenais de sa grande maîtrise du récit et son appétence pour la connaissance au sens large. Lire un Bernard Werber apporte toujours quelque chose au lecteur entre culture générale et récit bien ficelé. L’occasion s’est présentée de lire son petit dernier (sorti hier en librairie). J’ai découvert alors qu’il traitait du roi des animaux (oui, les chats ont tout compris à la vie !), et ni une ni deux, je plongeai dans ce volume de 305 pages que j’ai vite dévoré et qui au final me laisse un sentiment mitigé...

Bastet est une jeune chatte domestique qui vit tranquillement dans l’appartement de sa servante (ou sa maîtresse selon le point de vue qu’on adopte). Elle se croit immortelle, au sommet de l’évolution et dirige d’une patte de fer la maisonnée. Du moins le croit-elle... Sa rencontre avec Pythagore, le chat siamois de la voisine va bouleverser son existence. Ce dernier est étrangement savant, porte une curieuse calotte sur la tête et lui révèle nombre de secrets que les chats ne sont pas censés connaître. De révélation en révélation, la vie de Bastet va s’en trouver définitivement changée car en arrière plan, le monde des hommes semble s’écrouler entre terrorisme, guerre civile et épidémie mondiale.

Composé de chapitres très courts, ce roman se dévore quasiment d’une traite et même s’il est parsemé de défauts (voir plus tard dans la critique), le rythme haletant tient en haleine le lecteur pris par le destin contrarié de l’héroïne et de son foyer. On alterne scènes d’actions pures et discussions alambiquées apportant de l’eau au moulin de l’histoire. On prend plaisir à découvrir les réactions typiquement félines des principaux protagonistes, on voit d’ailleurs bien tout le travail de recherche qu’a dû effectuer l’auteur pour fournir un portrait fidèle de la race des seigneurs (sic). Le lecteur suit l’histoire à travers les yeux de Bastet, à sa hauteur et via sa compréhension de chat. Ce point de vue est rudement original et apporte beaucoup au récit qui verse dans l’étrange et parfois le délirant (dans le même style, La Promeneuse de Didier Fourmy était bien sympa aussi).

Le lecteur embarque donc facilement dans cette histoire abracadabrantesque grâce à ses personnages charismatique : la jeune héroïne à qui le monde se révèle, le vieux sage siamois adepte du Tao, certains passages sont tout bonnement géniaux lors de ses cours qui nous expliquent bien des choses sur nos amis félins à travers l’Histoire. Il y a aussi le coloc nonchalant obsédé de bouffe et d’échanges torrides (là encore un chat), un lion échappé d’un zoo combattant de l’extrême, des rats en pleine conquête mondiale, une maîtresse gâteuse mais infanticide, un président peureux, des jeunes humains luttant pour l’avenir de l’humanité et tout un tas de personnages bien trouvés, caractérisés comme il faut et qui donnent à l’ensemble une cohérence intéressantes. On vit nombre de péripéties entre humour, amour, drames et tristesse, et au travers des chats, c’est un peu l’homme qui est jugé et placé face à sa nature profonde. Le bilan n’est pas joli joli, pas très original non plus, mais il a le mérite d’être énoncé clairement.

Au rayon des déceptions, il y a tout d’abord le caractère archiconvenu de nombres de passages. On est très rarement surpris et c’est toujours dommage lors d’une lecture. Tout s’emboîte parfaitement (et heureusement) mais on sait très bien où l’auteur veut nous mener gâchant quelque peu l’addiction liée à l’écriture simple et accessible de l’auteur. Le principe d’évolution chez l’héroïne était bien trouvé mais je l’ai trouvé trop rapide pour être crédible. J’aime croire à l’incroyable en terme de lecture mais ici, les effets sont un peu trop grossiers pour moi et Bastet est bien trop humanisée dès le départ pour qu’on apprécie sa "transformation" et sa prise de conscience. Dommage car le terreau originel était vraiment ambitieux et aurait pu donner une petite bombe littéraire. Remarque au passage, le titre se veut une référence à un classique d’entre les classiques de Simak (j’insiste, il faut absolument lire Simak !) mais on est loin d’atteindre la maestria et la densité de Demain les chiens en terme d’écriture et de portée philosophique sur le genre humain.

Au final donc une lecture enthousiasmante dans sa forme, sa maîtrise des ressorts dramatiques mais sans surprise et assez plate. C’est vraiment rageant car le sujet me plaisait beaucoup et l’auteur possède une réelle aura. Espérons qu’il fasse mieux la prochaine fois côté déroulement du récit car niveau documentation il est bien présent !