Comment tu parles de ton pèreL'histoire : "Papa est né l'année où tonton Adolf est devenu chancelier : 1933. C'est l'année où pour la première fois on a découvert le monstre du Loch Ness. C'est l'année, enfin, où sortait King Kong sur les écrans. Mon père, c'est pas rien."

La critique Nelfesque : Joann Sfar est un artiste du genre prolifique. Écrivain, réalisateur, dessinateur, pour cette Rentrée Littéraire, il est omniprésent sur les étals des librairies : avec "Le Niçois", roman édité chez Michel Lafon en mai dernier, "Fin de parenthèse", BD sortie il y a quelques jours en librairie et dont je vais vous parler très prochainement (teaaaser) et ce présent ouvrage sorti mi-août. Je ne parle même pas de son expo sur Salvador Dali inaugurée début septembre à l'Espace Dali à Paris... Cet homme est partout ! Cela agace sans doute certains, de mon côté je m'en réjouis puisque Sfar je l'aime sous toutes ses formes. Pour son talent, ses qualités humaines et ses oeuvres qui me touchent. Alors, qu'en est-il de "Comment tu parles de ton père" ?

Ce livre est à part. Ce n'est pas un roman, ce n'est pas un essai. Ce sont les confidences d'un homme qui vient de perdre son père et qui veut lui rendre un dernier hommage sincère. Lui dire qu'il pense à lui, lui dire ce qu'il retiendra de lui, lui dire ce qu'il lui a appris et qu'il l'aime. Sans édulcorer la réalité, sans essayer de donner une portée universelle à ses propos, Sfar nous chuchote ses pensées personnelles parfois de façon décousue, comme un besoin viscéral. Une longue lettre qu'il aurait pu garder pour lui seul, qu'il aurait pu écrire pour son père sans jamais la faire éditer et qu'il partage tout de même avec nous.

Faut-il être fan de Joann Sfar pour apprécier cet ouvrage ? Certes, "Comment tu parles de ton père" n'est pas trépidant ou croustillant, il ne s'y passe pas grand chose et les faits qui y sont relatés sont plus du registre de l'anecdote et de la vie ordinaire mais avec ces 150 pages, l'auteur dit sa peine, sa nostalgie, des sentiments que nous avons tous éprouvés à la perte d'un être cher. Entre rires et larmes et toujours avec une plume légère, second degré parfois et sans pathos, il nous raconte son existence. La perte de sa mère, son quotidien avec son père, sa vie de famille, ses peines de coeur...

Lu en une après-midi, je n'ai pas pu décrocher de ce livre. J'ai été émue, j'ai pleuré (particulièrement au chapitre 24 tant ce dernier a fait remonter des souvenirs douloureux), j'ai ri du ton employé et du caractère sanguin de Sfar père. Il se dégage beaucoup de douceur de ces pages, beaucoup de nous aussi. A travers son ouvrage pour son père, il parle de nos pertes, nos deuils... Un concentré de vie de tous les jours, un petit moment avec Joann que je vous conseille de partager. On en ressort apaisé. En faisant son deuil, Joann Sfar nous aide à faire le nôtre.