lundi 8 août 2016

"Germania" de Joël Schmidt

GermaniaL'histoire : C'est en France, où elle est partie poursuivre ses études au lendemain de la Première Guerre mondiale, que Karoline, une jeune allemande éprise de littérature romantique, rencontre Jean. Très vite, ils s'aiment, mais leur amour, symbole de la réconciliation entre deux pays ennemis, est vite menacé par l'Histoire : contraints de se réfugier dans le château familial en Corrèze lorsque éclate la Seconde Guerre mondiale, ils subissent de plein fouet cette nouvelle page meurtrière, déchirés de voir leurs cultures respectives se livrer une guerre sans nom. Quelques années plus tard, naît le rêve, fou et audacieux, de leur fils : fonder Germania, un centre culturel allemand, comme une minuscule enclave au coeur de la France. Mais cette Allemagne idéale est-elle possible dans d'autres esprits que les leurs ?

La critique Nelfesque : Comme vous le savez si vous êtes un(e) habitué(e) du Capharnaüm éclairé, j'aime beaucoup les ouvrages traitant de la Seconde Guerre mondiale. A force de lire des romans dessus, je commence à en avoir fait le tour et il est difficile d'être original avec ce sujet. Joël Schmidt, avec "Germania", a cependant su trouver un angle différent et interpeller ses lecteurs sur une question plus large en se focalisant sur la notion de racines et sur le poids de l'histoire familiale et de l'Histoire sur les générations futures.

La Seconde Guerre mondiale est, nous le savons tous, une époque très lourde et éprouvante. Une fois encore, ici, nous sommes au coeur du conflit et l'auteur a choisi d'évoquer cette période de l'Histoire par le biais de l'histoire d'amour entre Jean et Katerine.

La première partie du roman est très classique. Nous faisons la connaissance de Katerine, jeune allemande étudiante à Paris, et plus tard de Jean, un français dont elle va tomber amoureuse. Nous les suivons dans leur histoire et leurs premiers moments ensemble. Mais très vite, la Seconde Guerre mondiale éclate et ils se retrouvent contraints de se replier dans le château familial faisant de ce lieu une bulle protectrice.

De leur union né Gunther. Nostalgique d'une époque qu'il n'a pas connu, il est tiraillé entre ses origines allemandes de par sa mère et françaises de par son père. Ne sachant se situer et se créer une identité propre, il va passer sa vie à la recherche d'un Eden fantasmé. C'est son parcours et ses réflexions sur son passé que le lecteur découvre dans la deuxième moitié du roman. Une approche sensible et peu commune qui donne à voir les difficultés pour les générations à venir à appréhender les drames du passé de leurs aïeux. Une double peine entre culpabilité, inquiétudes et espoirs.

"Germania" nous offre une autre façon d'aborder ce conflit passé qui laisse encore des traces dans nos mémoires et dans nos façons de voir la vie. Comment l'on gère notre rapport au monde, qu'est ce qui détermine notre "chez nous"... Intéressant et assez atypique dans son approche. A lire pour ceux qui s'intéressent à ces problématiques.