Morsures du passé L'histoire : Dans la pièce, cinq corps. Ceux des membres d'une même famille. Une balle dans la tête, le père respire encore faiblement. De toute évidence, cet homme couvert de dettes a décidé d'assassiner les siens avant de se donner la mort. Appelée sur les lieux, l'enquêtrice D. D. Warren comprend immédiatement que l'affaire est plus compliquée qu'il n'y paraît : sur la table du dîner, six couverts avaient été dressés...

La critique de Mr K : Lisa Gardner et moi, c'est une grande histoire d'amour avec ses hauts et ses bas. Je suis sévère, en fait je n'ai été déçu qu'une fois. J'aime beaucoup son écriture, sa science du suspens et le côté tordu des personnages en présence. Et puis, au fil de mes lectures, je me suis attaché à D.D. Warren, son enquêtrice de choc et de charme qui n'a pas sa langue dans sa poche. L’occasion s'est présentée lors d'un chinage de lire un nouvel opus de la diabolique écrivaine et pas n'importe quel titre : Les Morsures du passé est considéré par beaucoup comme son meilleur ouvrage ni plus ni moins... La pression était forte et c'est avec de grandes attentes que j'entamai ma lecture.

Le postulat de départ ressemble furieusement à l'affaire Xavier Dupont de Ligonnès à Nantes il y a quelques années. Les cadavres de toute une famille sont retrouvés dans une maison, tout laisse penser que le père a supprimé tous ses proches et qu'il a tenté par la suite de mettre fin à ses jours. Mais il y a un hic, un couvert de trop sur la table du salon qui titille D.D.Warren ! Très vite, elle va être confrontée à d'étranges personnalités, à de nouveaux meurtres et à une multiplication de pistes ne menant nulle part... On navigue constamment dans une atmosphère trouble, faite de faux-semblants et de révélations qui s’enchaînent.

C'est avec trois points de vue différents que Lisa Gardner choisit de nous relater un récit terrifiant et glaçant. Il y a tout d'abord son inspectrice, éternelle célibataire, vouée corps et âme à son travail qui tente de trouver chaussure à son pied. Son emploi du temps de ministre et son caractère peu amène ne lui facilite pas les choses. On retrouve son côté tête brûlée et buté qui divise beaucoup les lecteurs, j'ai finalement adopté cette boule d'énergie qui ici laissera quelques plumes au passage. On la suit avec son équipe et un nouveau venu, ersatz de George Clooney, prof à l'école de police qui va seconder D.D. sur cette enquête peu commune. Il y a Victoria, mère célibataire qui tente de s'en sortir avec Evan, son fils de huit ans atteint d'une grave maladie mentale et qui commence à lui faire carrément peur par ces saillies cruelles et cyniques et des actes de violences qui montent crescendo. Et puis, on retrouve un chapitre sur trois Danielle une infirmière en pédopsychiatrie au passé nébuleux que l'on sent prégnant et mortifère. Elle ne s'en est jamais remise et on la sent sur la corde raide tout au long du récit surtout que dans son unité de soin, elle est confrontée à l'abomination au quotidien, des gamins complètement branques qu'on tente de soigner sans médicaments ni contraintes. Tout un programme !

L'action démarre dare-dare et pas question de souffler une seule minutes durant les 600 pages du livre. C'est la patte Gardner, cette capacité à maintenir intact sur le long terme le lecteur accroché par une descente aux enfers aussi inexorable que fascinante. Dans Les Morsures du passé, il est question du poids de notre vécu avec les souffrances qu'il peut enfanter. Croyez-moi, on passe de Charybde en Sylla, Lisa Gardner faisant preuve d'une imagination débordante dans le sordide et l'exploration des esprits malades. La majeure partie de l'histoire se déroulant dans une unité psy pour enfants, les thématiques sont renforcées et l'empathie totale envers ces petits êtres pas si innocents que cela et des adultes en roue libre. Loin de se contenter d'ajouter l'horreur à l'horreur, elle construit tranquillement sa toile, la trame prenant une dimension supplémentaire jour après jour (division des chapitres d'un jeudi au lundi qui suit), menant vers un final haletant qui en surprendra plus d'un.

La science de l'écriture de Lisa Gardner n'est plus à prouver. On est dans du page-turner efficace, simple d'accès mais terriblement addictif et profond. Personnages attachants, souci du détail, histoire qui se tient de bout en bout, ce titre est un des meilleurs de Gardner, à ranger près de La Maison d'à côté qui reste pour moi le best of the best. Mais franchement, celui-ci est très bon, ce serait dommage de s'en priver si on est amateur de frisson et de suspense. À bon entendeur !

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