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L'histoire : Ce livre raconte l'histoire vraie d'un écolier blond dans la Syrie d'Hafez Al-Assad.

La critique de Mr K : Chronique d'un très beau cadeau d'anniversaire aujourd'hui avec la suite des souvenirs d'enfance de Riad Sattouf qui m'avait enthousiasmé avec un premier tome plein de tendresse et d'émotion sur sa jeunesse mais aussi un regard sans concession sur le Moyen Orient des années 80. Il remet le couvert avec ce volume 2 chroniquant les années 1984 et 1985 qu'il a passé en Syrie avec une brève incartade en Bretagne dans la famille de sa mère. On retrouve toutes les qualités qui m'avait touchée dans la première partie.

Pour le petit Riad est venu le temps d'aller à l'école. C'est le temps de l'apprentissage de l'écriture (très beau tutoriel sur la langue arabe au passage) mais aussi un premier contact avec l'endoctrinement du régime qui force tous les écoliers du pays à chanter l'hymne officiel syrien à plein poumon, chant à la gloire du sauveur Al-Assad père. Il reçoit une éducation musulmane classique en compagnie de ses petits camarades sous l'égide d'une maîtresse perçue comme un ogre en Hijab qui passe de la compassion à la rage la plus ultime quand elle applique des châtiments corporels à l'aide d'un bâton dont elle ne se sépare jamais. Ces passages à l'école sont vraiment terrifiant, l'auteur réussissant le tour de force à nous faire partager toutes les peurs enfantines qu'il a pu ressentir à l'époque.

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Ce volume est aussi une plongée profonde dans un pays et ses mœurs avec des passages réellement douloureux comme le crime d'honneur dont va être victime une cousine du jeune Riad, personne chère à son cœur car elle lui a notamment appris l'art de la perspective. C'est aussi l'antisémitisme au quotidien qui pervertit les esprits les plus jeunes, la guerre aux juifs étant le jeu le plus répandu dans les cours de récréation. Ce sont aussi les privations et la difficulté de trouver ce dont on a besoin (les épiceries à moitié vides, la recherche complexe pour constituer le trousseau du néo-écolier notamment), les rêves avortés de belle villa pour le docteur en Histoire et sa petite famille, les visites chez les voisins hauts placés qui exposent leurs richesses sans complexe comme source de fierté, et tout plein d'autres portraits d'anonymes, de proches pleins d'humanité dans ce qu'elle a de plus beau mais aussi de plus terrible.

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C'est aussi la poursuite de l'exploration de la mécanique familiale avec un père toujours aussi fantasque et qui cette fois ci m'a plus agacé car finalement très centré sur lui même et égoïste. La maman semble aussi plus résignée, plus effacée et à part un séjour en Bretagne qui laisse des étoiles dans les yeux du jeune Riad (le supermarché de Saint Brieuc est un Paradis, l'apprentissage de la pêche à pied avec la grand-mère est un souvenir touchant), le quotidien du narrateur est loin d'être rose entre école rigoriste, jeux d'enfants parfois cruels et vie familiale plutôt morne. On rentre encore plus dans l'intimité de la famille Sattouf et on se demande bien comment cela va se terminer (on a déjà quelques pistes qui laissent augurer un drame à venir).

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Les 158 pages que composent ce second tome de L'Arabe du futur sont d'une extrême densité en terme de contenu, l'émotion est palpable et l'empathie totale envers ce petit homme en devenir qui doit composer avec ses proches et un pays sous l'égide d'une dictature féroce et des traditions cruelles. On retrouve le dessin si juste et efficace de Sattouf, les petites notes présentes parfois en bord de cadre ou dans l'action, la bichromie assumée qui donne un charme si particulier à cette entreprise du souvenir. On ne voit pas le temps passer, les pages se tournent toutes seules et c'est bien trop vite que l'on termine le volume sur une scène révoltante qui appelle une suite. Un très beau moment que je vous invite à partager au plus vite!