saint amour afficheL'histoire : Tous les ans, Bruno fait la route des vins... sans quitter le salon de l’Agriculture ! Mais cette année, son père, Jean, venu y présenter son taureau champion Nabuchodonosor, décide sur un coup de tête de l’emmener faire une vraie route des vins afin de se rapprocher de lui. Et s’ils trinquent au Saint-Amour, ils trinqueront bien vite aussi à l’amour tout court en compagnie de Mike, le jeune chauffeur de taxi embarqué à l’improviste dans cette tournée à hauts risques entre belles cuvées et toutes les femmes rencontrées au cours de leur périple...

La critique Nelfesque : Je laisse rarement passer un film avec Benoît Poelvoorde à l'affiche. Rajoutez à cela les deux acolytes grolandais, Benoît Delépine et Gustave Kervern, à la réalisation et cela donne un long métrage que l'on attend avec impatience et que l'on a hâte de découvrir.

Depuis longtemps déjà, les réalisateurs font dans le cinéma social. Avec une dose de second degré, un regard décalé à la fois sensible et avec beaucoup d'amour, ils croquent les "petites gens", les laissés-pour-compte, à la ville comme à la campagne. "Saint Amour" ne déroge pas à la règle et ici, nous suivons Bruno, agriculteur à la dérive entre crise existentielle professionnelle et vie privée proche du néant.

Poelvoorde crève l'écran. Touchant par ses fêlures et ses maladresses, il incarne parfaitement le rôle de Bruno. Le spectateur ressent ses peurs et son mal de vivre. Si il ne fallait en garder qu'un dans le casting de ce film ce serait lui. Indéniablement. Poelvoorde est un grand acteur de la scène francophone.

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Autre monstre sacré, Depardieu, qui se faisait rare au cinéma depuis sa délocalisation en Russie mais qui semble toutefois revenir en force en ce moment, est ici le père de Bruno. Jean souhaite prendre sa retraite et laisser sa ferme aux soins exclusifs de son fils mais il le sent en perdition et le voyage qu'ils entreprennent ensemble sera le moyen de faire revenir Bruno à la vie en laissant de côté sa passion excessive pour le rouge.

C'est un petit road movie viticole que nous proposent Delépine et Kervern. 3 hommes, 3 générations, une route, des coeurs à ouvrir aux autres. Il n'y a plus de réelle surprise tant ces deux là usent et abusent de ces codes mais c'est toujours avec une pointe de tendresse qu'il me plaît de voir leurs films. Petit bémol toutefois cette fois ci pour la fin que je trouve trop attendue, bisounours et quelque peu idéaliste sous certains aspects mais le traitement au plus près des hommes et de leurs faiblesses est toujours aussi bien senti tout du long.

"Saint Amour" est un film sensible et attachant qui prend le parti de mettre en lumière le métier d'agriculteur d'aujourd'hui dans le contexte que l'on connaît actuellement. C'est bien vu, ça tombe pile poil dans l'actualité mais ça manque d'objectivité. Pour le jeu d'acteur de Poelvoorde cependant, je vous conseille de vous laisser tenter. Quand on a des acteurs de telle qualité, on ne peut que savourer son plaisir. Avec un petit verre de vin pour l'occasion !

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La critique de Mr K : 3,5/6. Petite déception aujourd'hui avec le dernier film des comparses grolandais Kervern et Delépine. Chacun de leurs films précédents s'est révélé une belle réussite entre constat accablant sur notre époque et humour décalé mêlé de tendresse. On retrouve tous ces éléments ici mais un brio et un mordant moindre, la faute à un manque de surprise dans le développement des personnages et un étalage final des sentiments que j'ai trouvé trop appuyé, too much.

Derrière ce road movie arrosé, c'est l'histoire d'un père et de son fils qui ne se comprennent plus, l'un étant obsédé par la reprise de l'entreprise familiale par sa progéniture et l'autre lorgnant avec les rivages poisseux de l'alcoolisme et passant à côté de sa vie. La mère est décédée depuis déjà un petit bout de temps et le poids de cette disparition prématurée pèse en filigrane pendant tout le film. Petit à petit, les deux hommes vont se rapprocher à la faveur de rencontres hautes en couleur et de discussions à bâton rompu.

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Poelvoorde est une fois de plus extraordinaire dans ce rôle de ce quadra en perte de repères passant de l'ébriété joyeuse aux périodes de doute profond. Un regard, un sourire à la commissure des lèvres, une présence physique indéniable et juste donne une profondeur incroyable à la figure de ce fils désemparé. Il est bien soutenu par un Depardieu solide et sensible dans le rôle du père bourru et blessé au plus profond de lui. Pas de réelle révélation à ce niveau là, Mammuth est déjà passé par là. Le troisième lascar (un chauffeur de taxi mythomane campé par Vincent Lacoste) complète le trio avec toute une galeries de contradictions touchantes qui relèvent l'ensemble et donne une tonalité douce amère à un film qui touche la corde sensible du spectateur.

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J'ai adoré aussi les apparitions de guest complètement borderlines et qui bonifient ce film par leur présence. La palme revient à Michel Houellebecque que j'ai trouvé incroyable d'étrangeté et de mélancolie dans son rôle de père de famille obligé de louer sa maison pour subvenir aux besoins de sa famille. Personnage pitoyable, totalement branque, on ne le voit qu'une dizaine de minutes mais cela suffit pour marquer le spectateur. J'ai aussi aimé la prestation d'Ovidie en agent immobilier retorse qui cherche à se venger de sa compagne négligente ou encore, Chiara Mastroianni en tenancière de foodtruck en bord de route (quel changement de registre pour le coup!). Il se dégage de l'ensemble des scénettes parfois d'anthologie qui font progresser une histoire plutôt classique en elle-même.

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C'est là que le bas blesse avec un rythme progressif mais finalement très codifié. Pas de réelle surprise si ce n'est un aspect "guimauve" qui ne ressemble pourtant pas aux deux réalisateurs. J'ai trouvé qu'à partir du moment où le trio rencontre le personnage de Céline Sallette (une femme des bois qui cherche un homme pour faire un enfant), on tombait dans la facilité, le "dégoulinage". Pourtant l'idée de départ est bonne, la conclusion plutôt osée mais mal traitée et ne remplissant du coup pas son office première. De plus, les conditions de visionnage n'étaient pas optimales, la faute à une spectatrice bruyante, riant de tout et de rien (même quand la scène est dramatique) gâchant mon expérience. À noter qu'il s'agissait d'une senior et qu'elle n'avait rien à envier à des plus jeunes bordelisant une séance. Elle m'a littéralement saoulé ce qui, je vous l'accorde, était au diapason des verres consommés dans le métrage!

Au final, le film reste sympathique et doucement décalé. Des passages sont vraiment géniaux (Houellebecque, les dix stades de l'ébriété) et vous passerez sans doute un bon moment, terni seulement par un ensemble plutôt convenu ce qui est un comble quand on goûte à Groland depuis sa création. Ce n'est pas forcément un film à absolument aller voir en salle obscure mais un petit moment de plaisir sans prétention à découvrir pour tous les amateurs du genre.