001

L'histoire: Isserley, jeune femme mystérieuse et aguicheuse, passe son temps à sillonner les routes d'Écosse. Le parfait auto-stoppeur doit être jeune, grand et musclé. Quand elle trouve enfin la perle rare et l'embarque dans sa voiture, les choses se compliquent un peu… Que fait-elle de tous ces hommes au corps parfait qui disparaissent mystérieusement? Quel destin les attend?

La critique de Mr K: Under the skin fut pour moi le meilleur métrage de l'année 2014 au cinéma, j'avais adoré la beauté mortifère de Scarlett Johansson (ma chouchoute avec Kate Blanchet), le rythme hypnotique de la narration et le côté complètement barré et ésotérique du scénario. J'achetai dans la foulée le roman de Michel Faber dont est tiré le film et le laissait mûrir dans ma PAL. Je l'ai ressorti à l'occasion d'un déplacement professionnel à Toulon où j'ai pu mesurer l'étendue du talent de cet auteur et redécouvrir le fond originel de l'histoire d'Isserley. Le film n'était que l'adaptation personnelle du réalisateur, le livre va beaucoup plus loin et m'a ébloui par sa noirceur profonde. Suivez le guide!

Isserley est une jeune femme des plus charmantes, comprendre par là qu'elle a tout ce qu'il faut, là où il le faut. Cliché machiste ambulant, elle rode au volant de sa voiture sur les routes d'Écosse à la recherche de proie, de préférence de beaux mâles plein de vigueur qu'elle embarque puis neutralise avant de les emmener dans une mystérieuse ferme perdue au milieu de nulle part où des comparses récupèrent leur corps encore endormi. Étrange étrange me direz-vous? Croyez-moi, vous n'êtes pas au bout de vos surprises! Rien dans le film ne me prédisposait à soupçonner la moindre once de vérité que cache Isserley et ses acolytes! Attendez-vous à du surprenant et du tétanisant tant on dépasse le genre SF pour verser dans la parabole et la réflexion sur le genre humain.

Car ce livre porte remarquablement son nom: Under the skin, "Sous la peau", est à sa manière une étude sociologique qui inspire à chacun le goût de regarder derrière les apparences. Sous ce charmant minois se cache la plus redoutable chasseresse, Diane sans remords ni regrets... du moins au départ. On suit le rythme hypnotique de ses trajets en voitures, de ses tactiques pour jauger sa proie pour mieux l'attraper et peu à peu, au fil des chapitres qui s'ensuivent, la vérité est levé sur sa vraie nature et celle de l'organisation qui l'emploie. Vous me trouvez trop nébuleux? Je me garderai bien d'en dire plus pour ne pas lever le voile sur un ouvrage vraiment déstabilisant dans sa deuxième partie et dont la révélation gâcherait votre découverte d'un ouvrage à part et pour ma part incontournable.

Tour à tour, nous sommes dans la tête d'Isserley mais aussi des malheureux auto-stoppeurs qu'elle récupère. Enfin… malheureux, certains s'avèrent être des sociopathes libidineux! Certains sont aussi très touchants de part leurs histoires personnelles entr'aperçues le temps d'une pensée intime ou d'un échange verbal avec la dangereuse conductrice. Véritable scanner du genre humain, ces rencontres aussi courtes que létales donnent à voir ce qu'il y a de mieux mais aussi de pire dans la nature humaine, le tout révélé par les yeux et les pensées de l'héroïne venue d'on ne sait où... Cette dernière évolue fortement à partir de la deuxième moitié du roman, révélant une facette fascinante du personnage qui gagne en densité et en profondeur. On a alors affaire à un tout autre roman où remises en cause et révélations multiples s'accumulent dans un crescendo de tension impressionnant. On finit littéralement sur les rotules mais heureux d'avoir vécu une expérience hors du commun.

Pour couronner le tout, l'écriture de Michel Faber est un modèle d'efficacité entre descriptions cliniques, passages plus oniriques et pointes d'humour noir bienvenue pour parfois alléger un fond assez effroyable. Vous l'avez compris, vous avez ici un roman prenant, addictif et indispensable dans toute bibliothèque d'amateur de SF élégante, british et porteuse de sens.