9782210760660-g

L'histoire : Roméo Montaigu et Juliette Capulet s’aiment d’un amour pur. Malheureusement, leurs deux familles véronaises se vouent une haine aussi parfaite et immortelle que la passion qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Dès le lendemain de leur rencontre à un bal masqué, ils demandent à Frère Laurent de les marier secrètement, et l’ecclésiastique accepte.

La critique de Mr K : Que de beaux et bons souvenirs en compagnie de cet auteur incontournable qu'est William Shakespeare! La découverte d'Hamlet tout d'abord lors de ma classe de terminale littéraire où ce titre culte entre tous était au programme. Elle reste à ce jour, ma pièce préférée tout genre confondu en terme d'écriture théâtrale juste devant Huis clos de Sartre. Depuis ce premier choc, beaucoup d'autres lectures, des spectacles théâtraux riches en émotion et des adaptation cinématographiques de grandes qualités dont Roméo + Juliette avec Di Caprio et les œuvres de Kenneth Branagh. Curieusement, l'occasion ne s'est jamais présentée de lire un autre classique de Shakespeare, Roméo et Juliette donc. Le tort est désormais réparé et le moins que je puisse dire, c'est qu'environ 400 ans après son écriture, le texte garde une aura intacte entre virtuosité linguistique et histoire intemporelle d'une passion qui transcende les époques et les cultures.

L'histoire de ces deux jeunes gens épris l'un de l'autre en dépit de l'opposition séculaire de leurs deux familles fonctionne toujours autant. Nos jeunes premiers sont littéralement habités par leurs émotions et tentent par tous les moyens de se libérer des chaînes du ressentiment et de la haine. Chacun peut s'y retrouver et faire le lien avec notre réalité du moment, malheureusement le schéma se répète encore bien trop souvent et dans bien des domaines de nos vies. Et pourtant, malgré les obstacles et quelques moments de doute, ils ne dérogent pas à cet amour aussi soudain que profond qui transcende les clivages et les normes établies. Notre Roméo est l'incarnation de la droiture, de la compréhension et de l'obstination et répond merveilleusement à la pureté et la douceur d'une Juliette prisonnière de son appartenance au beau sexe. Ces deux là étaient fait pour se rencontrer, bientôt il ne pourront se passer l'un de l'autre, l'issue ne peut donc qu'être tragique…

On retrouve toute une galerie de personnages gravitant autour du duo magique: les auxiliaires et confidents mais aussi les tenants de l'ordre et les êtres corrompus par le ressentiment et l'Honneur. Impossible de résister à la douce nourrice de Juliette, au langage fleuri et à la verve communicative, qui va jusqu'à menacer sa place pour soutenir et aider sa douce maîtresse. Il y a aussi Mercutio, le fidèle d'entre les fidèles de Roméo, personnage remarquable (un de mes préférés de l’œuvre) au vers haut et au courage indompté. Tybalt aussi, l'exalté du clan Capulet qui sera au centre des difficultés, héritier des schémas de pensées de sa famille et de son époque, victime collatérale du conflit entre les deux familles. Le père Laurence, le moine protecteur du couple à la sagesse et l'ingéniosité éprouvées qui seront les responsables en partie du tragique final qui attend nos deux jeunes tourtereaux. Il plane sur ces personnages et tous les autres (hormis le Prince peut-être) un fatum implacable, menaçant et pesant durant les cinq actes de cette pièce décidément bien moderne.

Moderne est d'ailleurs l'adjectif qui qualifie le mieux l'écriture du maître qui pour son époque est vraiment en avance sur son temps. Au delà des critiques en filigrane de la société de son temps, l'écriture est révolutionnaire car non versifiée, les formulations imagées sont légion et fonctionnant à plein bien des années plus tard. Texte dense mais pour autant assez direct, ne cherchant jamais à remplir mais toujours à contextualiser et faire évoluer ses personnages, on vit littéralement cette œuvre et l'adaptation au style théâtral est quasi immédiat. Je ne suis pourtant pas un grand amateur de lectures de ce type, préférant voir les pièces jouées. Mais ici on évite l'écueil du style ampoulé et de l'ennui tant on se prend au jeu des amours contrariés et des batailles rangées dans les rues de Vérone. Bien que connaissant d'avance la fin, on reste sous le choc du dénouement bien longtemps après avoir refermé cet ouvrage.

Vous l'avez compris, on rentre ici dans le domaine très fermé des classiques des classiques, des indépassables et des inusables. Quoi!!! Vous ne l'avez toujours pas lu??? Mais qu'est-ce que vous attendez??? C'était la prescription du jour de Mr K.