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L'histoire : Une fois par semaine, Georges s'aventure dans le musée, monstruosité architecturale et labyrinthe à la fois fascinant et cauchemardesque. Il passe de salle en salle, d'escalier en escalier, à la recherche de sa femme partie en faire l'inventaire trois ans plus tôt. Quels secrets lui a-t-elle cachés? Quels mensonges l'ont conduite à se perdre sans espoir de retour dans ce gigantesque piège?

La critique de Mr K : Retour à Brussolo aujourd'hui avec cette longue nouvelle bien étrange à la croisée du drame intimisme et de l'anticipation. J'aime beaucoup cet auteur pour son style incisif et ses pitchs de départ souvent singuliers et accrocheurs. On change de registre ici mais le résultat est le même: un plaisir de lecture qui ne s'interrompt jamais et une fin qui vient cueillir le lecteur sans qu'il s'en rende compte.

Le couple de Georges bat de l'aile. Petit à petit, le temps fait que lui et sa femme s'éloignent l'un de l'autre inexorablement. Ils se parlent de moins en moins, elle part effectuer un mystérieux stage dans le sud et en revient déboussolée (pour ne pas dire tendue) et du jour au lendemain elle disparaît dans le mystérieux musée de type cyclopéen, qui l'a engagée pour faire son inventaire. Le mari épleuré veut absolument renouer avec sa moitié et entreprend d'aller la chercher dans cette antre de la culture qui semble avaler ses visiteurs avec le risque pour ces derniers de ne jamais en ressortir…

Avouez qu'avec ce genre de quatrième de couverture, on ne peut résister. Je m'attendais à du nébuleux, du bizarre, je n'ai pas été déçu. Pourtant, on ne rentre pas tout de suite dans ce fameux mausolée de la culture. Georges nous parle de sa vie, de ses aspirations, de sa rencontre avec sa femme et de leurs premières années. On se rend compte que le ver est dans le fruit dès le début de leur relation mais que lui ne le voit pas. Il perd ses repères et ne sait plus se comporter correctement avec son épousée. À la moitié de la nouvelle, le point de vue change totalement car c'est elle qui parle d'eux, les révélations sont nombreuses et servent admirablement la partie drame humain de ce court texte. Concis mais efficace, c'est une belle chronique d'un mariage en déclin.

Concomitant et complémentaire, l'aspect SF intervient quand George finit par suivre les traces de sa femme. On erre avec lui dans des kilomètres de couloirs, de salles sans logique de disposition où tout semble être fait pour perdre le malheureux visiteur. M'est avis que niveau muséologie, ils ont du travail à faire! Les méandres du musée ne sont que le reflet de l'état d'esprit du narrateur dont l'esprit galope à travers la campagne entre souvenirs fantasmés et espérances illusoires. Une tension lourde l'habite et le déroulé de l'histoire ne plaide pas en sa faveur et celle d'une fin heureuse. Surtout que là encore, le changement de point de vue évoqué auparavant va nous révéler nombre de secrets et notamment la vraie nature du musée. Je me suis totalement fait avoir et la révélation est assez incroyable. Je ne vous en dis pas plus, mais attendez-vous à une surprise de taille loin des chemins classiques de la narration.

L'écriture simple et accessible de Brussolo fait une fois de plus merveille, nous invitant à pénétrer de manière voyeuriste dans l'esprit de ces deux âmes égarées dans quelque chose qui les dépasse: l'existence humaine, le doute et la rédemption? Ce serait trop facile, il se cache derrière tout cela quelque chose de bien plus gros, de quasi métaphysique. Étrange sensation vraiment que cette déambulation littéraire qui vous apportera un sentiment de malaise grandissant, un décalage par rapport à la réalité intrigant et angoissant, et une vision plutôt pessimiste du destin des hommes. Une petite bombe!

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur:
"Le Syndrome du scaphandrier"
"Bunker"
"Les Emmurés"

"Avis de tempête"
"La Main froide"
"Pélerin des ténèbres"
"La Fille de la nuit"
"La Mélancolie des sirènes par trente mètres de fond"
- "Le Livre du grand secret"