jeudi 3 décembre 2015

"Incident voyageurs" de Dalibor Frioux

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L'histoire : L'enfer, chaque passager d'un train de banlieue sait à quoi il pourrait ressembler : un wagon bondé, abandonné quelque part sur le réseau, après avoir vogué d'incident en incident. Coincés dans un tunnel du RER A, la ligne la plus chargée d'Europe, les deux mille voyageurs entassés n'ont tout d'abord pas voulu y croire. Ça ne durerait qu'une heure, qu'une matinée tout au plus. Mais c'est en vain que les batteries des portables se sont déchargées, que les larmes ont coulé et que les signaux d'alarme ont été tirés. Les semaines, les mois passent, les années peut-être, car les montres aussi se sont arrêtées. Dans ce huis-clos sous néons, Anna, jolie mère célibataire avec son petit garçon, Vincent, cadre supérieur raffiné qui espérait s'envoler pour Buenos Aires, et Kevin, chômeur en fin de droits, se demandent comme tous les autres s'ils sont les derniers des oubliés, les uniques survivants d'une catastrophe ou les participants d'un stage de réinsertion, et surtout, ce qu'ils ont fait pour mériter cela.

La critique de Mr K : Voilà un pitch qui a fait mouche dans mon esprit lorsque Incident voyageurs m'a été présenté. Riche en promesses entre absurde, anticipation et étude sociologique, j'en attendais beaucoup. Mais voila… A aucun moment je n'ai été pris par le récit et je me suis profondément ennuyé. Je pourrais m'arrêter là mais je pense qu'il vous faut tout de même une petite explication! De plus, au Capharnaüm Éclairé nous mettons un point d'honneur à chroniquer TOUTES nos lectures même les moins réussies. Feu!

Le principe de départ est assez réjouissant en soi. De chapitre en chapitre, nous passons d'un point de vue à un autre, celui des trois personnages principaux qui reviennent régulièrement sur leur vie d'avant et parlent aussi de leurs conditions d'existence après l'incident (par toutes petites touches). On passe donc de la caissière qui tente de survivre en tant que mère célibataire avec un quotidien morose et monotone, au sous-directeur du Louvres qui va regretter d'avoir pris le RER (pour une fois) en route qu'il était pour retrouver sa maîtresse en Argentine et Kevin un fond de fichier de Pôle Emploi qui trace sa route dans les incertitudes de son statut. Flashback en pagaille et enfermement menant à la claustrophobie sont au menu de ce voyage en terre glauque et malsaine.

Au départ, j'ai commencé cette lecture intrigué. Les chapitres s'enchaînent assez facilement et on se laisse porter par les mots et les paragraphes. Pas de liens réels entre eux et une étrangeté qui se dégage. Pas de souci majeur, je suis plutôt preneur dans le genre. Mais voila, au bout de 100 pages, la curiosité a cédé la place à l'agacement. Où veut en venir l'auteur? La critique de notre société est bel et bien présente (comme promise dans un certain nombre d'avis de journalistes et blogueurs) mais je la trouve finalement assez convenue et facile. Non pas qu'elle ne sonne pas juste, mais l'ensemble ressemble à un catalogue sans âme de nos vices. Dalibor Frioux m'a paru enfoncer des portes ouvertes sur les voyages en transports publics en région francilienne, sur l'inefficacité et l'absurdité de Pôle Emploi, sur les mecs, les femmes et j'en passe. Bref, une liste à la Prévert sans la poésie ou l'étincelle qui donne un lien et une belle consistance à l'ensemble.

Je me suis dit alors que je pourrais me raccrocher à l'aspect fictionnel et au caractère fantastique du vécu des personnages. Malheureusement, là encore, je trouve que c'est un coup dans l'eau. Tout cela manque de cohérence, d'explication et au final, on tourne la dernière page déçu et légèrement en colère (je ne suis pas rancunier en terme littéraire) avec l'impression d'avoir gâché son temps. Surtout quand on a une PAL telle que la mienne! De plus, je ne me suis pas vraiment attaché aux personnages, dernière bouée de sauvetage possible pour cet ouvrage: j'ai trouvé Kevin inintéressant dans ses souvenirs (et pourtant il en vit de belles!), Vincent suffisant et creux… Heureusement Anna sauve les meubles et émeut régulièrement à travers la relation qu'elle entretient avec son fils Hutch (oui je sais les parents sont parfois cruels!).

Reste que ce roman a des qualités littéraires et que l'auteur est un écrivain au talent certain stylistiquement parlant. Que de regrets donc de ne pas avoir été emporté par l'histoire et les personnages! Une expérience très décevante que je ne peux donc pas vous conseiller. Le principe d'une critique étant avant tout d'être un texte subjectif, si cette lecture vous tente, n'hésitez pas à aller voir ailleurs pour avoir son contrepoint car cet ouvrage a plutôt bonne presse. Au Capharnaüm Éclairé, il sera très vite oublié...

Posté par Mr K à 17:28 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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