Quiproquo DelermL'histoire : Un journaliste du Nord de la France part en reportage dans le Sud-Ouest. Il quitte "la brique sombre qui s'attache si bien les soirs à bière, les petits matins de pluie et de mélancolie" et découvre, "la lumière de la brique rose, le vert profond des pins et des cyprés, le vert pâle des peupliers". Notre reporter va peu à peu se laisser gagner par une torpeur immobile. Quand, soudain, sur cette tendre scène bucolique, le Quiproquo Théâtre va poser ses tréteaux. L'homme de plume va endosser un nouveau rôle, saltimbanque, et découvrir derrière les masques la tragi-comédie de la vie.

La critique Nelfesque : Voilà un petit ouvrage que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire. Philippe Delerm est un de ces auteurs des petits bonheurs du quotidien, des petits clins d'oeil de la vie, ceux que l'on voit si on le veut bien, ceux qui réchauffent le coeur par leurs souvenirs. Dans la famille Delerm, j'aime le père, la mère et le fils, chacun bien ancré dans cette culture du temps qui passe, de la nostalgie et de la valeur de la moindre petite seconde et des petits détails. Pour "Quiproquo", je demande le père et ces 86 pages lues un soir de grand vent sur une fin d'été encore chaude.

Après un petit passage près de Périgueux ("Le conducteur avait un accent pur rocaille venu de Périgueux" (salut la famille !)), l'histoire de "Quiproquo" se déroule dans un petit village d'Aquitaine, Camparoles, en plein coeur de l'été. Avec ce jeune journaliste en plein questionnement existentiel, le lecteur fait la connaissance de Maria, Stéphane et Alicia. Une famille de saltimbanques qui est tombée amoureuse de ce village et a décidé d'y monter le Quiproquo Théâtre. Certains montent sur scène, d'autres restent en cuisine, des amis s'occupent des lumières... Le Quiproquo est un lieu de rencontre au coeur de ce tout petit village du Sud-Ouest.

Au fil des pages, on sent la convivialité des longues soirées d'été, la chaleur du soleil sur notre peau, le vent dans les arbres près de la rivière. Le lecteur prend le temps de vivre et suit le héros ordinaire de ce livre dans son chemin vers la quiétude et finalement son changement de vie.

Quand un homme découvre son lieu de vie idéal, l'adopte et s'y installe. Un éveil à la vie qui met du baume au coeur du lecteur. Une écriture simple et fluide, comme l'histoire proposée ici. Un moment de vie fait de bonheurs et de peines, l'amour, le deuil... Une évidence.

La critique de Mr K (edit du 07/08/18) : Voici le compte-rendu de ma première incursion chez Delerm père dont j’avais furieusement entendu parler depuis de nombreuses années sans véritablement trouver la volonté de franchir le pas. À l’occasion de cet été, entre deux lectures perso, Nelfe m’a proposé une lecture-express (le roman ne compte que 85 pages) de saison et qui lui avait drôlement plu. Décidément, j’ai épousé la bonne personne ! Le conseil est à suivre assurément tant le plaisir de lire et la découverte des mots de l’auteur m’ont convié à un voyage à nul autre pareil.

Le héros est un reporter travaillant pour un quotidien régional du nord. Tout d’abord enchanté par sa carrière au pays des maisons en brique, la monotonie s’est installée et sa copine part sous d’autres horizons à la faveur d’une belle opportunité professionnelle. Missionné pour suivre une jeune sportive locale en pleine ascension tennistique, il se retrouve contraint de partager la voiture des parents. N’en pouvant plus de supporter le voyage et la bêtise familiale, à la faveur d’une escale hôtelière, il s’enfuit et au hasard à la gare routière prend une ligne longue distance destination le Sud-Ouest.

Plus qu’une fuite en avant, c’est alors le temps des révélations. Sa vie ne lui convenait plus depuis longtemps et chaque détail qu’il observe va le conforter dans son envie de repartir de zéro, de changer son existence du tout au tout pour explorer la région et se redécouvrir. On a le droit à ce moment là à de très beaux passages descriptifs sur les hommes, la nature et les petits éléments qui enthousiasment le quotidien sans qu’on s’en rende compte au fil du temps. Champêtre, naturaliste, simple mais pas réductrice, cette première partie plonge le héros et le lecteur dans un état d'hébétude rare qui pourrait se résumer ainsi : la vie est faite de bonheurs simples, fugaces qu’il faut cueillir jour après jour. Certes, la formule est connue, mais le rappel est humble et essentiel à mes yeux.

Puis c’est la rencontre avec la drôle de troupe de théâtre qui donne son nom au titre de l’ouvrage. Rattaché au territoire, à la nature et aimanté par la région, le héros rencontre de sacrés personnages au parcours atypique. Peu à peu, il s’en rapproche, s’installe dans une chambre de l’auberge qui accueille la troupe et trouve un travail d’appoint. Le quotidien est ici raconté simplement, sans chichi et avec un détail de tous les instants malgré la brièveté des passages. C’est universel, touchant et émouvant au travers des quelques rebondissements qui émaillent le récit. Clairement, on n’est pas dans l’originalité folle mais la recette éprouvée reste très digeste, immersive et surtout source de réflexion.

Derrière cette trajectoire qui semblait se diriger tout droit en voie de garage, se révèle une belle rédemption par le partage et l’entraide. Les protagonistes échangent finalement peu en terme de paroles pures mais ils se comprennent à travers les autres sens mis en exergue par une écriture simple, mais dense et exigeante en terme de caractérisation. Les mots sont finement choisis, la syntaxe basique mais renouvelée par l’entrechoc des phrases et surtout des mots et concepts sous-entendus donnent un charme fou à ce petit récit qui de prime abord ne paie pas de mine mais se révèle d’une saveur incroyablement riche. Un bonheur de lecture à découvrir et redécouvrir !