camp de gitansL'histoire : Loufoque, grinçant, acide, voici le tableau d'un pays en plein chaos dans un monde à la dérive.
A l'Assemblée générale des Nations Unies, un terroriste moldave prend en otages tous les grands de ce monde, d'Obama à Poutine, en passant par Merkel, Berlusconi et Sarkozy. Ses revendications stupéfient la planète.
Pendant ce temps en Moldavie, entre incurie, corruption et culte aveugle de l'Union européenne, le pays a sombré dans l'anarchie, la capitale Chisinau est envahie par des hordes d'enfants abandonnés et une étrange religion se répand : les Moldaves seraient le Peuple élu, le nouvel Israël, qui réclame une Terre promise au bord de la Méditerranée... L'ONU va devoir agir, sans quoi, adieu les otages !
Découvrez dans ce roman à l'écriture étourdissante comment les Moldaves marchandent avec Dieux, ou pourquoi le major Plechka, maton filou, oblige ses prisonniers à écouter en boucle les trésors de la poésie nationale...

La critique Nelfesque : J'avais lu et beaucoup aimé le précédent ouvrage de Vladimir Lortchenkov, "Des Mille et une façons de quitter la Moldavie". J'ai pu découvrir la suite des aventures rocambolesques de ces Moldaves fuyant leur pays dans "Camp de gitans", sorti en librairie pour cette Rentrée Littéraire chez l'excellente maison d'édition qu'est Mirobole. Si j'ai un conseil à vous donner en préambule c'est de sauter immédiatement sur ce bijou de pur délire !

Avec "Des Milles et une façons...", j'avais découvert un roman farfelu à l'écriture peu commune. J'avais passé de très bons moments de franche rigolade à la découverte des plans échafaudés par ces Moldaves pour atteindre l'Italie. "Camp de gitans" ne suit plus exactement le chemin des personnages du précédent roman mais nous montre ce qu'est devenue la communauté Moldave au sens large suite à la désertion de leur pays pour des contrées plus riches et porteuses d'espoir. Il est donc tout à fait possible de lire celui ci sans avoir lu le précédent pour comprendre l'histoire mais il serait dommage de passer à côté de quelques clins d'oeil savoureux.

Cette précision étant faite, Lortchenkov reste dans la même veine d'écriture avec ce roman ci. Bien qu'ayant déjà un sacré niveau dans l'absurde, j'ai trouvé "Camp de gitans" encore plus loufoque et avec des passages absolument incroyables. Pour la première fois de ma vie, j'ai pleuré de rire en lisant un roman. C'est dire ! Quelle bouffée d'oxygène ! Quelle jusqu'au boutisme dans les choix stylistiques de l'auteur !

Il n'est pas des plus faciles de rentrer dans ce roman lorsqu'on n'est pas habitué à Lortchenkov. "Camp de gitans" est un roman qui demande du temps et surtout de longues plages de lecture pour vraiment absorber le lecteur et qu'il se laisse aller aux délires que l'auteur nous propose. Ne pouvoir lire que par petites touches, entre 2 transports en commun ou dans une salle d'attente, c'est prendre le risque de passer complètement à côté de ce roman et croyez moi ce serait bien dommage ! Tant d'absurdité (dans le bon sens du terme, une absurdité voulue et maîtrisée) demande un effort d'adaptation mais quel plaisir ensuite !

Voyez plutôt cet extrait de la page 176 : "C'est drôle. Vous avez dit que ça ne me dirait rien, et quand j'ai dit que c'était à moi de décider si ça me disait quelque chose ou pas, vous l'avez dit, et j'ai dit que non, en effet, ça ne me disait rien, et vous avez dit, eh bien, que vous l'aviez bien dit..." Capillotracté non ? Et si je vous dis que cette réplique est dite lors d'un échange entre le Président par intérim de la Moldavie et le représentant du FMI en Europe de l'Est, vous comprendrez aisément que l'on est loin du roman réaliste et sérieux. Et des sorties comme celle-ci il y en a à la pelle. L'auteur nous perd pour mieux nous retrouver, ouvre des tiroirs sans fin parfois, part dans tous les sens et personnellement, j'ai adoré !

C'est dans un contexte stupéfiant que l'histoire prend place. Parallèlement à la prise en otage de tous les chefs d'état de la planète lors d'une réunion à l'ONU, le lecteur suit par l'entremise de flashback, la montée en puissance d'une nouvelle religion au sein de la communauté Moldave. Réclamant un nouvel emplacement géographique, une Terre Promise comme au peuple juif, en remplacement de leur Moldavie détruite et invivable, un petit mouvement d'allumés va devenir au fil des semaines et des mois un évènement de grande ampleur et une vraie croyance suivie et respectée va émerger du néant. Il faut dire aussi que les Moldaves, sous la plume de Lortchenkov, sont des êtres crédules, naïfs et un peu (beaucoup) concons. Leur logique n'est pas la nôtre et ce qui peut nous paraître "trop gros" trouve de l'écho chez eux... Cela donne naissance à des situations et des répliques toutes plus hallucinantes les unes que les autres tant l'absurdité est poussée à son paroxysme.

Lortchenkov nous livre ici un roman totalement à part de ce que l'on peut trouver d'ordinaire sur les étals des librairies. Une bouffée d'oxygène où le rire est présent à chaque page. Véritable satire sociale, "Camp de gitans" est un roman complètement fou, audacieux et novateur que je vous conseille fortement de découvrir !

Allez pour la peine, je vous laisse avec un dernier passage page 205 retranscrivant un poème déclamé par le commandant Plechka à la femme qu'il convoite :
"J'ai peur que tu ne sois bientôt plus là./ Ce n'est pas que j'aie très peur,/ mais j'aime trop tes épais cheveux/ pour vivre en sachant qu'ils ne sont plus,/ qu'ils ne sont et ne seront plus./ Le problème de ton existence en tant que telle ne m'inquiète pas./ Je suis plutôt préoccupé par le problème de mon/ existence sans toi/ qui, en tant que telle sans toi en tant que telle/ ne me paraît pas possible, ni pour moi, ni pour toi, ni pour tes cheveux,/ ils sont drus comme je les aime, et épais..."

"What the fuck !?" Je vous avais prévenu !