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L'histoire: Le train l'emporte loin de Paris. Jean-Marie Perrier regarde sans le voir le paysage qui défile. Le jeune homme rêve, s'inquiète, s'interroge. D'où vient-il ? Et où va-t-il ? Sur son billet, il lit : Paris - Saint-Expilly. Malgré ses instants d'amnésie et le sentiment d'irréalité qui l'enveloppe, il se souvient de Saint-Expilly : sa ville natale. Et il reconnaît la petite cité, sa maison, mais lorsque sa mère apparaît sur le seuil, elle ne le reconnaît pas et ajoute avant de refermer : "Mon fils est mort depuis deux ans, monsieur." Dans les rues, Jean-Marie erre, déboussolé, hagard... quand un miroir lui renvoie l'image d'un inconnu, durement marqué par l'âge. Qui est-il ? D'où venait-il ? Où ira-t-il ?

La critique de Mr K: Retour dans la galaxie SF avec ce nouvel ouvrage de Jean-Pierre Andrevon, Cauchemar… cauchemars!. Une fois de plus, c'est notre cher abbé qui s'est fait le pourvoyeur d'une œuvre décalée et addictive au possible. Il m'a fallu deux séances intenses pour le dévorer, littéralement captivé que j'étais par cette histoire étrange qui fait la part belle à l'onirisme et l'intimisme. Prêts?

Notre héros se réveille dans un train en partance pour Paris. Sur son billet est inscrit sa destination: Saint-Expilly. L'émergence est difficile, Jean-Marie Perrier est comateux et en totale perte de repères. Peu de souvenirs affleurent dans son esprit et encore dans les vapes, il sait seulement qu'il sort d'une hospitalisation et qu'il se rend dans sa ville natale. A part cela et une pièce d'identité dans son porte-feuille… Rien! Bizarre bizarre et le monde qui l'entoure n'est pas pour le rassurer: les autres personnes croisées montrent peu d'empathie à son endroit, le train se vide et se remplit sans logique aucune et quand il arrive enfin en ville, les rues / magasins ne correspondent à rien dans sa mémoire. Sa propre mère ne le reconnaît pas et lui dit que son fils est mort déjà depuis un petit bout de temps! Vous croyez que j'en ai trop dit? Détrompez-vous! Ceci n'est que le début! Le pire est à venir et je vous assure qu'il faut s'accrocher tant on tombe de Charybde en Scylla.

Pourtant racontée à la troisième personne, cette histoire peu commune est immersive au possible tant Andrevon se plaît à coller au maximum avec son personnage principal. Rien ne nous échappe de ses tracas physiques et psychologiques et force est de constater que cette caractérisation est d'une grande finesse et flippante à souhait. De simples désagréments amnésiques, on vire assez vite dans une paranoïa angoissante qui nous prend à la gorge comme le héros. Là où Jean-Marie Perrier ne sait plus à quel Saint se vouer, le lecteur perd aussi pied ne sachant plus sur quoi reposer ses certitudes. Le déboussolement est total et même si l'on se doute vers les 2/3 de l'ouvrage où veut nous emmener l'auteur, on assiste impuissant à une tension qui monte crescendo avec une intensité rare.

On retrouve en fait la même sensation que l'on peut éprouver lorsque l'on vit un cauchemar récurrent et étrange où toute logique cartésienne est proscrite. Vous savez, ces rêves désagréables où les couloirs s'allongent, le vide apparaît sous vos pieds et vous tombez, des personnes énigmatiques voir effrayantes qui apparaissent à de nombreuses reprises… autant d'éléments déstabilisant à la sauce 4ème Dimension qui sont revisités avec brio par un Andrevon inspiré et inspirant. Et non, ce livre n'est pas un compte-rendu de rêve! Pas de spoilers dans nos critiques, non mais!

Il faut donc attendre les ultimes pages du livre pour se voir livrer la solution au mystère. Entre temps, mon esprit aura battu la campagne: j'aurai explorer les abysses de l'esprit humain (il y a un côté kafkaïen dans le destin qui semble s'acharner sur le héros, j'ai adoré!), je me serai baladé dans des villes mornes et inquiétantes et finalement, ce livre confirme que voyager en train n'est pas forcément synonyme de rapidité et d'espace-temps paisible (Déjà que Pouy m'avait bien fait flipper avec un ouvrage sur le même thème, ils ne sont pas prêts de me faire préférer le train à la SNCF!).

L'écriture d'Andrevon reste fidèle à ce qu'elle est: un mélange de simplicité apparente pour une exploration sans fard d'une certaine forme de condition humaine. Simple et efficace, au détour de ce petit roman de 159 pages, on se surprend à se questionner sur nous et notre espèce au milieu d'un récit décidément bien étrange. Une petite bombe littéraire sans prétention mais aux effets dévastateurs que je vous conseille grandement.

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