la gifleL'histoire : Lors d'un barbecue entre amis, un adulte gifle un enfant qui n'est pas le sien. Cet incident déclenche une réaction en chaîne, explosive, qui fait voler en éclats les faux-semblants et révèle avec la violence d'un boomerang le tableau implacable d'une société en pleine confusion.

La critique Nelfesque : "La Gifle" est un roman qui ne laisse pas indifférent. Dire que j'ai pris une claque en le lisant serait un jeu de mot facile et je n'irai pas jusque là, pour autant, j'ai pris un vrai plaisir à parcourir ses presque 600 pages que l'on ne sent pas passer tant l'histoire se révèle passionnante et pleine de rebondissements.

J'ai découvert "La Gifle" par la série TV australienne, mini-série de 8 épisodes diffusée sur Arte il y a 2 ans et qui a été récompensée dans son pays d'origine. Chaque épisode était concentré sur un personnage de l'histoire et ce schéma narratif qui m'avait tant plu a été repris sur celui du roman de Christos Tsiolkas où chaque chapitre est consacré à un personnage important de l'oeuvre. On passe ainsi de la vision d'Hector, chez qui a lieu le barbecue qui déchaînera les passions, à Richie, un jeune ado baby-sitter à ses heures perdues, en passant par Harry, le lanceur de gifle, ou encore Rosie, la maman du petit Hugo giflé.

C'est lors d'un barbecue réunissant famille et amis chez Hector et Aïsha qu'un des invités, Harry, également cousin d'Hector, va mettre une gifle à Hugo, fils de Rosie et Garry. Ces derniers, permissifs et très proches de leurs fils, vont tout de suite appeler la police et porter plainte contre ce "violent personnage". Sans entrer dans le débat du "faut-il ou non corriger physiquement ses enfants ?" et encore moins "comment gérer les enfants des autres et jusqu'où peut-on les laisser faire sans agir ?", l'auteur donne des pistes de réflexion sans jamais juger qui que ce soit et surtout utilise ce prétexte pour dépeindre une société australienne et décortiquer la vie et les habitudes de ces personnages.

Le roman se concentre sur 8 personnes présentes au barbecue et témoin de la scène : Hector l'hôte de la garden party, Anouk la meilleure amie d'Aïsha et Rosie, Harry le "gifleur", Connie la jeune employée d'Aïsha, Rosie la maman d'Hugo, Manolis le père d'Harry, Aïsha la femme d'Harry et Richie le baby-sitter d'Hugo. Autour d'eux, d'autres personnages gravitent donnant au début de l'histoire un sentiment de tourbillon au lecteur qui doit s'imprégner de chaque personnage et retenir leurs liens de parenté. Ce choix dans la décomposition du roman est judicieux et très intéressant. Ainsi tour à tour, le lecteur se met à la place des uns et des autres, adopte leurs points de vue, comprend leur histoire et leur ressenti. Aussi, il est bien difficile de se ranger d'un côté ou de l'autre des 2 clans qui semblent s'être formés après l'épisode malheureux. Victime ou coupable, Hugo est au centre de toutes les attentions. Victime d'une gifle donné par un étranger ou coupable d'être un tyran à qui on ne dit jamais non ?

C'est dans une Australie actuelle et pleine de contrastes que Tsiolkas plonge son lecteur. A travers différentes générations, du jeune adolescent de 17 ans au grand-père de 80 ans, et différentes cultures et communautés (australiennes, indiennes, grecques, homosexuelles, orthodoxes, musulmanes...), c'est l'Australie dans toute sa pluralité qui nous est dépeinte ici. Du milieu du show-biz aux classes les moins aisées, de l'alcoolique notoire au militant du no alcohol, du baiseur fou au jeune puceau... Tsiolkas utilise la gifle pour aborder divers sujets d'actualité et les dissèque à l'extrême et sans manichéisme (si ce n'est dans les positionnements des uns et des autres sur cette fameuse gifle) en proposant pour chaque personnage une place importante dans son roman. Les chapitres sont longs et les personnages fouillés. Chacun à sa propre personnalité, classique ou trash, attaché aux traditions ou ouvert à tout... Le style de l'auteur est excellent et adapté à chaque personnage. Parfois vulgaire mais jamais gratuitement, parfois très prude et respectueuse de valeurs aujourd'hui un peu désuètes, la plume de l'auteur navigue avec aisance dans tous les milieux sociaux et toutes les familles représentées ici. Au plus proche de la scène initiale ou en s'en éloignant, comme lors du voyage d'affaires d'Aïsha à Bangkok, cette gifle est au coeur de tous les esprits et sacralise bon nombre de ressentiments, de non-dits et de tensions. Le malaise est palpable et le lecteur, bien qu'ayant un avis sur la question de la fameuse gifle et qui des uns ou des autres ont raison ou tort, se retrouve enrichi du vécu de chacun des protagonistes et de leurs façons d'appréhender les choses.

"La Gifle" est une belle immersion dans la vie d'un microcosme australien. Sa lecture est très prenante, l'écriture de l'auteur est fluide et l'ensemble très intéressant d'un point de vue sociologique. Ne soyez pas rebuté par son épaisseur, ses 600 pages se lisent toutes seules ! Je vous conseille vivement cette lecture ainsi que la série adaptée de cette oeuvre. Nous avons là deux supports différents qui se complètent parfaitement.

J'ai lu ce roman dans le cadre d'une LC avec une de nos fidèles lectrices non blogueuses. Nathalie, si tu souhaites laisser quelques mots en commentaire pour nous faire part de ton avis, tu es la bienvenue !

En bonus, la bande annonce de la série TV qu'il ne faut pas râter. Décidément Arte diffuse d'excellentes séries...