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L'histoire: A Venise, alors envahie par les troupes napoléoniennes, Johannes Karelsky, violoniste au talent reconnu dès l'enfance, enrôlé dans l'armée française et blessé au combat, trouve domicile chez un mystérieux luthier, passionné d'échecs et amateur d'eau-de-vie. Très vite, entre ces deux hommes du secret, se noue une complicité faite de respect, de silence et de musique, qui se changera en une amitié que la simple évocation d'une voix de femme, dont on ne sait au juste où elle les entraînera, scellera jusque dans la mort. Le violon noir, douleur et chef-d’œuvre du luthier, est-il en fin de compte l'instrument de leur perte ou de leur rédemption?

La critique de Mr K: Il y a deux ans ma route de lecteur avait croisée l'auteur Maxence Fermine et son très beau roman Neige qui m'avait envoûté par son ambiance unique et une histoire universelle versant dans le récit initiatique. À l'occasion d'un chinage de plus, je retombais sur lui avec ce court roman de 127 pages que je décidai d'emmener avec moi à la plage lors d'un après midi ensoleillé. Je ressortais de ma lecture au bout d'une heure et demi, une fois de plus conquis par une œuvre à la fois poétique et prenante.

C'est l'histoire de deux hommes que le hasard va faire se rencontrer à Venise après la conquête napoléonienne. Johannes est un jeune violoniste surdoué qui rêve d'écrire son propre opéra. Erasmus est un luthier spécialisé dans le violon, issu d'un apprentissage chez les Stradivarius. L'un et l'autres vont se jauger, s'apprivoiser, apprendre à se connaître et explorer leurs rêves respectifs. Au contact de cet artisan à la vie riche en rebondissements, le jeune Johannes va toucher du doigt la nature profonde de ses aspirations et essayer de reprendre en main sa vie suite à son expérience traumatisante de la guerre.

On retrouve dans ce roman toutes les qualités que j'avais pu apprécier lors de ma première incursion dans l'univers de Maxence Fermine. Dans Le Violon noir, il n'y a que deux personnages et quelques personnages secondaires qui sont évoqués ici ou là pour caractériser davantage les deux musiciens, l'auteur s'attachant vraiment complètement à Johannes et Erasmus. D'une grande profondeur, c'est avec passion qu'il aborde leur psyché et leurs vies quelques peu tumultueuse. Pas de débauche de descriptions comme lors de ma première lecture mais deux destins qui s'épousent momentanément et une alchimie entre les deux hommes qui se "reconnaissent" par leur passion commune et leurs échanges verbaux. Le style épuré et précis nous plonge instantanément dans cette rencontre que nous suivons avec avidité tant les attentes sont fortes. Qui est Erasmus? Qu'a-t-il vécu dans son passé qui l'ait à jamais transformé? Johannes finira-t-il son opéra? Qui est cette mystérieuse femme qui peuple leurs rêves à tous les deux? Et ce fameux violon noir? Qu'est-ce vraiment?

En filigrane, nous traversons une époque riche en événements historiques. Bonaparte n'est pas encore devenu Napoléon et étend son influence en Italie. Johannes sera appelé à combattre et va devoir se confronter à la barbarie de la guerre. Blessé il va découvrir la ville de Venise qui est ici décrite avec une forte économie de mots sans pour autant tomber dans la facilité. Pas besoin de beaucoup pour toucher en plein cœur. Dans cet exercice, Maxence Fermine s'avère redoutable d'efficacité. Les passages plus oniriques sont aussi bien sentis, remarquables de clarté tout en gardant un aspect énigmatique. Ils contribuent à la richesse des personnages et apportent un éclairage nouveau sur une intrigue plutôt simpliste de prime abord. Au fil de la lecture, les révélations finissent par tomber et le roman décolle alors vers des sommets insoupçonnés.

La lecture fut donc rapide et aisée, surtout très addictive. On conjugue ici destins contrariés et belle rencontre, pour un ouvrage impossible à refermer avant la fin de la lecture. Belle prouesse pour un livre à découvrir si ce n'est déjà fait!