les visiteurs simac

L'histoire: Traversant le ciel de Lone Pine (Minnesota), une caisse noire, gigantesque, est venue atterrir près de la rivière, écrasant au passage la voiture d'un pêcheur de truites. Surprise et effroi chez les gens de Lone Pine. Une météorite? La NASA? Journaux, TV, le Président lui-même à Washington, tout le monde est en alerte... Et l'émotion croit: la caisse s'élève et se pose à nouveau. Elle avance maintenant dans la forêt, dévorant les arbres. Le mystère est total. Sauf pour Jerry, le pêcheur de truites. Capturé, il a été retenu quelques heures dans "l'objet", puis éjecté. Et il n'ose parler... Sur tout le territoire des Etats-Unis, d'autres caisses noires se posent.

La critique de Mr K: J'ai vraiment une tendresse particulière pour cet auteur atypique de SF américaine de l'âge d'or des 70'. Simak aborde des thèmes certes classiques mais toujours avec un point de vue profondément humaniste et naturaliste dans sa retranscription des rapports humains. Vous retrouverez en fin de post, l'ensemble des critiques que je lui ai consacré et qui témoigne de mon affection envers son œuvre. L'abbé m'a une fois de plus fourni un ouvrage inattendu que je connaissais pas. La lecture fut une fois de plus addictive et source d'évasion comme à chaque fois avec Simak.

L'action de Les Visiteurs débute à Lone Pine, petite ville moyenne US classique avec son grand café de centre-ville, sa station service, son salon de coiffure (tenu ici par un réactionnaire des plus vindicatifs qui ne va pas faire de vieux os), son journal local et son ivrogne attitré connu de tous. On y vit une vie paisible et sans histoire jusqu'au jour où un mystérieux objet non identifié ressemblant à une caisse entièrement noire se pose près de la rivière et "capture" un jeune pêcheur amateur de belles truites. La machine médiatique et politique se met en branle, l'auteur nous conviant à suivre de chapitre en chapitre l'histoire vue par les journalistes, la Maison Blanche et les gens du crû. Les autorités très vite se rendent compte qu'une escadrille de ces objets est en gravitation autour de la planète puis d'autres apparaissent un peu partout sur le sol nord-américain… Viennent-ils d'un autre monde? Est-ce un coup des russes en ces temps de Guerre Froide? La vérité est au bout des 286 pages de ce roman fort réussi.

Comme à chaque fois avec Clifford D. Simak, on est loin des gros titres SF qui font la part belle aux scènes chocs et à la grosse artillerie. On retrouve son goût pour les gens simples (malgré des incursions à la Maison Blanche) qui se retrouvent bien malgré eux confrontés à des choses qui les dépassent. Jerry n'est qu'un petit étudiant thésard qui va rencontrer l'inconnu au détour d'une pêche infructueuse, sa petite amie Kathy est une jeune pigiste en quête d'un article qui lui permettra de percer dans le milieu et va devoir composer avec l'événement le plus important du XXème siècle. Nous suivons aussi David, porte-parole de la présidence désireux de dire la vérité au peuple mais que la raison d'état va forcer à aller contre ses principes. Autant de personnages qui doivent faire face à l'incroyable et qui le font finalement sans exagération ou étincelles, ils suivent leur propre logique et restent très terre à terre. Cela donne une dimension vraiment particulière à cette histoire plutôt classique.

Il y a en effet ces fameuses caisses noires, gigantesques et paisibles qui ne s'attaquent à rien sauf aux arbres qu'elles dévorent pour en rejeter des balles de cellulose. Le mystère est grand autour de ces étranges visiteurs avec qui il est impossible de communiquer et qui n'opposent que le silence face aux différents tests et rencontres avec les humains. L'auteur se fait avare en révélations laissant le lecteur douter tout au long du récit avec de ci de là quelques ouvertures scientifiques sur les possibilités entr'aperçues par un groupe de scientifiques. Le monde commence à s'emballer face à ces présences qui même si elles semblent inoffensives sont bel et bien là. Période de Guerre Froide oblige, la tension est palpable et même si l'on ne voit que le point de vue US dans ce roman, on ressent les crispations et hésitations qui sont inhérentes à ce genre de crises graves. La fin ne conviendra pas à tous, elle est assez ouverte. Pour moi, elle est parfaite et ouvre des voix de réflections très intéressantes lorgnant sur les logiques économiques du capitalisme libéral et ses défauts. L'auteur en cela est bien en avance sur son temps, rappelons que ce livre a été écrit en 1979 soit bien avant la mondialisation et internet. On n'est pas pour autant devant un pensum ou un cri d'alarme, juste l'évocation de la misère que peut engendrer un capitalisme débridé conjugué à l'avarice humaine.

La lecture est rapide et agréable. Les chapitres courts font des bonds dans le temps et accélèrent le déroulé de cette rencontre hors norme entre les humains et ces drôles de créatures. L'écriture de Simak fait une fois de plus merveille entre simplicité, aspect solaire et évocations plus techniques mais accessibles. Les Visiteurs va retrouver ses petits frères sans rougir dans mes beaux rayons SF!

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