mardi 30 juin 2015

"Toute la lumière que nous ne pouvons voir" de Anthony Doerr

toute la lumière que nous ne pouvons voirL'histoire : Marie-Laure Leblanc vit avec son père près du Muséum d'histoire naturelle de Paris où il travaille. A six ans, la petite fille devient aveugle, et son père crée alors pour elle une maquette reconstituant fidèlement leur quartier pour l'aider à s'orienter et à se déplacer.
Six ans plus tard, l'Occupation nazie les pousse à trouver refuge à Saint-Malo chez l'oncle du père de Marie-Laure, un excentrique profondément marqué par son expérience de la Première Guerre mondiale, qui vit reclus dans sa maison en bord de mer. Pour éviter que les Allemands ne s'en emparent, le Muséum a confié à Leblanc un joyau rare, la copie d'un diamant ayant appartenu à la famille royale de France, sans savoir qu'il s'agit en réalité de l'original.
Loin de là, en Allemagne, Werner grandit dans un pensionnat pour enfants de mineurs décédés. Curieux et intelligent, l'orphelin se passionne pour la science et la mécanique et apprend rapidement à réparer les machines qui lui tombent sous la main. Un talent rare repéré par les Jeunesses hitlériennes où il se trouve enrôlé. Prenant conscience des fins auxquelles est utilisée son intelligence, il est sanctionné, devenant un simple soldat de la Wehrmacht. En 1944, son chemin croise en France celui de Marie-Laure alors que Saint-Malo est incendiée et pilonnée par les bombes.

La critique Nelfesque : "Toute la lumière que nous ne pouvons voir" fait partie du club très fermé des romans qui vous marquent à vie. Prix Pulitzer 2015, Anthony Doerr n'a pas volé sa distinction littéraire.

"Toute la lumière que nous ne pouvons voir", rien que le titre est d'une beauté renversante. Comme avec "De battre mon coeur s'est arrêté", il y a des noms d'oeuvres que je pourrai répéter à l'infini et les trouver toujours aussi beaux, des phrases qui, seules, éveillent en moi des sentiments puissants. C'est indescriptible mais c'est ainsi. Le pouvoir des mots...

L'histoire de ce roman de Doerr est à l'avenant. Anthony Doerr plonge le lecteur dans la France des années 30 et 40 à travers les yeux de Marie-Laure, aveugle à la suite d'une maladie mais pourtant si éveillée au monde qui l'entoure. Curieuse de tout, son quotidien est fait de couleurs mentales, de sensations, de découvertes... Avec un père aimant pour seul parent, elle va franchir le pas de la porte de leur appartement pour découvrir le monde, en commençant par les couloirs et les collections du Musée d'Histoire Naturelle où son père travaille. Elle va alors se prendre de passion pour la recherche, la lecture, la biologie, tout ce qui peut la faire rêver à travers des histoires de découvertes et d'aventures passionnantes.

En parallèle, le lecteur fait la connaissance de Werner et sa petite soeur Jutta, orphelins allemands. Un parallèle fort à propos avec des enfants sensiblement du même âge de part et d'autre d'une frontière de deux pays qui vont bientôt entrer en guerre. On suit alors leurs quotidiens, leurs peurs et leurs rêves. Les mêmes mais appartenant à deux peuples qui ne vont pas tarder à s'affronter.

Quand les allemands rentrent dans Paris, Marie-Laure et son père trouvent refuge à Saint-Malo chez un oncle. Cette ville corsaire bretonne est le décor où évoluent des personnages truculents. Un florilège de personnalités toutes singulières et différentes mais unies dans un même désir : bouter les allemands hors de France et retrouver une quiétude de vie. Nous suivons alors une petite cellule de la Résistance, une Résistance à petite échelle comme il y en a eu tant pendant la Seconde Guerre Mondiale, une goutte d'eau dans l'océan mais une goutte d'eau vitale. Marie-Laure évolue et grandit ici, sans avoir conscience des évènements mais ressentant un changement et une tension palpable.

Deux destins, deux vies que tout oppose, l'une française et résistante, l'autre allemande et enrôlée par la Wehrmacht. Leur ressemblance malgré tout, leurs craintes et leurs questionnements font de ce roman une oeuvre émouvante et poignante. Le lecteur s'attache immédiatement à Marie-Laure mais aussi à Werner, deux enfants qui sont nés ennemis et sont pourtant tellement semblables.

La trame est, vous l'aurez compris, propice aux histoires tragiques. Sur fond de guerre, on ne peut s'attendre à un roman gai. Peu original et sans surprises pourraient même dire certains à la lecture de ces quelques phrases. Et pourtant... C'est sans compter sur le talent d'Anthony Doerr, que j'ai découvert ici et que je vais dorénavant suivre avec beaucoup d'intérêt. Sa plume est sublime, toute en nuance et poésie. Sans pathos, tout en délicatesse, et avec des descriptions magnifiques des lieux parcourus mais aussi des sentiments éprouvés par les personnages de ce roman, les mots entrent dans le corps du lecteur par tous les pores de la peau. Tant de beauté et de pureté, dans un univers si froid et triste qu'est une guerre, ne peut qu'émouvoir. Complètement habitée par l'intrigue, je me suis rendue compte seulement à la fin de ma lecture que mes larmes coulaient toutes seules sur mes joues dans les 50 dernières pages du roman. Une expérience que je n'ai pas vécu souvent...

Plus de 600 pages que l'on ne veut pas voir finir, une histoire qui nous colle à la peau, un roman bouleversant et d'une grande beauté. Le titre, "Toute la lumière que nous ne pouvons voir", prend tout son sens au fil des pages et à la 604ème particulièrement avec une scène qui fend littéralement le coeur.

Si j'étais de celles qui relisent leurs livres, je relirai celui-ci dix fois, vingt fois, cent fois. Lisez-le ne serait-ce qu'une seule fois et appréciez chaque mot, chaque phrase. La beauté est ici, malgré la guerre et ses atrocités, entre les pages de ce roman. Merci Mr Doerr.