dimanche 14 juin 2015

"La Tête haute" de Emmanuelle Bercot

la tête haute afficheL'histoire : Le parcours éducatif de Malony, de six à dix-huit ans, qu’une juge des enfants et un éducateur tentent inlassablement de sauver.

La critique Nelfesque : Vous avez tous entendu parler de "La Tête haute", film d'ouverture du dernier Festival de Cannes. La critique n'a pas tari d'éloges à son sujet et on peut dire sans hésitation que ceux ci sont mérités.

Le film commence sur les chapeaux de roues. On entre tout de suite dans le vif du sujet avec Malony, du haut de ses 15 ans, au volant d'une voiture volée en plein rodéo entre les tours d'une cité. "Sound of da police" de KRS one se fait entendre dans la salle obscure. Le ton est donné. Ce long métrage va en mettre plein la tête !

Malony est un petit garçon lorsqu'il se retrouve pour la première fois dans le bureau du juge des enfants, interprété par Catherine Deneuve. A six ans, il accompagne sa mère, convoquée suite à son inaptitude à élever des enfants. Une scène très forte où les visages ne sont pas montrés, si ce n'est celui de Malony, incrédule, entre les jouets mis à la disposition des enfants dans le bureau du juge et les propos difficilement soutenables de sa mère.

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Toute sa vie sera à l'image de cette première scène. Malony pousse comme une herbe folle, sans morale, sinon celle de sa mère qui n'est pas des plus saines. De petites bêtises, en gros problèmes avec la justice, il va aller crescendo dans ses actes et son mal être. Incapable de discerner véritablement le bien du mal, avec beaucoup d'amour en lui mais enfermé dans une armure inviolable, il va falloir beaucoup de temps et de patience à la juge pour enfants et à son éducateur, Benoît Magimel bluffant dans ce rôle, pour faire émerger en lui l'envie d'être maître de sa vie.

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"La Tête haute" est un film dur, sur l'enfance et l'adolescence bafouées et sur la difficulté de grandir sans repères. La machine mise en place pour aider ces adolescents est louable mais semée d'embûche. Entre l'obstination des gamins, le poids social, l'éducation des parents, ce long métrage rend hommage à toute une catégorie de travailleurs sociaux dont le travail est souvent méprisé à défaut d'être connu dans son quotidien. Il en faut de l'énergie et de la volonté pour relever ces jeunes et en faire des hommes et des femmes respectables, ambitieux et optimistes.

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Le jeune Rod Paradot est impressionnant dans le rôle de Malony, un ado à fleur de peau dans une logique autodestructrice. Il tient ici la tête d'affiche et ce film ne serait pas ce qu'il est sans lui. Il s'agit là de son premier rôle au cinéma, lui l'étudiant en CAP menuiserie repéré par une directrice de casting. Rien ne le prédestinait à faire du cinéma et pourtant il joue son rôle d'ado rebelle et délinquant à la perfection. Sans jamais tomber dans l'excès et la caricature, son jeu est juste et le spectateur navigue entre répulsion et compréhension le concernant. Ce qui n'est pas le cas concernant sa mère, Sara Forestier... Le sentiment que j'éprouve à son égard est bien plus tranché.

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Flirtant parfois avec le documentaire au plus près des personnages, "La Tête haute" est un film social sans concession, à l'image de l'excellent "La Loi du marché" sorti sur les écrans quasiment au même moment. Le genre de real movies, loin de faire rêver le spectateur mais le mettant face à l'âpreté de la société actuelle. On ressort de la séance complètement assommé mais avec la certitude d'avoir vu un film essentiel.

Posté par Nelfe à 19:48 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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