brussolo

L'histoire: Elle a survécu par miracle à une balle dans la tête. Dans l'hôpital de Los Angeles où elle se rétablit, on l'appelle désormais Jane Doe. Mais plus personne ne pourra dire qui elle était avant... Peut-être une tueuse, une créature de l'ombre, froidement programmée pour le crime. C'est ce que lui font penser d'étranges réflexes d'auto-défense, des rêves nocturnes où se déroulent d'implacables scénarios de meurtres. À moins que ce ne soit sa blessure qui ait libéré en elle cette nouvelle personnalité? Une seule certitude: on veut toujours sa mort.

La critique de Mr K: Nouvelle incursion chez Brussolo aujourd'hui avec cette histoire plutôt classique dans son postulat de base: une jeune femme se réveille totalement amnésique à l'hôpital suite à un traumatisme violent (on l'appelle alors Jane Doe). Elle se rappelle donc de strictement rien et ne ressent que de vagues impressions. C'est du moins le point de départ car peu à peu ses nuits se peuplent de cauchemars sanglants et de rêves étranges où semble se dessiner une personnalité des plus vindicatives et déviantes. Elle hésite alors entre la recherche d'un passé perdu et la possibilité d'entamer une nouvelle vie vierge de tout souvenir, une incroyable possibilité de tout recommencer à zéro. On navigue constamment entre réalité étrangère et fantasmes ultra-réalistes, l'auteur se plaisant (comme à son habitude) à brouiller les pistes, on ne peut pas vraiment se raccrocher à des éléments précis et on avance très lentement, ce qui peut d'ailleurs agacer...

Vers le premier tiers s'opère alors un glissement narratif heureux, Brussolo mettant l'héroïne au prise avec Sarah, une ancienne militaire devenue experte en protection rapprochée. On se rend compte très vite qu'elle devient le personnage principal de part son omniprésence et le regard aiguisé qu'elle porte sur Jane. S'interrogeant de plus en plus sur cette cliente qui la touche au plus profond d'elle même, elle va mener l'enquête et lever le voile sur une existence effacée. J'ai été douché car je ne m'attendais pas à la révélation finale qui est bien moins flamboyante que prévue mais qui finalement se révèle bien crédible et originale. Bravo Brussolo!

Thriller réussi par son histoire mais aussi grâce à des personnages poussés, oscillant bien souvent entre les frontières du bien et du mal, La Fille de la nuit est une plongée passionnante dans les arcanes de l'esprit humain sur ses capacités de refoulement et d'explosivité parfois. Au détour de certains paragraphes, c'est aussi une certaine vision de la société américaine qui nous est livrée à réflexion avec notamment la ségrégation sociale et raciale toujours d'actualité et une tendance à l'ultra-surveillance au nom de la sacro-sainte sécurité (ici des plus riches des WASP). De l'action, du suspens et de la réflexion, voici un triptyque qui me plaît bien!

Rajoutez là-dessus une langue toujours aussi directe et agréable à lire, malgré une petite lassitude lors des cinquante premières pages, le récit tardant à démarrer au détriment de l'exploration des angoisses intimes de l'héroïne (j'ai trouvé que l'auteur se répétait mais rien d'irrémédiable), vous obtenez tout même ici un bon roman à la fois haletant et surprenant malgré une thématique déjà explorée. Une belle et bonne lecture que je vous conseille fortement si le genre vous plaît.

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur:
- "Le Syndrome du scaphandrier"
- "Bunker"
- "Les Emmurés"

- "Avis de tempête"
- "La Main froide"
- "Pélerin des ténèbres"