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L'histoire: Dix mille dollars pour recueillir les souvenirs d'un cinéphile alcoolique, quand vous êtes un chômeur mordu de cinéma et que votre femme vous réclame la pension des gosses, c'est le paradis. Et quand on vous offre en prime une balade romantique avec la créature la plus vénéneuse de la terre, vous vous voyez déjà au ciel. Molly ondulait des hanches à m'en donner le tournis. Je l'aurais suivi en enfer. Et c'est justement là qu'elle m'emmenait...

La critique de Mr K: Cet ouvrage est mon deuxième de Jean-Jacques Reboux après son excellent opus du Poulpe La Cerise sur le gâteux. Bien connu des amateurs de roman noir et de polar, Reboux m'avait jusque là évité dans les rayonnages discount et autres contrées riches en occasions livresques. C'est chose réglée aujourd'hui avec cette très bonne acquisition qui même si elle tarde à démarrer, se révèle angoissante à souhait quand la mécanique infernale qui attend le héros se met en place.

Samuel Flicker est un ancien journaliste désormais sans emploi, qui a du mal à joindre les deux bouts. Son ex-patron lui propose alors une offre très intéressante: l'interview d'un certain Drexter, un vieil employé de cinéma qui en sait beaucoup sur le milieu et connaît beaucoup d'anecdotes croustillantes. Samuel fonce sur l'occasion, lui le gros mordu de cinéma qui a tant besoin d'argent pour se renflouer et envoyer une pension alimentaire à sa femme et ses enfants. Tout se passe pour le mieux jusqu'à sa rencontre avec Molly, créature fatale qui l'entraîne dans une folle équipée sauvage ponctuée d'une nuit des plus ardentes! Au réveil, elle a disparu et les flics du comté l'arrêtent. Commence alors sa lente descente aux enfers...

L'auteur lui-même l'avoue, il a écrit ce roman en hommage aux classiques du roman noir américain. Du coup, ce livre pourrait paraître impersonnel et je pense que je devrais me pencher à nouveau sur le cas Reboux pour juger plus amplement et exhaustivement de son style. Ici, on est plongé dans une ambiance délétère et glauque quasiment dès le départ. Ce dernier (comme dit précédemment) est un peu longuet, l'auteur s'attardant sur le fameux interview. Quand on voit ce qui se passe ensuite, je ne peux m'empêcher de penser qui aurait dû abréger... Pour autant, l'ennui ne gagne pas le lecteur et on cerne très vite la personnalité de Samuel qui finalement n'est qu'un pauvre type sans envergure qui ne ferait pas de mal à une mouche. Le parfait pigeon en quelque sorte...

À partir de la page 96, tout bascule! L'histoire prend vraiment un tour étonnant et l'on sait alors que tout va aller de mal en pis. Un meurtre a été commis et Samuel se retrouve dans la peau du principal suspect. Des preuves l'accablent, des personnes le coulent ou nient l'avoir rencontré, le sort s'acharne et le poids d'une affreuse machination l'écrase de plus en plus. Peu à peu, le héros sombre psychologiquement et c'est là une des grosses qualités du roman. En effet, Reboux décrit à merveille la déchéance et l'incompréhension d'un quidam lambda dépassé par les événements et les ramifications secrètes d'une machination sacrément bien ourdie! Inutile de vous dire que l'oppression est forte, que le lecteur est pris au piège et qu'il veut absolument connaître les ficelles cachées qui ne seront révélées que dans de simples articles de journaux fictifs reproduits en toute fin de roman. Entre temps, on aura connu avec Samuel les affres des interrogatoires, de la prison, d'un procès, d'un asile psychiatrique pour aboutir à un final sombre entre tous ou nul espoir n'est permis. Noir c'est noir...

Une fois rentré dans cet écrit, impossible de le relâcher. Le style bien que manquant d'originalité est efficace et on est immergé à merveille dans une ambiance très américaine à la mode classique. Très peu de descriptions mais beaucoup de réflexions internes du héros, peu à peu nous accompagnons la chute de Samuel. On en prend donc plein le cœur et l'âme, c'est pantelant que je suis ressorti de cette lecture. Un bon roman que je vous invite à découvrir au plus vite.