la mort du roi tsongor

L'histoire: Dans une antiquité imaginaire, le vieux Tsongor, roi de Massaba, souverain d'un empire immense, s'apprête à marier sa fille. Mais, au deuxième jour des fiançailles, un deuxième prétendant surgit. La guerre éclate: c'est Troie assiégée, c'est Thèbes livrée à la haine. Le monarque s'éteint; son plus jeune fils s'en va parcourir le continent pour édifier sept tombeaux à l'image de ce que fut le vénéré – mais aussi le haïssable – roi Tsongor.

La critique de Mr K: Je commence à avoir ma petite expérience avec Gaudé que j'ai déjà lu à de multiples reprises et qui ne m'a jamais déçu. La Mort du roi Tsongor traîne déjà depuis quelques temps dans ma PAL et certaines lectrices m'avait encouragé fortement à le lire au plus vite tant il s'était avéré être un coup de cœur. J'ai depuis rempli mon office et je vous l'avoue, ce fut un coup de foudre!

Il y a du Homère dans ce roman, clairement je me suis retrouvé plongé dans l'ambiance et le ressenti que j'ai pu éprouver vers mes huit ans quand mes parents m'avait mis un volume de contes et légendes mythologiques entre les pattes. Une femme à conquérir, une cité assiégée et une guerre menée dont on ne voit pas le bout. Rajoutez là-dessus des intrigues de palais, un vieux roi réfléchissant à sa postérité et une quête initiatique et vous obtenez un roman d'une grande force au souffle épique où un destin sombre plane au dessus des protagonistes.

L'action se déroule dans un pays imaginaire à une époque qui rappelle l'antiquité. Beaucoup d'influences se font ressentir à travers les descriptions des lieux et de batailles, de l'Égypte ancienne, en passant par la Grèce antique et les vieux royaumes africains, c'est un meltingpot culturel qui nous est proposé ici. Cela donne une dimension encore plus universelle au message que veut faire passer l'auteur. Comme à son habitude, Gaudé dose à merveille entre phases descriptives et actions / dialogues, aucune lourdeur donc et un plaisir de lecture optimum.

On croise de sacrés figures héroïques dans ce roman même si un fatum fatal semble menacer chacun d'entre eux. Ainsi le roi Tsongor au summum de sa gloire est un roi apprécié et reconnu mais qui a construit son pouvoir sur la ruine et la désolation. Sa mort est proche et telle une malédiction antédiluvienne, il va plonger sa descendance dans le malheur avec sa mort et le non choix qu'il a effectué juste avant celle-ci. Le cœur des hommes est noir et cette épopée en est une belle illustration même si l'odyssée de Souba (son plus jeune fils chargé d'ériger sept tombeaux) s'apparente plus à une quête initiatique, un voyage rédempteur pour laver les pêchés passés de sa famille. L'intime côtoie ici le grandiose et le dépassement de soi, chacun pourra y piocher ce qu'il y trouvera. Enrichissant est l'adjectif qui convient le mieux à ce livre assez extraordinaire dans son genre.

Les scènes de guerre rappellent les meilleurs passages de L'Illiade d'Homère avec des références certaines aux combats de héros, aux mêlées de poussières et aux pensées des plus illustres personnages. Nous suivons le point de vue des deux camps et tour à tour l'auteur nous interroge sur le poids de l'histoire familial et ses méandres, le sens de l'honneur avec ses aspirations et ses limites, les conséquences de nos actes aussi avec ici une successions de causes et d'effets qui font penser à la machine infernale chère à Cocteau.

Au final, on se retrouve en fin de lecture pantelant et abasourdi devant une œuvre vraiment magistrale, totale, qui provoque un plaisir de lecture rarement égalé. Un classique de plus!

Egalement lus et appréciés au Capharnaüm éclairé:
- "Je finirai à terre"
- "La Porte des Enfers"
- "Pour seul cortège"
- "Le Soleil des Scorta" (il n'y a malheureusement pas de chronique car lu avant de tenir ce blog)