pennacL'histoire: Un livre de plus sur l'école, alors? Non, pas sur l'école! Sur le cancre. Sur la douleur de ne pas comprendre et ses effets collatéraux sur les parents et les professeurs.

La critique de Mr K: Lecture un peu différente aujourd'hui avec cet ouvrage de Pennac. Chagrin d'école a fait grand bruit à sa sortie, ne faisant pas l'unanimité chez mes pairs notamment. N'étant pas forcément un grand amateur d'essai sur l'éducation et voulant surtout lire pour m'évader, je l'avais squizzé. L'occasion s'est présentée de l'obtenir à un prix défiant toute concurrence (big up à l'abbé!); du coup j'ai sauté sur l'occasion surtout que j'apprécie beaucoup la personnalité de Pennac et bien évidemment son œuvre romanesque.

Je m'attendais essentiellement à des souvenirs d'enfance et à des traumatismes d'écolier-cancre. Il est vrai qu'il partage avec nous (surtout au début) quelques souvenirs de jours de classe difficiles et son incapacité chronique à apprendre. Cela donne des pages douces-amères des plus appréciables et qui nous permettent de s'immerger dans l'esprit d'un cancre, d'un élève en difficulté, à la différence que Pennac a eu la chance d'avoir des parents qui le suivaient un minimum (ce qui n'est pas le cas de 80% des parents de mes élèves), parents qui lui ont transmis le goût de la lecture ce qui le sauvera pour plus tard.

À partir de son expérience et de ces pages intimes, le livre vire à l'essai et c'est je pense à partir de là que la polémique a dû naître. Ben oui, il a eu des mauvais profs et il explique le pourquoi du comment. Il n'y va pas par quatre chemins, il ne règle pas pour autant ses comptes et essaie de ressortir de cela une méthode, une façon d'appréhender l'élève en difficulté pour le sortir de l'ornière. Là où le bât blesse, c'est que toutes ces théories et pratiques sont déjà largement répandues dans le cadre des lycées professionnels (là où je travaille). Nous recevons quasiment tous les damnés du système à bout de souffle du collège unique et si on se contente de réitérer les erreurs du passé scolaire de nos chérubins, on va droit dans le mur et l'on risque de se retrouver à faire de la garderie. Personnellement, le rôle de garde-chiourme, je le réserve plutôt aux forces de l'ordre ou aux parents... D'où des stratégies type projet et séquences différenciées dans les LP avec plus ou moins de réussite selon les classes, les équipes et bien évidemment les élèves.

Du coup, mon avis est plutôt mitigé sur cet ouvrage. Pas de réelle nouveauté pour moi (attention, je ne dis pas pour autant que tout est parfait dans la voie professionnelle, il y a des imbéciles et des incompétents dans tous les corps de métier de toute façon) mais une belle approche cependant du cancre dans sa psychologie et sa représentation de l'école (il y a vraiment des pages d'une grande beauté et touchantes au possible). Beaucoup de professeurs ont toujours aimé l'école, se sont révélés de parfaits élèves... Comment pourraient-ils alors imaginer / comprendre les difficultés rencontrées par certains éléments hostiles viscéralement au système scolaire? Cet ouvrage a le mérite de révéler cette vérité et même si elle ne fait pas plaisir à tout le monde, elle est étayée et bien amenée.

L'écriture de Pennac reste un bonheur de tous les instants. On retrouve ce brin de fantaisie qui le caractérise même si ici il est moins présent pour cause de genre à réflexion. Le style est donc souple, la réflexion bien emmenée et accessible à tous y compris à ceux et celles qui ne travaillent pas dans l'éducation. Rappelons que Pennac a été lui-même professeur et qu'il s'avère ici un grand et fin pédagogue. J'ai donc lu ce livre avec plaisir même si je suis finalement resté un peu sur ma faim, j'en attendais sans doute trop alors qu'il s'adressait sans doute avant tout au grand public.

À découvrir par tous ceux et celles que le sujet intéresse tant il est traité avec intelligence, tact et pudeur. Un bel ouvrage pour la plus grande des causes.