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L'histoire: Young-Nam, jeune commissaire de Séoul, est mutée d'office dans un village de Corée. Elle se retrouve confrontée au monde rural avec ses habitudes, ses préjugés et ses secrets. Elle croise une jeune fille, Dohee dont le comportement singulier et solitaire l'intrigue. Une nuit, celle-ci se réfugie chez elle…

La critique de Mr K: 5/6. Une fois n'est pas coutume c'est seul que je me bougeais pour voir ce métrage, Nelfe n'étant pas du tout tentée par ce film. C'est donc dans une salle obscure très clairsemée (environ une dizaine de personnes) que j'allais voir ce A girl at my door, premier film d'une réalisatrice d'origine coréenne July Jung, une œuvre singulière et poignante au possible malgré quelques légères scories.

Young-Nam, jeune policière a été mutée dans un village côtier loin de la grande ville. C'est une sorte de punition suite à un comportement dit "inapproprié" dans la société de Corée du sud notamment quand on est fonctionnaire. Refermée sur elle-même, traînant sa tristesse et sa mélancolie, le comportement d'une adolescente du crû -Dohee- l'interpelle. Esseulée, harcelée par les jeunes du village, elle est aussi victime de violences répétées de la part de son père et de sa mère. Un soir, la petite vient toquer à sa porte, Young-Nam l'accueille pensant remplir son devoir. Sa position va en être fragilisée dans cette communauté rurale où ragots et vieilles habitudes sont tenaces...

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L'immersion est immédiate et totale. Peu ou pas d'images de la ville mais seulement un climax poisseux autour de la petite communauté campagnarde. Très vite, les lieux et figures locales sont plantés: le port dont dépend l'essentiel de l'économie, les femmes qui parlent en faisant des travaux subalternes, le père de Dohee -Yong-Ha- (seul jeune resté sur place quand les autres ont rejoint la Capitale) qui emploie nombre de personnes et fait survivre la bourgade, la police locale qui gère au mieux entre menace et petits arrangements avec la loi... En filigrane, cette société repliée sur elle-même est mère de tous les vices avec notamment l'alcool, la violence, l'exploitation de l'être humain, le sexisme et l'homophobie. Peu engageant je vous l'accorde pour une jeune policière perdue qui se retrouve nommée chef des forces de l'ordre locales.

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Dès son installation, la suspicion est de mise face à cette jeune femme effacée et peu causante. Très vite, l'hostilité grandit face à celle qui menace le fonctionnement local et s'en prend à Yong Ha. Admiré (et craint?) par tous, c'est l'icône du village qui est ici attaquée. Tout le monde ferme les yeux face à ces débordements verbaux liés à l'alcool, sa violence extrême envers ses employés clandestins et sa propre fille. Young-Nam va tenir sa route malgré tout, seule et droite et va finir par accueillir Dohee chez elle. Une relation étrange et touchante va se créer entre ces deux âmes abîmées. Malheureusement, la jalousie et la cruauté vont les rattraper, la seconde partie du film s'apparente alors clairement à un drame, à un véritable chemin de croix.

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La grande réussite de ce film réside dans les deux héroïnes du film qui sont traitées avec une finesse inégalable. Les apparences sont bien trompeuses et sous le vernis de la policière intègre et de la jeune fille martyre se cachent une complexité de situations de vie et de sentiments. Il faut donc bien deux heures de métrage pour lever le voile entre pudeur typiquement asiatique et ficelles plus classiques de film policier. Cette relation unique est filée avec maestria et on est emporté par un souffle intimiste d'une rare beauté. Certains passages vous mettrons la larme à l'œil et on ne ressort pas indemne de cette séance. Mention spéciale donc aux deux actrices principale avec une tendresse toute particulière pour Doona Bae déjà vue et appréciée dans l'excellent Cloud Atlas.

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La tension est palpable durant tout le film mettant le spectateur de plus en plus mal à l'aise avec des scènes chocs qui retourne l'estomac (violences envers Dohee filmée de façon brute mais jamais complaisante, l'évocation du travail clandestin et la manière dont les traite Yong-Ha) et l'incompréhension qui règne entre la jeune policière et les habitants frustres déconnectés du monde moderne et de l'évolution des mœurs. C'est filmé avec justesse avec parfois des moments d'une grande beauté notamment la scène où l'adolescente s'entraine à danser sur la jetée du port. La BO est elle aussi à l'image du film discrète et efficace, elle souligne à merveille l'évolution de l'histoire.

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Seul bémol qui me conduit à ne mettre qu'un 5/6 à ce film est le personnage de Yong Ha que j'ai trouvé vraiment poussé à la limite du crédible. On adore le haïr, le détester mais c'est parfois trop. Caricatural, manquant donc d'épaisseur, il alourdit le propos. La fin s'oriente alors vers un règlement de compte certes mérité mais pas forcément moral où les méchants se doivent d'être châtier sévèrement. Il entache quelques peu la petite leçon de vie et de tolérance que représente ce métrage. Pour autant, la toute fin même si elle est attendue ne gâche pas le plaisir et A girl at my door reste un excellent film.

De l'émotion, un mélange de calme asiatique et de violence quotidienne qui explose en plein visage, voilà un film qui détonne et impressionne. À voir absolument pour tous les amateurs du genre!