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L'histoire: Rome 1493, César Borgia a dix-sept ans et s'apprête, sous l'égide de son père, le Pape Alexandre VI, à devenir celui que Machiavel appellera "Le Prince": un tyran ambitieux, cruel et sans scrupules, qui érige le meurtre en principe politique.
Ce récit est celui de Michelotto Corella, ami d'enfance de César Borgia et son tueur attitré...

La critique de Mr K: Ce livre est une pure découverte que j'ai fait par hasard en achetant ce volume 1 Urbi et orbi sur un coup de tête chez mon bouquiniste préféré. Les dessins m'ont de suite attiré ainsi que l'histoire. Il y a de quoi faire avec les Borgia et le présent volume se voulait moins théâtralisé que ce qui s'est fait jusqu'ici sur le sujet (adaptations des 70', voir la série US du même nom qui reste sympathique) avec notamment des dialogues crûs et sans faux fuyants.

L'originalité du point de vue marque de suite la différence par rapport à tout ce que j'ai pu lire ou voir sur cette famille déviante et orgiaque qui tenait les rênes de la papauté et d'une grande partie de l'Italie en cette fin de XVème siècle. Le plus dur n'étant pas de prendre le pouvoir mais de le garder (dixit Machiavel), le lecteur arrive au moment où Alexandre VI (le patriarche des Borgia qui veut mener tout son petit monde à la baguette) doit faire face aux menaces qui pèsent sur sa personne. Les grandes familles sont proches de se liguer contre lui et il doit avancer ses pions prudemment pour ne pas faire le moindre faux pas. Il va devoir jongler entre le choix d'un mariage de raison pour sa chère fille Lucrèce, les pulsions de César et les rois de France successifs qui veulent le déposer et en même temps faire main basse sur les trésors de l'Italie. César va faire le ménage avec son compagnon de toujours Michelotto Corella, mercenaire espagnol rencontré lors de ses études à Pise et qui va s'avérer un ami et un homme de main plus que précieux!

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Urbi et Orbi, Mémoires horrifiques et Burlesques d'un Tueur ne fait pas dans la dentelle. Ça défouraille sec, ça pille, ça viole et ceci en toute impunité au nom du Saint Père. Curieuse époque vraiment! Pour distancier le propos et lui apporter une finesse supplémentaire, le choix de prendre Michelotto Corella est très intéressant. Il est à la fois acteur et spectateur. En tant qu'ami de César, il est convié à quasiment toutes les réunions secrètes entre Borgia et il prend activement part aux vendettas orchestrées par César. Comme en plus, il est loin d'être un imbécile et ne se limite pas à une brute épaisse, le personnage est séduisant malgré sa part sombre. Sa relation unique et complice avec César est très bien rendue par un auteur très méticuleux en terme de réalisme historique.

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On retrouve cette acuité dans les données historiques qui sont toutes véridiques malgré parfois quelques omissions pour éviter la surcharge de détails et le ralentissement du récit. Les dessins sont vraiment splendides. Très sombres, chargés au possible, ils recréent impeccablement la Renaissance italienne dans la description des palais, églises et autres lieux. Il en va de même pour tous les détails concernant les personnages notamment dans leurs tenues et les objets qu'ils peuvent manipuler. Le langage détonne au premier abord, on s'éloigne vraiment du langage châtié type péplum hollywoodien pour plutôt être immergé dans un argot des plus charnus, haut en couleurs de l'époque. Là encore, même si parfois cela peut déranger, on retrouve tout le talent de l'auteur pour restituer une époque et une ambiance. Plume et dessins ne font qu'un pour le plus grand plaisir du lecteur emporté dans un tourbillon de sang et de stupre.

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Au delà de la simple BD historique, ce volume s'apparente aussi à la théorie politique, à l'idéologie qu'exposera Nicolas Machiavel dans Le Prince, un univers où tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins quitte à sacrifier ses amis, voir sa famille. Tout ceci est remarquablement retranscrit dans ce roman graphique vraiment épatant en terme de forme et de fond.

Ce fut donc une lecture très agréable, très rapide que j'ai lu d'une seule traite tant j'ai été happé par l'univers et l'esthétique léchée de cette œuvre assez incroyable dans son genre. Un voyage mouvementé et réflectif que je vous encourage grandement à entreprendre si le sujet vous intéresse.