cataract city

L'histoire: "Je connais deux garçons qui suivent un sentier secret pour aller pêcher des perches dans le bassin du Niagara, leurs cannes à l'épaule comme des carabines. Je connais le flot sans fin des chutes qui rugit dans mes veines. Je connais des forêts infestées la nuit de loups gris."

Duncan Diggs et Owen Stuckey ont grandi à Niagara Falls, surnommée par ses habitants Cataract City, petite ville ouvrière à la frontière du Canada et des Etats-Unis. Ils se sont promis de quitter ce lieu sans avenir où l'on n'a d'autres choix de travailler à l'usine ou vivoter de trafics et de paris.
Mais Owen et Duncan ne sont pas égaux devant le destin. Tandis que le premier, obligé de renoncer à une brillante carrière de basketteur, s'engage dans la police, le second collectionne les mauvaises fréquentations. Un temps inséparables, sont-ils prêts à sacrifier le lien qui les a unis ?

La critique Nelfesque: "Cataract City" de Craig Davidson est un roman de la Rentrée Littéraire 2014. Je n'avais jamais lu d'ouvrage de cet auteur, que vous connaissez peut-être pour avoir écrit "Un Goût de rouille et d'os", adapté au cinéma et ayant eu d'excellentes critiques, et je dois dire que j'ai été très agréablement surprise.

En amatrice de romans noirs, j'ai aimé les destins tragiques des deux protagonistes de l'histoire, Duncan et Owen, mais aussi le fatum qui pèse sur la ville de Cataract City et ses habitants. Une chape de plomb, une ambiance oppressante, qui semble les clouer sur place, incapables d'entreprendre quoi que ce soit sinon dans le trafic et se levant chaque matin pour le train-train qu'offre la grosse usine de confection de pâtisseries du coin. Une ville ouvrière comme il en existe beaucoup où le chômage et les crises pèsent encore plus qu'ailleurs.

Duncan et Owen se connaissent depuis tout jeunes. Copains de cours de récré, ils ne se quittent jamais, comme deux âmes qui se soudent pour s'entraider et affronter l'avenir moins seules. Ensemble, ils appréhendent la vie, ses joies, ses peines, ses déceptions, sa roulette russe. Ce roman est très riche et offre plusieurs histoires dans une même oeuvre, comme une kyrielle de petits romans qui suivent le même point de mire en 480 pages. Tour à tour victimes d'un enlèvement, perdus dans la nature hostile de cette région, joueurs de basket, boxeurs, entraîneurs de lévriers, receleurs... le lecteur, par le biais de ces deux personnages principaux, passe d'un thriller à un roman de grands espaces puis à un contemporain... A titre personnel, je me suis perdue parfois dans ces pages, à l'image de ces deux garçons plusieurs jours dans la mangrove et n'ai commencé à vraiment apprécier ce roman et en découvrir toute sa portée à la moitié du livre. On classera toutefois celui ci dans les romans noirs tant d'un bout à l'autre de l'ouvrage la tension est palpable.

La vie réserve des surprises et les amis de toujours vont être séparés peu à peu. L'un devient flic, l'autre gangster. Classique... Mais diaboliquement efficace. 8 années de prison pour Duncan vont-elles tout détruire ou renforcer les liens qui les unissent ? A sa sortie, tout est possible, une nouvelle vie s'offre à lui mais peut-on vraiment remettre les compteurs à zéro à Cataract City ?

Je vous conseille vraiment ce roman. Ne vous laissez pas abattre par les descriptions parfois longues et redondantes, par les détails techniques de l'élevage des lévriers de course et autres secondes qui s'écoulent dans la neige. Vous verrez que le jeu en vaut la chandelle et que le dénouement est jubilatoire. Un roman à découvrir !