mercredi 20 août 2014

"La Guerre du froid" de Robert Silverberg

la guerre du froid

L'histoire: En 2650, la Terre est sous les glaces et les villes, devenues souterraines, refermées sur elles-mêmes depuis trois siècles, ont tout oublié de la nature. Huit new-yorkais, bravant la loi, tentent de joindre Londres par radio: condamnés pour haute trahison, ils sont exilés dans le froid, face aux loups, aux chasseurs nomades retournés à la préhistoire.
Ramèneront-ils un jour les hommes vers le soleil?

La critique de Mr K: Je suis un grand amateur de Silverberg depuis ma lecture du volume paru chez Omnibus, Voyage au bout de l'esprit, et dévoré il y a déjà bien longtemps! Je ne savais pas avant de tomber sur La Guerre du froid qu'il avait écrit pour les plus jeunes. Sautant sur l'occasion de repratiquer un écrivain à la langue sensible et poétique, je n'hésitais pas une seconde et acquérais ce présent volume.

Les puissances du Nord ont été vaincues par la nouvelle ère glaciaire et ont enterré leurs cités sous la terre. Ils sont coupés du monde et ont prohibé tout contact avec l'extérieur. Un groupe d'idéalistes néo new-yorkais ayant constaté un radoucissement du climat tentent de communiquer avec Londres. Pour cela, ils sont bannis par le conseil municipal constitué de vieillards omnipotents qui ne voient pas d'un bon œil le moindre changement ou évolution de la situation qui leur convient parfaitement, leur permettant d'asseoir leur position. Jim, son père et leurs compagnons vont alors commencer un périple à travers la neige et la glace jusqu'à l'ancienne capitale anglaise. Longue et ardue sera leur quête entre imprévus, rencontres et surprises.

Voici un roman qui se lit très vite et très facilement. Il convient très bien pour une première approche SF pour néo-lecteur. L'histoire est certes convenue mais elle est bien maîtrisée et très accessible malgré des thématiques importantes, réflectives et engagées. On retrouve le goût pour le consensus, l'échange et la discussion que Silverberg prône dans nombre de ses écrits. Loin pour autant de verser dans le naïf et le pacifisme forcené, il se dégage ici une réelle humanité qui s'exprime à travers ce voyage quasi initiatique.

De nombreuses péripéties attendent nos exilés entre rencontres de nomades retournés à l'âge de pierre, animaux polaires déplacés vers des terres plus australes, les pépins classiques rencontrés par toute expédition et la fatigue morale et physique qui peut en découler. Dans la gestion de son récit, Silverberg fait preuve de sa finesse habituelle dans le traitement de la psychologie de ses personnages. Ne vous attendez pas à de grosses surprises si vous êtes un lecteur affirmé mais l'ensemble ici est suffisamment dense pour passer un agréable moment et procurer l'envie de continuer la lecture.

J'ai aussi adoré les passages plus descriptifs que j'ai trouvé à la fois succincts et percutants. Pas de grands paragraphes interminables mais quelques phrases disséminées ici et là illustrant à merveille l'aventure qui nous est livrée: la ville souterraine isolée de tout, le grand ascenseur permettant de rejoindre la surface, les glaciers immenses qui ont recouvert une bonne partie de l'hémisphère nord, la banquise et son climat difficile, le mode de vie des autochtones... Autant de petit tableaux saisissants de réalisme et teintés de poésie à l'occasion.

Au final, on passe un très bon moment et même si la fin m'a semblé quelques peu expédiée, on reste sur une bonne impression et une belle vision post-apocalyptique. Avis donc aux amateurs et aussi aux plus jeunes qui souhaiteraient s'essayer à la SF.