pélerins des ténèbresL'histoire: Enfermé dans une cage en fer, dans les oubliettes d'une abbaye, un moine dément raconte que le pèlerinage dont il avait la charge s'est terminé en enfer. Le diable, affirme-t-il, a emporté tous ceux qui l'accompagnaient. Que se passe-t-il en réalité dans les montagnes où serpente l'interminable route menant aux reliques de saint Gaudémon, martyr jadis supplicié par Caligula, l'empereur fou? Une chose est sûre, beaucoup de gens disparaissent et les sommets semblent habités par des créatures de légende qui ont fait des pèlerins leur gibier quotidien.
Quel secret, quel complot hérétique tente-t-on de dissimuler sous le masque de la superstition? Marion, la jeune tailleuse d'ex-voto, sera-t-elle plus chanceuse que ceux qui l'ont précédée sur les chemins du mystère... ou succombera-t-elle, à son tour, aux sortilèges du pèlerinage maudit?

La critique de Mr K: Je savais Serge Brussolo prolifique et touche à tout. Jusqu'à maintenant, je ne l'avais pratiqué que dans le genre policier et polar. L'occasion s'est présentée (une fois de plus chez l'abbé) de le découvrir mais cette fois-ci dans un univers médiéval, dans "Pélerins des ténèbres", et même si on change d'époque, on retrouve tout même le genre policier mâtiné ici de fantastique. Il ne m'a pas fallu bien longtemps pour en venir à bout, voici mon compte rendu de lecture du jour.

Qu'a pu bien voir frère Guillaume pour revenir dans un tel état dans la vallée? Ce jeune moine parti en pèlerinage redescend de la montagne totalement déphasé quasiment possédé. Sa congrégation est effrayée et ne sait que faire face à une telle attitude. Il faut envoyer quelqu'un enquêter pour savoir ce qui s'est réellement passé là haut, il leur faut quelqu'un de confiance et qu'on ne soupçonnerait pas. Leur choix se porte sur Marion, une jeune ymagiaire douée mais frustrée car il n'est pas de bon ton à cette époque d'être une artiste douée et femme. Profitant de cette occasion inespérée d'échapper à un sort peu enviable (elle est promise à un homme des plus repoussant et veule), elle saute sur l'occasion et débute pour elle un pèlerinage qui la mettra aux prises avec d'étranges événements et plus encore avec elle-même. Au fil de son ascension, les questions se pressent de plus en plus autour d'elle et les tensions naissent, on sent bien que tout va basculer.

Comme à son habitude, Brussolo ne se perd pas en détails et peaufine ses personnages au fil des événements. L'action se déroule sans temps morts, sans pour autant sacrifier le fond. On s'attache très vite à l'héroïne même si je dois avouer que l'on y croit peu, surtout quand on connait les us et coutumes en vigueur au Moyen-Age (une femme du peuple rebelle que l'on laisse s'exprimer me paraît peu vraisemblable). Par contre, j'ai apprécié la manière d'aborder le rapport au sacré du simple peuple. La différence entre religion et superstition est bien mince, et au détour de menus détours de la trame principale, on peut se faire une idée bien précise des réactions de l'époque. Ainsi certains passages sont assez éprouvants entre fausses accusations de sorcellerie, références au pêché originel et soumission de la femme à l'homme, et l'action menée par l'inquisition. Et oui, on aborde pas mal de thèmes plutôt sérieux et réflectifs dans ce polar médiéval. J'ai aussi particulièrement apprécié les passages sur le martyr de saint Gaudémon (une mort bien atroce) et sur le culte des saints qui est ici très bien cerné et utilisé pour nous décrire les pèlerinage nombreux qui ponctuaient la vie des hommes et femmes de l'époque.

L'ambiance est très bien menée avec une montée en pression constante même si le dernier acte m'a paru quelques peu convenu et finalement plat. Ce n'est pas pour autant un ratage total car tout se tient et quand on se remémore l'intégralité des aventures de Marion, le dénouement est logique au détriment de la flamboyance que l'on pouvait espérer. L'héroïne n'est cependant pas au bout de ses surprises et changera irrémédiablement, mettant en balance sa vie, sa raison et même sa foi.

L'écriture de Brussolo est toujours aussi agréable, le style est léger mais non dénué de nuance et d'apports théoriques sur le lexique moyen-âgeux. Bien que peu développées, les descriptions sont évocatrices à souhait et les passages plus tendus sont remarquablement narrés mêlant naturalisme et impressionnisme latent lors de certaines apparitions des plus étranges.

Au final, on obtient ici un roman bien sympathique mais pour autant pas inoubliable, la faute sans doute à une trame sans réelle surprise mais cependant très bien maîtrisée, ne laissant aucune place à l'incohérence et l'anachronisme. Un petit plaisir vite lu, vite oublié que l'on peut tenter si l'on veut passer un agréable moment.

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