les opérasL'histoire: Axelkahn est un ténor hors du commun, presque un dieu vivant. Ses interprétations des airs d'opéras les plus périlleux sont des instants volés à l'éternité. Tout cela grâce aux biopuces que lui ont implantées les mystérieux Yuweh. Jusqu'au jour où ces greffes tombent en panne, renvoyant Axelkahn à sa condition de simple mortel. Il ne lui reste plus qu'à tenter de retrouver un Yuweh, dont la légende raconte qu'il aurait disparu au cœur des Bulbes Griffith, gigantesque artefact spatial composé de stations reliées entre elles par des filins créant une inextricable toile d'araignée. Il forme donc une troupe de théâtre aussi hétéroclite qu'attachante et se lance en quête d'une hypothétique guérison.

La critique de Mr K: Une très belle découverte aujourd'hui que je dois à un partenariat Livr'addict grâce à l'intercession de Nelfe. Pour ceux qui nous suivent depuis un certain temps, vous savez que je pratique de manière régulière le genre SF et une fois de plus la maison d'édition Folio SF frappe un grand coup avec ce roman singulier et enthousiasmant de la première à la dernière page. Immédiatement embarqué par l'auteur, avec "Les opéras de l'espace", j'ai fait un voyage à nul autre pareil qui me restera en mémoire longtemps tant cette histoire s'est révélée profonde et d'une virtuosité narrative sans faille.

Axelkahn, le divo interplanétaire le plus célèbre ne peut que constater que sa voix s'affaiblit et qu'il ne pourra bientôt plus pratiquer son art. C'est le choc pour cet homme replet et suffisant pour qui tout était dû jusqu'ici. La chute et les désillusions qui l'accompagnent sont rudes et il se retrouve très vite dans la peau d'un humain lambda, à l'orée d'une nouvelle vie bien différente et qui le terrifie. Pour autant, il lui reste un espoir, une petite possibilité de récupérer sa voix. Pour cela, il va devoir entreprendre un voyage périlleux au cœur de l'espace dans un ensemble de colonies terriennes parties cherchées un avenir meilleur au sein des bulbes Griffith, amas de sphères rappelant une grappe de raisin, un monde nouveau et sauvage où Axelkahn aura fort à faire pour mener à bien sa quête.

Niveau SF, on est servi et de la plus belle manière. À la manière d'un Pierre Bordage, Genefort réussit à nous immerger avec talent et délicatesse dans un univers cohérent et passionnant. Quel bonheur d'errer de station en station dans les bulbes Griffith en compagnie du héros et de ses compagnons. Les descriptions glissent avec un bonheur de tous les instants, fourmillants de détail et de vie. Ce monde hors norme s'agite devant nous et le lecteur se retrouve ailleurs, plongé dans un univers où les règles ont changé tant pour la nature (qui survit comme elle peut) que pour les communautés humaines qui survivent entre commerce et piraterie. On apprend au détour d'un paragraphe que la Terre a été livrée toute entières aux multinationales et que les hommes se sont lancés à la conquête de nouveaux mondes. Nous voyageons beaucoup, rencontrons nombre de sociétés et peuplades aux mœurs de plus en plus étranges au fur et à mesure qu'Axelkahn se rapproche du centre des bulbes où il devrait trouver les réponses à ses questions.

Là où tout bascule et rend cet ouvrage unique, c'est quand la troupe de théâtre est montée. L'expédition d'exploration se transforme alors en une tournée périlleuse dans des mondes renâclant voir bannissant les artistes. En effet, les communautés humaines se concentrent sur les activités de survie et le spectacle est bien souvent considéré comme du temps inutilement dépensé dans un univers au fragile équilibre. La vie d'une troupe entre voyage, déballage, spectacle, écriture, préparations diverses mais aussi gestion de la foule et des puissants est ici remarquablement rendue. On s'y croirait et cela donne une impression étrange qui mêle à la fois le dépaysement lié au caractère SF des mondes explorés et le caractère plus classique de ces artistes qui se battent pour se faire une place comme tant d'autres avant eux pendant l'époque moderne ou encore le XIXème siècle. Le mélange des deux est détonnant, jamais insipide et fournit une réflexion intéressante sur la part de l'imaginaire et de la fantaisie dans nos vies. Le tout sans lourdeur ni morale. Parce qu'en plus, Genefort a un style brillant et happant en diable. L'écriture évocatrice comme jamais sert un récit certes classique (on est rarement surpris) mais d'une richesse foisonnante, d'un rythme enlevé et d'un fond réflectif vraiment universel. On nage avec délice dans cette oeuvre attachante et accessible. La preuve en est qu'il ne m'a fallut que deux jours pour la dévorer, y pensant même quand j'avais reposé mon livre. Les personnages sont légions et attachants avec une mention particulière pour Axelkahn qui entreprend sans le savoir une espèce de voyage initiatique et tous les autres membres de la troupe, espèce de condensé de parias que l'aventure théâtrale va à jamais transformer.

Sans exagérer, on tient là un grand et beau livre de SF qui ravira les amateurs du genre mais permettra aussi aux novices de prendre un plaisir sans borne tant l'auteur est accessible et malin dans sa manière de mener son récit. Un bijou qu'il serait dommage de laisser passer.