zazieL'histoire: - Zazie, déclare gabriel en prenant un air majestueux trouvé sans peine dans son répertoire, si ça te plaît de voir vraiment les Invalides et le tombeau véritable du vrai Napoléon, je t'y conduirai. - Napoléon mon cul, réplique Zazie. Il m'intéresse pas du tout, cet enflé, avec son chapeau à la con.
- Qu'est-ce qui t'intéresse alors?
Zazie répond pas.
- Oui, dit Charles avec une gentillesse inattendue, qu'est-ce qui t'intéresse?
- Le métro.

La critique de Mr K: Voici un livre que je n'avais jamais lu auparavant. J'ai eu ma période "classiques" lors de mes études littéraires et de Queneau, je n'avais lu jusque là que l'excellent Exercice de style qui a nourri le mouvement des ateliers d'écriture et qui interpelle encore les jeunes générations quand on leur présente le procédé utilisé. L'occasion s'est présentée une fois de plus chez l'abbé de découvrir Zazie dans le métro sur lequel j'ai entendu nombre d'avis positifs, parfois dithyrambiques. Je me jetai à l'eau...

C'est l'histoire d'une fillette confiée le temps d'un week-end aux bons soins de son oncle qui réside à Paris. Durant tout le livre, elle serine à qui veut l'entendre qu'elle veut absolument aller voir le métropolitain. Pourtant le séjour ne se passe pas exactement comme prévu... Il est difficile d'en dire plus sans verser dans le spoiler donc vous devrez vous contenter de ce maigre résumé. Et toc!

Qualifié de roman parodique par beaucoup, on se retrouve ici à la croisée du genre entre tranche de vie, policier et théâtre (les dialogues sont croustillants à souhait). Peu ou pas de description pure et dure ici, on sait que Queneau de par son parcours (surréalisme, le mouvement néo-français...) n'était pas adepte de la surcharge littéraire. Par contre, on reconnaît son goût immodéré pour ses personnages et leur caractérisation par leurs actes et leur verbe. Préparez-vous donc à un livre vivant et étrange tant on s'éloigne des sentiers battus. Et dire qu'il date de 1959!

Deux personnages sortent du lot nettement. Tout d'abord l'héroïne éponyme qui est tout sauf une petite fille modèle. Grande adepte de l'argot, elle représente la jeunesse insolente et avide d'expérience. Elle veut vraiment le découvrir le métro! Elle se heurte au monde des adultes, elle le teste, en révèle les failles malgré les adultes qui l'entourent et essaient de lui en monter la cohérence et les règles. Je l'ai trouvé d'une fraîcheur rare et j'ai adoré son sens de la répartie qui fait des ravages. Elle est confiée à son oncle Gabriel, un colosse de 32 ans qui danse travesti en femme la nuit. Il est plein de tendresse et d'esprit paternel avec cette jeune fille haute en couleur. Le choc des générations est ici traité avec finesse via des expériences diverses et des rapports humains francs et touchants. Gabriel est aussi enrobé de mystère concernant ses goût intimes: homosexuel? simple travesti? On en arrive même à se poser des questions sur sa compagne (Homme ou femme? Marceline, Marcel?). Autant de touches plus floues qui ajoutent en profondeur et en réflexion.

On touche à beaucoup de questions primales dans ce petit livre. L'identité notamment entre la jeune fille qui se construit au fil des pages et un oncle décalé qui se voit confier sa nièce durant un week-end. Au détour des rebondissements, c'est l'amitié ou encore le travail qui sont questionnés au travers des scènes de vie dont nous sommes les témoins. C'est l'occasion aussi une fois de plus pour Queneau de jouer avec la langue et les mots. L'expression est ici novatrice pour l'époque notamment dans l'usage de l'argot et le jeu avec le principe du mot-valise. Il en ressort une lecture aisée et impertinente qui n'est pas pour me déplaire. J'ai souvent souri devant l'inventivité dont fait preuve l'auteur et c'est avec facilité et plaisir que j'ai dévoré ce livre.

Lire un Queneau est décidément un acte un peu à part dans la pratique de la lecture. L'auteur aime à nous surprendre et à renouveler le langage. Il en ressort une lecture pas tout à fait comme les autres, qui en déconcertera sans doute certains mais qui personnellement m'a captivée et enrichit l'âme et l'esprit. Ça se tente, non?